La sainteté (1) – L’exemple de saint Alexis d’Ugine
Bonjour.
Oui, l’Eglise orthodoxe prie et vénère les saints. Chaque jour du calendrier compte souvent plusieurs noms de martyrs, de bienheureux, de fols en Christ … La Toussaint orthodoxe, pas la fête des morts comme on l’entend dire parfois à propos du 1er novembre, mais le jour consacré à la mémoire de tous les saints dans le calendrier est le premier dimanche après la Pentecôte.

Parce que la sainteté, c’est un don de l’Esprit Saint. Ce qui faisait dire à Saint Séraphin de Sarov que « Le but de la vie chrétienne, c’est l’acquisition du Saint-Esprit ». L’Esprit Saint qui est vraiment donateur, puissance de sainteté. C’est lui qui peut transformer, sanctifier les hommes et, par eux, les choses, les lieux … On comprend pourquoi la fête de tous les saints suit immédiatement la Pentecôte, jour de la descente de l’Esprit.

A la différence de l’Eglise catholique, l’orthodoxie ignore les procès en canonisation avec ses conditions, son nombre minimum de miracles requis. Il arrive que la vénération de la mémoire d'un défunt se répande parmi les fidèles. Le synode de l'Église concernée se réunit alors pour étudier le cas alors que, parfois des icônes ont déjà été écrites à sa mémoire. Mais les choses peuvent se passer d’une tout autre façon.

Je vais vous raconter l’histoire de ce prêtre venu de Russie et qui a fini ses jours en France, dans une paroisse de Savoie. Il est mort d’un cancer après une vie de service et de prière. Rien pourtant qui le désigne comme un saint homme et pourtant, il est devenu en janvier 2004 saint Alexis d’Ugine.

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Il fait chaud, très chaud, ce jour-là du mois d’août 1956. Les fossoyeurs de la commune savoyarde d’Ugine sont au travail. Depuis trois ans, ils ont entrepris de déterrer les morts du cimetière municipal pour faire place à de nouveaux immeubles. On a donc demandé aux familles de transférer les restes de leurs défunts dans un nouveau cimetière. Ainsi, mois après mois, avec pelles et pioches et parfois des engins mécaniques, les ouvriers ont-ils dû exhumer les ossements, les mettre dans des cercueils plus petits et les transporter vers le nouveau cimetière.


Les voici devant la tombe d’un prêtre russe. Le soleil est brûlant. L’un s’éponge le front, l’autre se repose un instant appuyé sur le manche de son outil. Ils étaient sans doute loin de penser ce jour-là, en reprenant leur souffle avant de commencer leur labeur, que cet homme, cet Alexis Medvekov, dont ils pouvaient lire le nom sur la croix orthodoxe plantée sur sa tombe, cet inconnu pour eux qui fut recteur de la paroisse locale allait donc devenir en janvier 2004 saint Alexis d’Ugine.


Père Alexis est né en 1867, le 1er juillet, dans un village du nord de la Russie. Son père, prêtre lui-même, meurt peu après et sa famille se retrouve dans la misère. Malgré tout, le petit Alexis fait des études au séminaire de Saint-Pétersbourg. Ensuite, il sera chantre puis lecteur, pendant cinq années, à l’église de Sainte-Catherine, sur l’île de Vassilievsky. Il se marie.

Ses amis le pressent de devenir prêtre. Humble et modeste, il hésite. Il va en parler avec le père Jean à Cronstadt (saint Jean de Cronstadt) qui l’encourage et, la veille de Noël 1895, il est ordonné diacre ; prêtre deux jours plus tard. Il a 28 ans. Il se voit assigner la paroisse de la Dormition de la Mère de Dieu à Vrouda, une paroisse pauvre qui dessert treize villages. Il y servira durant 23 ans dans l’amour et le dévouement pour ses fidèles.

1917, la révolution. Très vite, le père Alexis est arrêté, emprisonné, battu (il en gardera des séquelles tout le restant de sa vie) et il fut même condamné à mort mais sa famille et ses enfants spirituels sont parvenus à le sauver.

Il choisit l’exil. Part en Estonie où il est obligé de travailler dans les mines pour nourrir sa famille. Mais sa santé se détériore très vite. Il finira comme garde de nuit. Finalement, il est désigné dans une paroisse importante d’où il continuera à s’occuper des émigrés comme lui. Ses dix années d’exil en Estonie ne seront qu’un long calvaire pour lui et sa famille. Sa femme y meurt en 1929.

C’est cette année-là qu’il se tourne vers le Métropolite Euloge, à Paris, celui qui avait la responsabilité des paroisses russes en Europe Occidentale et qui l’accueille à la rue Daru, à la cathédrale saint Alexandre Nevsky avant de l’envoyer en décembre 1930 à Ugine, en Savoie, où quelques 2000 russes sont venus travailler aux aciéries, et  où une paroisse vient d’être créée. Il a 63 ans.

A Ugine, le père Alexis reçoit un salaire, un logement, du charbon pour se chauffer. Mais il distribue aux pauvres une bonne part de ce qu’il reçoit. Il aime aussi s’occuper des enfants. Mais certains de ses paroissiens ne comprennent pas le père Alexis et ne l’aiment pas. Profitant de sa bonté et de sa patience, ils murmurent contre lui, se plaignent que les offices sont trop longs, se moquent du mauvais état de sa soutane… Même au sein de sa famille, il vit dans la solitude et l’indifférence. Le conseil paroissial lui mène la vie dure. Un petit groupe de fidèles va même jusqu’à l’inquiéter durant les offices. Certains portent plainte contre lui auprès de l’archevêque. Mais la majorité des fidèles prennent sa défense. Le Métropolite Euloge comprend la situation, confirme l’archiprêtre dans ses fonctions, écarte les mécontents et un nouveau conseil paroissial est désigné.

Mais tout cela a fortement marqué le père Alexis. Il doit être hospitalisé à Annecy en juillet 1934. Le 22 août de cette même année, à l’aube, il s’éteint discrètement et rend son âme à Dieu.

Tous, même ceux qui l’ont critiqué, viennent lui rendre hommage. Les funérailles sont célébrées tout en blanc, dans une atmosphère pascale, une imposante procession accompagne le défunt au cimetière d’Ugine.

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22 août 1956, jour anniversaire de ses funérailles, sous un soleil brûlant, les fossoyeurs se mettent à l’ouvrage sur la tombe de l’archiprêtre Alexis MEDVEDKOV. Ils creusent un peu plus d’un mètre puis, brusquement, une force inconnue les empêche de continuer. Ils creusent à la main et bientôt, à leur grande stupéfaction, ils découvrent un homme parfaitement intact : son visage et ses mains sont comme de cire, ses vêtements et l’évangéliaire posé sur sa poitrine ne sont pas abîmés, le tissu lui-même ne se laisse pas déchirer. Pourtant, le cercueil est complètement décomposé et le corps de cet homme, décédé d’un cancer de l’estomac, repose depuis 22 ans dans une terre froide et humide !

Le corps est toujours souple. L’émotion parmi les fossoyeurs est grande. On appelle un médecin. Lui-même s’écrie : « C’est un vrai miracle ». En tout cas, un signe de Dieu envers son humble serviteur.

Saint Alexis d’Ugine est un saint de notre temps. Loin des hagiographies édifiantes et des exploits ascétiques mais témoin d’une vie, sans doute marquée par la souffrance, mais avant tout toute empreinte de charité et d’amour chrétiens. Témoin aussi de cette conception de l’homme déifié qui particularise la pensée orthodoxe.

Chaque fête du sanctoral orthodoxe a son hymne, son tropaire, celui de saint Alexis évoque celui qui fut, avant tout, un humble serviteur du Seigneur. 

«  Pasteur bien-aimé du Christ Dieu, tu fus une règle de foi et un exemple de miséricorde. Tu brillas par ta sollicitude envers ton troupeau à l’étranger, et tu fus révélé comme étant glorifié par Dieu. C’est pourquoi reposant avec ton corps dans l’incorruptibilité, et en esprit te tenant devant le trône divin, prie le Christ Dieu de nous affermir dans l’orthodoxie et la piété et de sauver nos âmes. »

Saint Alexis d’Ugine est fêté le 22 août. Son corps est maintenant dans la nouvelle église du monastère Notre Dame de toute Protection à Bussy-en-Othe où il est présenté à la vénération des fidèles.


La sainteté est à la fois une qualité, un attribut exclusif de la divine Trinité, mais aussi une énergie, un don et une vocation où l’homme créé à l’image de Dieu est appelé à participer à la vie divine. Être saint, c’est être enfant de Dieu, vivre de la vie en Christ : Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi (Ga 2,20).


Saint Alexis d’Ugine. Un saint du 20e siècle. Depuis sa canonisation en 2004, nombreux sont les pèlerins qui se recueillent sur ses reliques, son corps qui repose dans la grande église du Monastère de Bussy. On le prie, on chante ses vertus :

« Règle de foi et exemple de miséricorde, par ta vie pieuse tu t’es montré parmi les prêtres le prêtre du Dieu-Roi. C’est pourquoi tu te réjouis maintenant avec les chœurs angéliques, jubilant dans les demeures célestes. Ô Père Alexis, glorieux pasteur, prie le Christ Dieu d’affermir en notre pays la foi, la paix et la piété et de sauver nos âmes. »

Merci de votre écoute. Que Dieu vous garde. Au revoir.



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