UNE FOI POUR TOUTES - FEVRIER 2011 - LA SAINTE RENCONTRE

UNE FOI POUR TOUTES
14 février 2011

La Sainte Rencontre

Bonjour !

Pour les catholiques, c’est la chandeleur, ou encore la purification de Marie, pour les orthodoxes,  la présentation au Temple de notre Seigneur Jésus-Christ ou encore Hypapante. Selon le calendrier, nous sommes le 2 ou le 15 février. C’est, dans notre tradition populaire d’Europe occidentale, le temps des crêpes. Les Russes devront attendre la semaine qui précède le Grand Carême pour manger des blinis. Tous deux ayant  sans doute la même signification symbolique : celle du disque solaire puisque, bien avant la fête des chandelles, cette fête était celle de la lumière.

Laissons-là les origines païennes que l’on peut trouver à la fête pour en évoquer le contenu chrétien et ce moment que les orthodoxes appellent la Sainte Rencontre. Car au temple, il y a le vieillard Siméon, celui qui dira « maintenant, maître, tu peux laisser aller en paix ton serviteur, car mes yeux ont vu ton salut ». Un chant qui est repris au cours de la célébration quotidienne des vêpres.

"Lorsque furent accomplis les jours pour la purification, selon la Loi de Moïse, Marie et Joseph emmenèrent l’enfant Jésus à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon qu'il est écrit dans la Loi du Seigneur : Tout garçon premier-né sera consacré au Seigneur, et pour offrir en sacrifice, suivant ce qui est dit dans la Loi du Seigneur, un couple de tourterelles ou deux jeunes colombes. Et voici qu'il y avait à Jérusalem un homme du nom de Syméon. Cet homme était juste et pieux ; il attendait la consolation d'Israël et l'Esprit Saint reposait sur lui. Et il avait été divinement averti par l'Esprit Saint qu'il ne verrait pas la mort avant d'avoir vu le Christ du Seigneur. Il vint donc au Temple, poussé par l'Esprit, et quand les parents apportèrent le petit enfant Jésus pour accomplir les prescriptions de la Loi à son égard, il le reçut dans ses bras, bénit Dieu et dit : " Maintenant, Souverain Maître, tu peux, selon ta parole, laisser ton serviteur s'en aller en paix ; car mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples, lumière pour éclairer les nations et gloire de ton peuple Israël. " Son père et sa mère étaient dans l'étonnement de ce qui se disait de lui. Syméon les bénit et dit à Marie, sa mère : " Vois ! cet enfant doit amener la chute et le relèvement d'un grand nombre en Israël ; il doit être un signe en butte à la contradiction - et toi-même, une épée te transpercera l'âme ! - afin que se révèlent les pensées intimes de bien des cœurs. " Il y avait aussi une prophétesse, Anne, fille de Phanouel, de la tribu d'Aser. Elle était fort avancée en âge. Après avoir, depuis sa virginité, vécu sept ans avec son mari, elle était restée veuve ; parvenue à l'âge de quatre-vingt-quatre ans, elle ne quittait pas le Temple, servant Dieu nuit et jour dans le jeûne et la prière. Survenant à cette heure même, elle louait Dieu et parlait de l'enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. Et quand ils eurent accompli tout ce qui était conforme à la Loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, à Nazareth, leur ville. Cependant l'enfant grandissait, se fortifiait et se remplissait de sagesse. Et la grâce de Dieu était sur lui." (Lc 2, 22-40)

Cette fête est à la fois, dans le calendrier liturgique et les rubriques de l’ordo, une fête du Seigneur et une fête de la Mère de Dieu. Tous deux, dans le récit de l’évangile de Luc, sont réunis dans les prophéties du vieillard Siméon et le tropaire de la fête, ce court chant qui en donne le sens en quelque sorte, s’adresse d’ailleurs d’abord à Marie :
« Réjouis-toi, Pleine de grâce, Vierge Mère de Dieu, car de toi s’est levé le Soleil de Justice, le Christ notre Dieu, illuminant ceux qui étaient dans les ténèbres. Réjouis-toi aussi, juste vieillard Siméon, car dans tes bras tu as porté le libérateur de nos âmes qui nous permet de prendre part à sa divine Résurrection. »

Tandis que le kondakion, cet autre chant typique des célébrations orthodoxes s’adresse au Christ lui-même : « Seigneur, qui par ta naissance as sanctifié le sein de la Vierge, par ta Présentation tu as béni les mains de Siméon. En venant à notre rencontre tu nous as sauvés, ô Christ notre Dieu. Donne en notre temps la paix à ton Église, affermis nos pasteurs dans ton amour, toi le seul ami des hommes. »

Tiens, au passage, cette expression : ami des hommes. On dit parfois ami de l’homme quand on veut faire référence à l’être humain, homme et femme donc. Dans ce cas, la langue française est bien pauvre pour exprimer ce dont il est question. En slavon, il existe un mot : человеколюбец. Человек, c’est l’homme, l’être humain et любец pourrait se traduire par amoureux, qui aime. Un mot pour dire l’essentiel, évoquer cet amour infini de Dieu que nos termes quotidiens ont bien du mal à traduire en essayant d’éviter subtilement des interprétations scabreuses ou malveillantes.

Cet amour de Dieu qui est au centre de cet extrait de l’épître aux Romains lu à la liturgie de l’avant-fête : « Frères, nous savons qu'avec ceux qui l'aiment, Dieu collabore en tout pour leur bien, avec ceux qu'il a appelés selon son dessein. Car ceux que d'avance il a discernés, il les a aussi prédestinés à reproduire l'image de son Fils, afin qu'il soit l'aîné d'une multitude de frères ; et ceux qu'il a prédestinés, il les a aussi appelés ; ceux qu'il a appelés, il les a aussi justifiés ; ceux qu'il a justifiés, il les a aussi glorifiés. Que dire après cela ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Lui qui n'a pas épargné son propre Fils mais l'a livré pour nous tous, comment avec lui ne nous accordera-t-il pas toute faveur ? Qui se fera l'accusateur de ceux que Dieu a élus ? C'est Dieu qui justifie. Qui donc condamnera ? Le Christ Jésus, celui qui est mort, que dis-je ? ressuscité, qui est à la droite de Dieu, qui intercède pour nous ?  Qui nous séparera de l'amour du Christ ? la tribulation, l'angoisse, la persécution, la faim, la nudité, les périls, le glaive ? selon le mot de l'Écriture : A cause de toi, l'on nous met à mort tout le long du jour ; nous avons passé pour des brebis d'abattoir. Mais en tout cela nous sommes les grands vainqueurs par celui qui nous a aimés. Oui, j'en ai l'assurance, ni mort ni vie, ni anges ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances, ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur. » (Ro 8, 29-38)

A propos de cette fête de la présentation au Temple de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père Lev Gillet, qui signait ses écrits « un moine de l’église d’Orient », disait :
« D’après la loi de Moïse (Lv 12, 2-8), la mère d’un enfant mâle devait, quarante jours après la naissance, présenter l’enfant devant le tabernacle et offrir en holocauste, comme purification " de son flux de sang ", soit un agneau soit une paire de colombes ou de pigeons. La présentation d’un enfant premier-né avait aussi le sens d’un rachat, car tout premier-né, aussi bien animal qu’humain, était considéré comme appartenant à Dieu (Nb 18, 14-18). Marie et Joseph obéirent à ce précepte de la loi. Ils apportèrent au Temple Jésus qui fut béni par le vieillard Siméon et reconnu comme sauveur par la prophétesse Anne. C’est cet événement que nous célébrons dans la fête du 2/15 février.

Cette fête existait à Jérusalem dès la première moitié du IVe siècle. L'empereur Justinien 1er l'introduisait en 542 dans tout l'empire byzantin. Nous la trouvons célébrée à Rome au VIIe siècle. En Orient, la Présentation (ou, selon le terme grec, la " rencontre ") est considérée comme une des fêtes de notre Seigneur. En Occident, c'est plutôt une fête de la sainte Vierge ; on la nomme généralement " Purification de la bienheureuse Vierge Marie ". L'usage latin de bénir des cierges le 2 février date du XIe siècle.

Aux vêpres de la fête, chez les orthodoxes, on lit trois leçons de l’Ancien Testament. La première (Ex 13, 1-16) formule les préceptes relatifs à la circoncision et à la purification, mis dans la bouche de Dieu parlant à Moïse. La deuxième (Is 6, 1-12) décrit la vision des séraphins aux six ailes par Isaïe et la manière dont un des séraphins, avec un chardon ardent, purifia les lèvres du prophète ; ce passage a vraisemblablement été choisi à cause de quelques paroles qui pourraient symboliquement préfigurer la venue du Christ dans le Temple : " Les gonds du seuil vibraient… et le Temple se remplissait de fumée… et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur des Armées ". La troisième leçon (fragments du chapitre 19 d’Isaïe) ne se comprend bien que si on lit le chapitre tout entier : on voit alors que la venue du Seigneur en Égypte, la destruction des idoles égyptiennes en sa présence, et son adoration par les Égyptiens peuvent s’appliquer à la révélation que le Christ a faite de lui-même aux païens, (" lumière pour éclairer les nations ", comme dit le cantique de Siméon.) L’évangile lu à matines (Lc 2, 25-32) est un abrégé de celui qui est lu à la liturgie (Lc 2, 22-40) et qui relate la présentation de Jésus au Temple. L’épître de la liturgie (He 7, 7-17), parle de Melchisedek rencontrant Abraham ; déjà Lévi a payé la dîme à Melchisedek " en la personne d’Abraham… car il était dans les reins de son aïeul… " ; le sacerdoce aaronique rendait ainsi hommage au sacerdoce éternel ; de même, pouvons-nous inférer de ce texte, que le Temple de Jérusalem, en la personne de Siméon qui accueille et bénit Jésus, rend hommage au sacerdoce du Christ. On sait que le cantique de Siméon, " Laisse maintenant, Seigneur, ton serviteur s’en aller en paix ", est devenu un élément de l’office divin quotidien, à Rome comme à Byzance. La phrase de Siméon à Marie, " un glaive te transpercera l’âme… ", jette un rayon de lumière sur le mystère de la participation de la Très Sainte Vierge à la Passion de son Fils.

" Allons, nous aussi… à la rencontre du Christ et accueillons-le, ornez votre chambre… et recevez le Christ Roi… Et accueillez Marie la porte du ciel ". Ces chants de la fête de la Présentation s’appliquent aussi à notre âme. Chaque âme devrait être un Temple de Dieu, où Marie apporte Jésus. Et chacun de nous, comme Siméon, devrait prendre l’enfant dans ses bras et dire au Père : " Mes yeux ont vu ton salut. La prière de Siméon, " laisse ton serviteur s’en aller en paix ", ne signifie pas seulement que celui qui a vu Jésus et l’a tenu dans ses bras peut maintenant quitter cette vie, mourir en paix. Elle signifie encore pour nous que, ayant vu et touché le Sauveur, nous sommes délivrés de la servitude du péché et nous pouvons nous éloigner en paix du royaume du mal.

« Maintenant, Seigneur, laisse ton serviteur s'en aller en paix selon ta parole, car mes yeux ont vu le salut qui vient de toi. Lumière qui se révèle aux nations et gloire de ton peuple Israël ». Cette hymne, ce « cantique de Siméon » nous a accompagnés dans différentes versions durant toute cette méditation sur la fête.
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