4e dimanche après Pentecôte 2011 - Mt 8, 5-13

A force d’entendre certains récits de l’Évangile, ils nous paraissent comme allant de soi, on ne s’étonne plus, surtout, on ne réfléchit plus à ce que l’on entend. Dommage, parce que – souvent – on passe à côté de choses importantes.

Le récit que nous venons de lire a pourtant de quoi surprendre.

D’abord, il y a ce centurion. C’est un Romain. Saint Luc, lorsqu’il raconte ce même événement, précise qu’il a aidé les Juifs à bâtir une synagogue. Et il vient trouver Jésus. Non seulement il vient vers lui, mais il l’appelle Seigneur. Un titre qui était réservé aux empereurs, aux rois. On voit bien, par l’utilisation de ce mot : Seigneur, que ce centurion voit en Jésus bien plus qu’un simple guérisseur. Il vient aussi lui parler de son serviteur. C’est de la compassion pour son esclave qu’il exprime, c’est la souffrance de cet homme qui le touche, pas le fait qu’il ne peut plus le servir.

Et puis, il est conscient à la fois de sa situation et du fait qu’il ne mérite rien. Sa situation : un étranger en terre étrangère. C’est un païen et il sait que les Juifs ne peuvent fréquenter les païens, moins encore entrer chez eux, pourtant, ce n’est pas seulement cela qui le motive à dire : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit », mais il sait qu’il ne mérite rien.

Et pourtant, il croit. Il croit profondément, dans son cœur Jésus peut l’écouter, que l’amour du Christ peut lui être donné, à lui aussi, le païen, ainsi qu’à son serviteur. Il comprend que cet amour ne s’exige pas, qu’il n’en va pas comme pour lui, quand il donne des ordres à un subalterne. Il a cette intuition extraordinaire que l’amour de Jésus-Christ est gratuit. « Dis seulement un mot et mon serviteur sera guéri ».

Et Jésus respecte les paroles du centurion. Il n’ira pas chez lui, sans doute plus parce qu’il respecte l’humilité du centurion qu’il ne respecterait une règle juive qu’il serait toujours prêt à transgresser au nom de l’amour et de la charité. Et pourtant, il ne dit pas cette parole qu’on lui connaît : « va, ton serviteur est guéri », non, mais il dit au centurion : « qu’il advienne selon ta foi ». Ta foi. C’est cela qui a été décisif.

Et Jésus se retourne alors vers la foule pour clamer ce qu’il aurait pu au centurion lui-même : « en Israël je n'ai pas trouvé une telle foi! ». Quelle leçon pour les Juifs qui l’écoutent ! Un étranger, un militaire, un occupant ! Quelle leçon aussi pour nous.

Avons-nous toujours cette audace dans la foi ? Certes, nous sommes capables des gestes d’humilité (« je ne suis pas digne ») et nous pouvons penser que nous ne valons pas le dérangement. Mais cette pensée n’est-elle pas souvent … comme un manque de foi ? Comme si nous nous disions : oh ! Non, moi, je ne vaux pas la peine, Dieu ne peut s’intéresser à moi !

Avons-nous toujours cette pensée : « dis seulement une parole et je serai guéri » ? Que Jésus peut tout faire sans se déranger, qu’il n’a pas besoin d’être encore parmi nous, comme homme, que de la gloire où il habite, il peut nous guérir et veut nous sauver. Il lui suffit d'un mot, mais ce mot, que nous n'entendons pas, nous devons croire qu'il le dit. Il suffit au Seigneur d'une parole, d'une parole de vie, pour sauver chacun de ceux que nous portons dans le cœur.

C’est la foi du centurion a qui été déterminante. Comme celle de ces hommes qui amenaient à Jésus un paralytique qu’ils ont descendu par le toit de la maison. Sauvé par la foi des autres. C’est peut-être nécessaire pour suppléer à notre manque de foi.

Avant la communion, nos frères catholiques, lorsque le prêtre leur montre l’hostie en disant « voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » répondent comme le centurion : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri ». Nous, an début de chaque liturgie, comme au début de chaque office, chaque moment de prière, nous disons à l’Esprit saint : « viens et fais ta demeure en nous ».

Toute la profondeur de notre attitude est dans ces deux mouvements : nous ne sommes pas dignes, mais nous invitons. Et nous pensons que Dieu peut répondre à notre invitation, que notre indignité ne sera pas un obstacle. Des deux hommes qui allaient prier au temple, c’est le Publicain qui a été justifié.

Et Dieu, nous pouvons le recevoir, en nous, à chaque liturgie. Et il m’arrive souvent de dire, lors des confessions : si nous devions attendre d’être dignes pour communier, nous ne le ferions jamais. Mais Jésus se donne malgré notre indignité. Pour nous guérir de ce qui nous rend indignes. Mais ceux qui – à nos yeux – seraient les plus méritants (les grands saints, les ascètes) ceux-là sont précisément ceux qui se considèrent comme les plus indignes.

Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri. Viens, et fais ta demeure en nous, purifie-nous de tout souillure et sauve nos âmes, toi qui es bonté.



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