5e dimanche après la Pentecôte – 2011 - Rm X, 1-10 – Mt VIII, 29-IX, 1

On raconte (ou plutôt, on racontait, parce que ça commence à être déjà vieux) que, lorsqu’il est revenu de sa première mission dans l’espace, Youri Gagarine s’est empressé d’aller rassurer les camarades du parti et les dirigeants du Kremlin : il n’y avait personne là haut, la preuve était faite : Dieu n’existe pas, le cosmonaute ne l’avait pas rencontré.

On aurait beau envoyer des missions spatiales jusqu’aux confins de l’univers et plus loin encore, on n’y rencontrerait personne. En tout cas pas Dieu. En  tout cas, pas comme ça,

En effet, la rencontre avec Dieu n’est pas de cet ordre-là. La rencontre avec Dieu ne sera jamais le résultat d’une expérience scientifique ou  d’une expédition, ni même d’une recherche et encore moins d’une spéculation. Le problème de certains théologiens qui cherchent à expliquer Dieu avec des mots et des réflexions humaines est peut-être de s’éloigner de Dieu, de se forger eux-mêmes une image de Dieu. Non, la rencontre avec Dieu ne sera jamais que dans la rencontre personnelle entre l’homme  et Jésus-Christ.

Et cette rencontre personnelle, elle aussi, se passe oserai-je dire, en dehors des terrains connus. C’est aussi une expérience, mais cette fois, une expérience spirituelle, une expérience de vie, c’est-à-dire quelque chose que l’on a ressenti profondément, que l’on a éprouvé, comme on éprouve de la joie, de la peine, de l’amour ou de la haine …

Cette rencontre personnelle avec Dieu ne peut être que par Jésus-Christ, précisément parce qu’il s’est fait notre semblable. Véritablement homme tout en restant véritablement Dieu.

Donnant aux hommes un nouveau code, non plus écrit dans la pierre, mais inscrit dans les cœurs. C’est cela que l’apôtre Paul évoque dans son épître aux Romains lorsqu’il dit à ses contemporains : « qu’ils ont du zèle pour Dieu, mais c’est un zèle mal éclairé ». Bien sûr, il s’adresse aux Juifs de son époque mais, au delà de cet aspect chronologique – on pourrait dire, historique – la démarche nous interpelle encore aujourd’hui.

Quelle est cette démarche ? C’est de dire : vous avez beaucoup de zèle pour Dieu et vous faites tout ce que vous pouvez pour le servir. Mais voilà, vous le faites selon des règles qui peuvent porter à votre propre justification, comme ce pharisien qui disait : je respecte le sabbat, je paie la dîme.

Ainsi, nous pourrions dire : « J’ai respecté les jeûnes et les carêmes, je n’ai pas tué, pas volé, j’ai fait l’aumône. J’ai tenu compte des commandements. Et des règles de l’église. Même des plus subtiles comme les paroles d’une prière ou le rituel d’une cérémonie … »

C’est très bien. Mais ce n’est pas nécessairement juste. Surtout si on en tire une propre satisfaction et aussi parce que cela revient à forcer la rencontre avec Dieu en employant des moyens propres, des arguments basés sur nos mérites personnels alors que seul compte le don de Dieu. La grâce, offerte à tous, mais que nos cœurs tellement endurcis ne peuvent accueillir.

Les efforts personnels, ils doivent donc se situer là : comme des exercices d’ouverture à Dieu.

L’homme est naturellement égocentrique, voire égoïste. S’il n’est pas attentif, il se referme, se replie sur lui-même. Parce qu’il a été touché, ou qu’il a peur d’être blessé. Parce qu’il s’absorbe dans ses activités, qu’il se laisse aveuglé par ses habitudes, ses traditions, ses croyances qui n’ont rien à voir avec la foi, bref, comme on le dit familièrement, tous ses vieux démons…

Des démons qui ne se laissent pas expulser comme ça ! Il faut parfois que l’homme y mette un sérieux coup ! Qu’il s’ouvre et s’abandonne à la Parole de Dieu qui, seule, est réellement libératrice. Mais à quel prix ?

Lorsqu’on nous raconte cette histoire de démons que Jésus envoie dans des porcs qui vont se jeter dans la mer, on ne pense pas toujours à ceci : ces cochons, c’était un troupeau. Et le fait qu’il aille se perdre dans les flots, cela représente pour les gardiens et les propriétaires, une sérieuse perte matérielle. On comprend qu’après cela, les Gadaréniens prient plus ou moins poliment Jésus d’ailler voir ailleurs ! Mais c’était le prix à payer pour la libération de deux âmes.

Et quel prix sommes-nous prêts à payer pour la nôtre ? Oh ! Il ne s’agit pas de monnayer notre salut ! Il s’agit simplement de savoir quelle part de notre vie matérielle, de notre sort d’ici bas, nous sommes réellement prêts à mettre totalement entre les mains de Dieu.

Lorsque l’arbre a grandi devant la fenêtre jusqu’à mettre la pièce dans une pénombre permanente, il faut parfois faire le sacrifice de quelques branches pour faire à nouveau rentrer le soleil.

Quand le cœur s’est obscurci, il faut parfois sacrifier des fantasmes, des désirs, des émotions, des souvenirs peut-être, pour que revienne à nouveau la lumière.

Sinon, nous ne verrons que la perte du troupeau de porcs, nous ne ressentirons que le sacrifice de quelques moments, de quelques plaisirs, sans comprendre le don incommensurable que Dieu a réservé pour nous. Nous ne verrons que les restrictions à notre petite vie et à notre cher moi, sans apprendre le don ineffable de notre âme libérée.



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