9e dimanche après Pentecôte – 2011 - Mt 14, 22-34 - Jn 19, 6-11, 13-20, 25-28, 30-35 - Procession de la sainte Croix (1й спас)

La nuit est venue, l’inimaginable se produit comme si c’était tout à fait normal : Jésus, qui a envoyé ses disciples avant lui, rejoint la barque en marchant sur les eaux. Manifestation éclatante de la domination du Fils de l’Homme sur les éléments naturels. Preuve, pour ceux qui le voient, que celui-ci ne peut être que le Fils de Dieu !

« Rassurez-vous, c’est moi » dit Jésus. Sa voix, sa présence, la chaleur qu’il met dans le cœur, la paix qu’il donne. « C’est moi ». Du coup, Pierre se sent intrépide. Il ose ! Quelle audace, penserez-vous. Quelle confiance, pourrait-on dire aussi.

Et comme Jésus a respecté l’incrédulité de Thomas, il respecte aussi l’attitude de Pierre. « Viens » lui dit-il. Et Pierre sort de la barque. Lui aussi marche sur les eaux. Jusqu’à ce qu’il panique. Il coule. Il va se noyer. Mais Jésus tend la main et le sauve. La peur s’évanouit, le cœur s’apaise comme le vent de tempête qui secouait la barque.

Sur l’océan de notre vie, notre barque est souvent poussée, bousculée par des vents contraires. Comme la mer, notre existence est profonde, son mystère est insondable mais, en surface, peuvent éclater des tempêtes.

Allons-nous entendre Jésus nous dire : « Rassure-toi. C’est moi. N’aie pas peur. Je suis là ». Sentir sa présence. Vivre de son amour. Et oser ?

Oser, comme Pierre, lui dire : « Ordonne-moi d’aller te rejoindre » même si, pour cela … Mais vous savez comme moi qu’il y a des choses dans la vie qui peuvent être aussi difficiles que de marcher sur les eaux. Des choses que, pourtant, le Seigneur va nous demander – « Viens » – si vraiment nous le prions et nous disons – pas du bout des lèvres, ni même du bout du cœur, mais de toute notre âme – que ta volonté soit faite.

Et lorsque nous tomberons, lorsque nous coulerons – parce que nous allons couler et tomber – parce que nous sommes des gens de peu de foi – nous pourrons nous aussi sentir la main du Seigneur nous tirer vers lui pour nous sauver et, enfin, apaiser les tempêtes.

Bien sûr, Jésus n’est plus là comme il l’était avec Pierre et les autres disciples. Mais il leur à dit : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. » (Mt 28, 20) Oui, il est aujourd’hui avec nous comme il a promis d’être avec eux. Autrement. Il nous a laissé des signes, comme celui de sa croix.

Aujourd’hui, nous fêtons la procession de la Sainte et Vivifiante Croix. Première d’une série de trois fêtes du Seigneur – célébrées en cette fin de mois d’août – et que le calendrier slavon indique comme 1й спас, ce que l’on serait tenté de traduire : premier salut mais qu’il convient sans doute, plus simplement de dire première fête même si c’est bien de notre salut qu’il s’agit.

La croix. Nous la célébrons en effet comme l’instrument qui nous sauve, nous prions devant elle un Dieu vivant, ressuscité. Mais nous savons aussi qu’il nous revient de la porter si nous voulons suivre Jésus. Porter notre croix : consacrer au Christ toute notre vie. Le signe de la croix nous protège, c’est aussi le signe que nous faisons en guise de bénédiction, comme une courte prière ou comme un geste de respect.

La deuxième des trois fêtes, ce sera la Transfiguration. Jésus nous permet de voir – comme il le fit à ses trois disciples – non seulement ce que sera sa propre gloire, mais aussi l’être humain transfiguré en Dieu, l’homme vivant de la vie éternelle, l’homme rayonnant, lumineux. Celui que nous sommes appelés à être.
Troisième fête, la translation de la Sainte Face d’Edesse à Constantinople. Peu importe cet événement historique. Nous voici devant cette icône non faite de main d’homme. La face du Christ, la face de Dieu. Celle que Moïse lui-même n’a pu voir et qui se donne à notre vénération.

Les défenseurs des images contre les iconoclastes en ont tiré argument pour prouver la validité des icônes. Elles sont aujourd’hui, pour nous, orthodoxes, un élément essentiel de notre piété, le support de notre prière, participant à notre liturgie et ouvrant notre cœur à une attitude contemplative de la beauté et de la douceur des choses divines.

La croix, la Transfiguration, la Sainte Face. Ce sont pour nous maintenant comme la main du Seigneur tendue vers Pierre et calmant le vent.

Certes, dans notre vie, des tempêtes, il y en aura toujours, comme des cailloux sur le chemin et des croix sur les épaules. Le Christ n’est pas là pour nous faciliter la vie mais pour nous la donner. A nous de pouvoir la recevoir.

Mais combien faudra-t-il de passages, combien de traversées, sur combien d’autres rives devrons-nous aborder pour trouver le chemin, Jésus Christ, le Chemin, la Vérité et la Vie ?



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