Transfiguration – 2011 - Mt 17, 1-9

De l’évangile de Matthieu que nous venons d’entendre, je voudrais retenir une phrase en particulier : « ils ne virent personne d’autre que Jésus seul ». Cette phrase, on peut la comprendre de différentes façons.

D’abord, d’une façon directe, par rapport au récit. Les disciples viennent de voir Jésus en compagnie de Moïse et Elie. Moïse qui représente la Loi, Elie qui représente les prophètes. Et Pierre, Jacques et Jean ne voient plus que Jésus seul, Jésus qui est l’accomplissement de la Promesse, qui est la plénitude de la révélation divine.

Ils ont vu aussi Jésus entouré d’une nuée, tandis qu’une voix leur disait : « Voici mon Fils bien-aimé » et la voix ajoutait : « écoutez-le ». Tout cela a dû être impressionnant et on comprend que les disciples soient remplis de frayeur. Pourtant, ce n’est pas pour les impressionner que Jésus a été ainsi transfiguré devant eux ; ce n’est pas pour le spectacle mais bien pour la révélation : le témoignage du Père et la réalité spirituelle du Fils dans l’Esprit Saint.

 
Mais ils voient Jésus seul.  Jésus qui les rassure, Jésus sans gloire, Jésus dans sa simplicité, dans son humilité. C’est le Jésus de la crèche, c’est le Jésus qui descend dans le Jourdain pour recevoir le baptême de Jean. Mais là aussi, les anges de Noël auront chanté dans le ciel et la voix de la Théophanie aura proclamé le Fils de Dieu.

Il n’y a pas de mal – si la recherche est honnête et sérieuse – à chercher ce que l’on appelle aujourd’hui le « Jésus de l’histoire », le personnage historique qu’il a été. Mais si, pour cela, on doit refuser toutes ces manifestations divines qui l’entourent, on ne parviendra jamais à trouver le Jésus historique, parce que c’est bien en tant qu’homme mais aussi en tant que Fils de Dieu que – précisément – Jésus est entré dans l’histoire, dans notre histoire.

Cela dit, on ne vit pas dans des réalités du monde à venir comme on ne peut pas vivre en permanence dans l’extase et la béatitude. Quand Pierre parle d’installer trois tentes, il veut prolonger ce moment extraordinaire. L’évangéliste Luc s’exclame : « Il ne savait pas ce qu’il disait ». Jésus lui-même ne lui répond pas. C’est en effet dans le monde qui est le nôtre, au milieu des humbles, dans nos difficultés que nous devons trouver Jésus.

Dans le monde, mais pas selon les valeurs du monde. Car pour les disciples, comme pour nous maintenant, voir Jésus seul, c’est concentrer tout sur Lui : notre attention, notre regard, nos prières, notre vie. Jésus doit être le centre, la base, l’essentiel de notre existence.

Certains pourront comprendre « voir Jésus seul » comme un appel à ne voir que Lui, à se retirer du monde. Ce sont les moines, ce sont les ermites. C’est une vocation particulière. Mais il ne faut pas s’y tromper : on ne devient pas moine pour se couper du monde – ou pire encore, pour le fuir – on choisit cette voie pour servir le monde autrement : par la prière, la méditation, le recueillement et la louange de celui qui l’a créé.

Pour nous, dans le monde, « voir Jésus seul » revient à voir le Christ dans les êtres et les choses, dans la beauté naturelle, dans la beauté humaine. En effet, Jésus a été transfiguré dans son corps donc, en lui, c’est l’humanité qui est transfigurée, c’est le monde, la création qui est transfigurée. C’est aussi un des grands enseignements de cette fête.

 
Il n’en reste pas moins que c’est d’abord le Christ Jésus qui est transfiguré dans sa personne et ses deux natures, c’est Lui qui est désigné comme Fils de Dieu tandis que se manifeste une fois encore la Sainte Trinité.

« Celui-ci est mon fils bien-aimé. Ecoutez-le » dit la voix dans la nuée. Elle ne s’adresse pas seulement aux disciples que Jésus a conduits sur la montagne. Elle s’adresse aussi à nous. A nous qui devons reconnaître Jésus comme Fils de Dieu et à nous qui devons aujourd’hui encore l’écouter. Ecouter sa parole, son enseignement. Comme nous l’ont transmis les apôtres, les évangélistes, les Pères, mais aussi, ceux qui ont, maintenant, la charge du peuple de Dieu : les évêques et les prêtres.

Mais il y a, dans l’évangile de Matthieu, une parole qui ne s’adresse pas à nous. « Ne parlez à personne de cette vision, disait Jésus à ses disciples, avant que le Fils de l’homme ne ressuscite d’entre les morts ». Pierre, Jacques et Jean ont donc dû garder secrète une chose qui les dépassait. Nous, tout cela nous dépasse tout autant, mais contrairement à eux nous devons témoigner : parce que le Christ Jésus est ressuscité des morts et qu’il nous revient de proclamer sa gloire, la gloire de Dieu, Père, Fils et Saint Esprit.



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