10e Dimanche après Pentecôte 2011 - Mt 17, 14-23

« Si vous aviez de la foi gros comme un grain se sénevé, rien ne vous serait impossible. » Mais notre foi est sans doute bien peu de chose à côté de celle qui pourrait déplacer les montagnes. Et certes la prière instante que nous pouvons toujours adresser à Dieu est : « Seigneur, guéris-moi de mon manque de foi ! »

Mais, est-ce parce que notre foi est bien peu de chose que tout nous est impossible ? Non. Grâce à Dieu, non. Malgré notre faiblesse, malgré notre indignité, malgré notre peu de foi, Dieu se manifeste en nous, et à travers nous – malgré  nous parfois – il  peut faire des prodiges !

Comment cela est-il possible ? La réponse de Jésus resterait la même : par le jeûne et l’oraison. La prière personnelle, la prière liturgique, les moments que l’on passe seul devant ses icônes, ceux que l’on passe ensemble lors des célébrations, tout cela nourrit, enrichit, approfondit la foi et lui est nécessaire.

Quant au jeûne, ce n’est pas seulement l’affaire du temps des carêmes. D’abord, il faut savoir de quoi on parle : on peut très bien se priver de nourriture, ne manger qu’une fois par jour – et encore : deux prosphores et trois olives – et n’en retirer que des maux d’estomac et une santé défaillante. Le jeûne, ce n’est rien d’autre qu’une manière de faire l’impasse sur des choses dont on peut se passer pour retrouver celles qui sont essentielles.

Et, de ce point de vue-là, je me dis qu’aujourd’hui, il est peut-être un autre type de jeûne qui serait profitable. Je l’appellerai le jeûne intellectuel. Un temps, au cours de la journée, de la semaine, durant lequel on essaie de faire le vide de ses pensées, en tout cas, de ne plus laisser sa tête s’en remplir comme on le fait d’informations, de réflexions, de supputations, de déductions, d’imagination …

Notre tête, notre vie, serait comme un appartement bourré de livres, de journaux, de papiers, de cassettes ou de jeux vidéos ; il y a la télé, il y a la radio. La fenêtre est ouverte et les bruits du dehors entrent par flots réguliers. Et voilà qu’on sonne à la porte. Vous faites entrer le visiteur :
-    Asseyez-vous ! Oh ! Attendez, je vais enlever les cassettes du fauteuil.
-    Vous mangerez bien quelque chose ! Excusez-moi, j’enlève les livres de la table.
-    Je vais couper la radio, on s’entendra mieux.
-    Tout compte fait, la télé aussi, on sera moins distrait
-    Je ferme la fenêtre parce que le raffut de la ville …

Et vous voilà face à face avec votre visiteur, prêts pour une vraie rencontre, une conversation qui ne souffrira pas de ces autres choses qui sont pourtant de notre quotidien. Pour cela, il fallait faire de la place. Sans tout jeter par-dessus bord ! Non, juste la place qu’il faut pour créer un espace de rencontre, un temps de rencontre, de rencontre personnelle.

Pour cette rencontre, Jésus viendra toujours à l’improviste. Il n’est pas de ceux que l’on invite en fonction de son agenda et ce n’est pas nous qui organisons la rencontre, même si nous la désirons profondément.

Lorsqu’il frappe à la porte, il faut lui faire de la place, lui accorder toute l’attention et, s’il s’installe, s’il commence vraiment à vivre avec nous, il faudra prendre garde de ne pas l’enfermer dans une icône et l’accrocher dans un coin comme d’autre clouent le crucifix sur la cheminée ou au-dessus de la porte.

Il faudra prendre garde de ne pas laisser le désordre se réinstaller au risque d’occuper toute la place, toutes les pensées. Parce qu’une fois que le Christ est entré dans notre vie, l’enjeu pour nous est de lui faire de la place, toujours plus de place. Non pas parce qu’il le demande, mais parce qu’on sent bien que c’est là le sens réel, profond, vrai, de notre vie.

S’abandonner toujours plus à Dieu, laisser le Christ prendre vie en nous, je dirais s’incarner en nous, prendre notre vie pour lui donner toute sa valeur et tout son sens. Et qu’il fasse de nous des témoins, des apôtres dont, par la grâce même de Dieu, les mérites et les actes ne se mesureront pas seulement à la grandeur de la foi.



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