11e dimanche après Pentecôte – 2011 – Mt 18, 23-35 - Dormition de la Mère de Dieu

« Le royaume des cieux est semblable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs ». Une fois encore, Jésus va utiliser une image forte avec cette parabole du débiteur sans pitié. Le roi lui remet sa dette, il pardonne. Le serviteur, lui, s’en prend à l’un de ses semblables. C’est sa manière à lui de régler ses comptes, une manière que nous connaissons bien encore aujourd’hui, dans notre monde. C’est qu’il nous ressemble tellement ce serviteur !

Le roi de la parabole – que les auditeurs attentifs et réceptifs identifieront à Dieu lui-même – ne règle pas, lui, ses comptes par la violence ou l’argent mais par la compassion, la miséricorde et le pardon. C’est cela le royaume de Dieu : la compassion, la miséricorde, le pardon ; on pourrait dire aussi la charité, l’amour.

Celui qui agit par la violence, la contrainte, celui-là n’a pas sa place dans le royaume de Dieu. S’il ne se soumet à l’esprit de Dieu, il tombe sous le coup de la loi et il est alors condamné. « Ainsi vous traitera mon Père céleste si chacun de vous ne pardonne à son frère du fond de son cœur. »

Une parole qui rappelle celle que nous entendons le dimanche qui précède le Grand Carême : « Si vous pardonnez aux hommes leurs manquements, votre Père céleste vous pardonnera aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos manquements » (Mt 6, 14-15).

Dans les deux cas, la parole est catégorique et on pourrait dire le jugement sans appel. Et pourtant. Réfléchissons un moment et, sans trop chercher, nous trouverons ceux à qui on ne pardonne pas, ceux à qui on ne pardonne rien, ceux qu’on refuse de voir, de rencontrer… ceux à qui on refuserait même un regard, une parole, un geste de miséricorde.

Oui, mais Dieu c’est Dieu et nous c’est nous. « Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 48) dira encore Jésus. Vraiment, nous n’avons plus qu’à compter nous-mêmes sur la miséricorde de Dieu. Dieu qui nous a tout donné : l’existence et la vie. Dieu que nous avons délaissé, que nous rejetons parfois. Dieu qui s’invite dans notre vie et que nous n’accueillons pas. Dieu qui a envoyé les prophètes, on les a lapidés. Dieu qui a envoyé son propre Fils, et on l’a crucifié.

Oui, Dieu s’est fait homme pour nous donner la vie, nous rendre la vie. Mais il s’est fait homme non pas comme dans le théâtre grec antique celui qu’on appelait deus ex machina, il s’est fait homme grâce à une femme, la bienheureuse Vierge Marie dont nous célébrons aujourd’hui la dormition. Nous la vénérons, nous ne la pleurons pas. Ce qui aurait pu être un moment de grande tristesse (la mort de Marie) est une fête. Parce que derrière la mort de celle qui a mis au monde la source de la vie, il y a – une fois de plus, pourrait-on dire – une folle espérance.

A travers elle, c’est l’homme tout entier, l’être humain, qui est sauvé. Corps et âme. Les portes du paradis s’ouvrent devant elle. Oui, corps et âme. Cette année, la fête de la Dormition tombe un dimanche. Donc nous avons ici deux icônes : celle du dimanche qui est en fait le Christ descendant aux enfers et celle de la fête, de la Dormition. Sur les deux, au centre, il y a le Christ, vêtu de blanc, le Christ dans sa gloire, le Christ donateur de vie, le Christ ressuscité et qui transmet aux hommes la vie éternelle.

Sur l’icône du dimanche, il descend aux enfers. C’est-à-dire au plus profond de la chute où l’homme est tombé et là, il prend par la main Adam et Eve qu’il va tirer des ténèbres pour les mener à la lumière, les tirer de la mort pour les ramener à la vie. Le salut s’accomplit.

Sur l’icône de la fête, il descend sur la terre pour enlever sa mère et l’emmener avec lui, dans sa gloire. Il va l’emmener réellement, physiquement. Le salut est pleinement réalisé.

C’est bien cela notre folle espérance. C’est cela qui fait notre joie dans la fête. Comme nous le chantions hier soir dans les laudes, même « les cieux se réjouissent » pour accueillir celle qui a « uni par [son] enfantement la terre avec les cieux ».

Aujourd’hui, elle est là, près de son Fils et elle nous écoute, elle porte nos prières, elle connaît nos peines et elle peut nous consoler, comme une mère. Oui, Marie, la « mère du maître de l’univers » est devenue la mère de tous les hommes, de tous ceux qui trouvent refuge sous sa protection. Une mère de tendresse et de compréhension.

Cette tendresse, cette compréhension, cette miséricorde, cette compassion qui avec le pardon sont les apanages du royaume de Dieu. Un royaume où Marie a sa place non pas parce qu’elle a porté et allaité Jésus; mais parce qu’elle a été comme nulle autre, obéissante, confiante et fidèle. Marie est la mère du Seigneur ; elle est maintenant la protectrice des hommes: mais, d’abord et avant tout cela, elle est celle qui a écouté et gardé la Parole. C’est sur cela que se fonde notre piété envers Marie. C’est sur cela que nous devons fonder notre vie.






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