12e dimanche après Pentecôte – 2011 - 1Co 15, 1-11 – Mt 19, 16-26

Si on voulait donner à ce dimanche un titre, un nom (comme on parle du dimanche de Zachée, de la Samaritaine, de Thomas ou encore du Pharisien et du Publicain) on pourrait l’appeler « dimanche de la grâce de Dieu » parce que c’est bien là l’enseignement principal, fondamental, qui nous est donné.

En parlant du salut, de la vie éternelle, d’entrer dans le Royaume de Dieu, Jésus dit à ses disciples qui lui demandent « qui donc sera sauvé » : « Aux hommes, cela est impossible, à Dieu tout est possible ».

Si on en restait là, les choses seraient sans issue pour l’homme. Mais Dieu, à qui tout est possible, Dieu est bon. Lui seul est bon dit Jésus au jeune homme riche. Mais celui-ci aurait pu lui répondre : « Mais Seigneur, Tu es Dieu ». Vrai Dieu, Jésus est aussi vrai homme. Ainsi, il a incarné cette bonté de Dieu, il a fait entrer la grâce de Dieu dans la vie des hommes. Il a comme jeté un pont entre Dieu et l’homme, un pont sur cet abîme infranchissable, établi une relation directe, une relation de Père à enfants et d’enfants à Père.

Et par la grâce de Dieu, les choses deviennent possible à l’homme. C’est ce qu’écrit saint Paul aux Corinthiens : « Par la grâce de Dieu, je suis ce que je suis » et il ajoute tout de suite :  « et sa grâce envers moi n’a pas été vaine ». Parce que Paul a pu faire fructifier la grâce, cette grâce l’a poussé à agir, à enseigner, à porter témoignage.

Plus loin, il redira ces paroles qui sont au centre de sa profession de foi lorsqu’il évoque son action. J’ai travaillé, dit-il « non pas moi, mais la grâce de Dieu qui est en moi ».

Ainsi, si nous voulions interroger le Christ et lui demander « Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? » autrement dit, que faire pour être sauvé, notre question ne serait plus – comme celle du jeune homme riche – que dois-je faire ? mais bien comment puis-je recevoir cette grâce de Dieu ?

Et là, il faut bien se rendre à l’évidence, il ne suffit pas de faire ceci ou cela, il n’y a pas de méthode, il n’y a pas de recette. La grâce de Dieu ne se trouve pas dans un distributeur automatique qui fonctionnerait à coups de dévotion. « L’Esprit souffle où il veut et quand il veut ». Mais l’homme est-il toujours prêt à Le recevoir.

L’homme, dans ce cas, est comme un bateau, un voilier. Si les voiles sont repliées, refermées sur elles-mêmes, l’Esprit aura beau souffler, le bateau ne bougera pas, l’homme restera où il est, comme il est, ce qu’il est. Bien sûr, s’il déploie ses voiles, il pourra recevoir le souffle de l’Esprit, mais il devra aussi se méfier des vents contraires, du souffle du Malin qui cherchera à l’entraîner en-dehors de voies du Seigneur.

Vends tout ce que tu as, dit Jésus au jeune homme riche, viens et suis-moi. Là encore, je reviens sur une autre image, celle de notre appartement encombré. De notre vie remplie d’informations, d’idées, de controverses, de notre tête pleine de bruits, de rumeur, de musiques et de paroles. C’est cela notre richesse aujourd’hui : elle est culturelle, elle est intellectuelle.

Comme la richesse matérielle, elle n’est pas un mal en soi. Un homme peut être riche et utiliser son argent à aider, à faire le bien. Un homme peut avoir plein d’idées et les mettre au service des autres. « Heureux ceux qui ont une âme de pauvre » dit-on dans les béatitudes.

Car si l’argent est notre maître, si les idées sont nos seuls guides, il n’y aura pas place dans nos esprits et nos cœurs pour un Jésus-Christ qui, en plus, viendrait bousculer notre existence.

Il faut faire place, il faut s’ouvrir. Si nous restons enfermés sur nous-mêmes avec nos petites envies, nos intérêts mesquins, nos idées souvent toutes faites, si nous nous enfermons dans nos préjugés, notre confort (et le confort intellectuel est parfois pire que le goût des pantoufles !) alors, il sera plus facile pour un chameau …

Il faut faire place, il faut s’ouvrir. « Déposons tout souci du monde » chantons-nous dans l’hymne des chérubins, tout au début du canon eucharistique. « Pour recevoir le Roi de toute chose ». Recevoir la grâce de Dieu en accueillant Jésus dans notre vie, recevoir l’Esprit Saint en laissant le Christ vivre en nous.
 
Voilà le message central de ce dimanche. Un des derniers de l’année liturgique. Bientôt s’ouvrira une nouvelle année, qu’elle soit – pour nous et le salut du monde – l’an de grâce du Seigneur.



Site web réalisé par Arnaud Simonis