Nativité de la Mère de Dieu - Banneux – 2011

La Nativité de la Mère de Dieu que nous célébrons aujourd’hui est la première grande fête de l’année liturgique. Et ce n’est évidemment pas un hasard. L’année liturgique – dans l’église catholique – commence le 1er dimanche de l’Avent. La prière grande fête est donc Noël. On est dans une démarche que l’on pourrait dire clairement christocentrique. L’anne liturgique orthodoxe, qui commence donc le premier septembre, reprend en quelque sorte l’histoire du salut en Jésus-Christ … par la naissance de sa Mère. Certes, le Christ reste au centre de ce temps tout particulier qu’est le temps liturgique et sa résurrection, Pâques, en est le sommet, mais c’est comme si l’Église voulait prendre les choses un épisode avant la naissance même de Jésus.

Vous me direz : et alors, les dates sont quand même celles de notre calendrier civil. Oui, bien sûr, et le rôle du calendrier liturgique n’est rien d’autre qua de marquer ce temps par des moments et des célébrations, des événements spirituels. Bien sûr, dans nos agendas, l’indication des vigiles ou des liturgies s’inscrira à côté des rendez-vous de travail ou des visites chez le dentiste mais, on le sent bien, nous sommes dans une démarche différente, nous sommes dans un temps différent.

Le philosophe russe Nicolas Berdiaev a consacré au temps des pages assez remarquables. Il définit ainsi trois ordres de temps: le temps cosmique, le temps historique et le temps existentiel. Et chaque homme vit dans ces trois ordres de temps.

Le temps cosmique est symbolisé par un cercle; il est attaché au mouvement de la terre autour du soleil, à la division en jours, en mois et en années, au calendrier et aux horloges. C'est un mouvement circulaire, fait de retours incessants: succession du jour et de la nuit, succession des saisons. C'est le temps de la nature et, faisant nous-mêmes partie de la nature, nous vivons dans ce temps. C'est un temps qui se prête au calcul mathématique, à la détermination numérique, au fractionnement, à l'addition. Le temps cosmique est un temps rythmique. Mais il est aussi divisé en passé, présent et avenir. Le temps ainsi divisé est un temps malade qui ronge l'existence humaine jusqu'à la mort.

Le temps historique est symbolisé lui, non par un cercle, mais par une ligne droite qui se prolonge indéfiniment en avant. La caractéristique du temps historique consiste justement dans cet élancement vers l'avenir, car c'est de l'avenir que l'histoire attend la révélation de son sens. Le temps historique apporte toujours une nouveauté; grâce a lui, ce qui n'a pas été devient. Ce qui était peut mourir. C'est un de ses aspects. Mais il y en a un autre, puisqu'il se rattache également au passé et à la tradition qui assurent une continuité des temps. Sans cette mémoire et cette tradition, au sens profond du mot, il n'y aurait pas d'histoire. Ce sont la mémoire et la tradition qui font "l'historique".

Le temps historique peut engendrer des illusions: illusion du conservatisme qui situe le règne du meilleur, de l'authentique, de la perfection de la beauté dans le passé, et illusion du progrès qui fait reculer dans l'avenir l'âge de la plénitude et de la perfection.

Outre le temps cosmique et le temps historique qui sont tous deux objectivés et soumis au nombre, il y a aussi le temps existentiel, le temps de la profondeur. Le symbole le plus propre à donner une idée du temps existentiel, ce n'est ni le cercle, ni la ligne, mais le point. Le temps existentiel est un temps intérieur, donc qu’on ne peut mesurer, on est dans la subjectivité et plus dans l'objectivité, dans le qualitatif et non dans le quantitatif. Ce qui fait la durée du temps existentiel, ce ne sont pas des minutes, des jours, des saisons mais bien l'intensité des expériences internes qui sont vécues.

La révélation de Dieu dans l'histoire est une de ces irruptions du temps existentiel dans le temps historique. Tous les événements significatifs de la vie du Christ ont évolué dans le temps existentiel et ne font que transparaître dans le temps historique. C’est bien là le sens de nos célébrations, nos fêtes, c’est le sens de notre liturgie d’aujourd’hui autour de la naissance de la Mère de Dieu et c’est bien cette « profondeur », cette « intensité » de la Révélation et des événements du salut qui font que nous pouvons chanter « Anne et Joachim se réjouissent » « En ce jour, s’ouvrent les verrous de la stérilité » « Venez, tous les fidèles, vers la Vierge accourons », car si les événements se sont produits dans l’histoire des hommes il y a deux millénaires, dans notre histoire intime, ils nous sont contemporains parce qu’ils nous concernent directement et qu’ils influencent ou qu’ils guident notre propre vie.

« Par ta nativité, ô Mère de Dieu, la joie fut révélée à tout l’univers car de toi s’est levé le Soleil de justice, le Christ notre Dieu qui, nous délivrant de la malédiction, nous a valu la bénédiction et, terrassant la mort, nous a fait don de l’éternelle vie ».
En chantant la Mère de Dieu, nous rendons grâce à son Fils et nous proclamons ce don ineffable qui nous est fait : celui de la vie.



Site web réalisé par Arnaud Simonis