13e dimanche après Pentecôte – 2011 – Mt 21, 33-42

Cette parabole des vignerons meurtriers, c’est l’image même de l’histoire du salut. Le propriétaire qui plante la vigne et la donne en fermage, c’est Dieu qui confie sa parole, son enseignement, ses préceptes et ses commandements au peuple d’Israël, à charge pour lui de les respecter, les mûrir et les faire fructifier. Les fruits, c’est la conversion du peuple et les serviteurs que le maître envoie, ce sont les prophètes qui seront harcelés, pourchassés. Jusqu’à Jésus, le fils du Maître, qui sera mis à mort.

Alors, comme le propriétaire de la vigne, Dieu va donner à d’autres le soin de garder sa parole, son enseignement, ses préceptes et ses commandements ; non plus à un peuple, mais à une multitude : ceux qui croiront en son fils Jésus-Christ.

Dieu s’était choisi un peuple. Pourquoi ceux-là ? Pourquoi Abraham, le premier ? Pourquoi Moïse … Pourquoi lui ? Pourquoi elle ? Aujourd’hui encore, on peut se poser la question. Je me la pose souvent : pourquoi moi ? Et les réponses que je peux trouver n’ont qu’un seul point commun : elles m’arrangent bien, moi. Donc, elles ont toutes les chances de n’être pas les bonnes.

Mais ce n’est pas là sans doute l’important. L’important, c’est d’avoir conscience de l’appel de Dieu. Un appel qui est lancé à chacun de nous. Peut-être d’une façon plus particulière à l’un qu’à l’autre … ou alors, l’un est plus réceptif que l’autre … et puis même, lorsqu’on prend conscience de l’appel de Dieu, encore faut-il y répondre.

Et la première réponse est presque toujours la même : laisse-moi tranquille avec tout ça ! Je n’ai pas le temps. Ce n’est pas fait pour moi. Je m’illusionne. C’est mon imagination. Tout est bon pour ne pas lâcher prise. Lâcher prise de sa vie, de son monde, de son petit moi. Parce qu’on a conscience aussi que si on s’abandonne, on risque d’y passer tout entier ! Et ça, même si on répète : « Seigneur, que ta volonté soit faite » on entend bien se ménager une part de vie qui reste sous notre seule responsabilité, une part de temps dont on est maître. C’est humain. Et ce sont nos limites. Des limites qui n’attendent qu’à être repoussées toujours plus, jour après jour.

Ensuite, il y a ce qu’on fait de ce trésor qui nous est confié. Car c’est à nous aujourd’hui, à chacun de nous que Dieu confie sa parole, son enseignement, ses préceptes et ses commandements et c’est à nous de les mûrir et de les faire fructifier.

En commençant précisément par notre propre conversion. Un processus lent et parfois difficile. Une progression qui finit par s’inscrire dans notre nature même, comme le fruit de la vigne mûrit jusqu’à donner le grain de raisin qui, une fois passée l’épreuve du pressoir, deviendra le vin, le « vin qui réjouit le cœur de l’homme » comme dit le psaume, le vin, symbole de l’alliance nouvelle et éternelle de Dieu avec les hommes en son Fils Jésus-Christ.

Mais ce vin, cette récolte de la vigne qui leur avait été confiée, les vignerons n’ont eu qu’une idée : le garder pour eux. Trop content de voir arriver l’héritier, ils se disent : tuons-le et … à nous l’héritage.

La récolte de la parole qui nos a été confiée, les fruits de la vie en Christ qui nous ont été donnés, n’avons-nous pas parfois – nous aussi – tendance à vouloir les garder pour nous ? A prier pour notre propre contentement, à tirer personnellement profit de telle ou telle chose bonne que l’on a faite ? A confisquer pour notre usage un rituel voire une forme d’expression de la foi ?

Qu’on ne se méprenne pas : il n’y a aucune honte à ressentir une émotion, un sentiment particulier de bien-être lorsqu’on prie ou lorsqu’on assiste à une liturgie, à un office : cela s’appelle des « consolations » et elles nous sont données comme des encouragements sur notre cheminement spirituel. Tout comme il faut prendre comme des encouragements les compliments ou les mille mercis que peut vous valoir une bonne œuvre. Mais que ces encouragements, ces compliments ou ces mercis ne soient pas le but de notre engagement. Sinon, notre but, ce n’est pas Dieu, c’est nous ! Pour employer une formule : l’orthodoxie n’est pas là pour notre satisfaction, elle est là pour la gloire de Dieu.

Et c’est là notre témoignage. Sans quoi, à notre tour, nous rejetterons le Christ lui-même, la pierre d’angle de son Eglise tout comme de notre vie ; nous refuserions l’œuvre de Dieu dont nous disions pourtant : « quelle merveille à nos yeux ».

Soyons donc ces nouveaux vignerons auxquels le maître confie sa vigne et qui lui remettront les fruits en temps voulu.



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