14e dimanche après Pentecôte – 2011 - Mt 22, 2-14

Cette parabole du festin de noces, comme celle que nous avons entendue dimanche dernier des vignerons homicides est parsemée de traits allégoriques (d’images, d’allusions si vous voulez) qui rendaient aisée l’identification des personnages aux premiers auditeurs de l’Évangile, aux premières communautés chrétiennes alors que l’histoire même de Jésus de Nazareth pouvait encore d’identifier à celle du peuple Juif.

Car ce sont bien les Juifs qui ont négligé l’invitation du roi de la parabole, qui ont refusé les fruits de la vigne, combattu les envoyés du maître et tué son propre fils comme ils ont rejeté la Parole du Christ et qu’ils ont crucifié Jésus. Le roi, comme le maître de la vigne, c’est donc Dieu lui-même, le fils du roi, c’est le Messie. Les envoyés furent les prophètes, puis ce sont les apôtres. Les fruits de la vigne, c’était ce temps où devait s’accomplir pleinement la promesse et donc le festin de noce est la félicité messianique.

Mais les vignerons se sont rebellés, les invités se sont désistés. Les premiers ont été châtiés, la ville des seconds a été incendiée. Allégorie de la chute de Jérusalem ? Sans doute. Mais, qu’est-ce que tout cela peut encore représenter pour nous ?

C’est que le maître choisi de nouveaux vignerons, que le roi envoie chercher de nouveaux invités. Et que ce furent les païens et que ce furent les Gentils et qu’aujourd’hui, c’est nous.

Cela dit – et en oubliant les propos qui permettaient d’identifier les personnages plus ou moins contemporains de Jésus – la première partie de la parabole ne peut-elle pas aussi s’appliquer à nous ? Oh ! Certes, il n’y a plus de prophètes comme dans l’ancien testament, il n’y a plus d’apôtres comme aux premiers temps, mais n’y a-t-il pas, aujourd’hui, des gens qui sont pour nous comme des envoyés de Dieu à qui nous n’accordons aucune attention ? Ne sommes-nous pas parfois invités à faire mais surtout à être autre chose sans que nous y répondions ? N’y a-t-il pas des événements qui nous interpellent et que nous préférons ignorer ?

Si nous sommes les nouveaux ouvriers chargés de la vigne, lui consacrons-nous tout le temps qu’il faut ? Sommes-nous prêts à laisser tous les fruits en œuvrant pour la gloire de Dieu  ou allons tenter de grappiller un peu de gloire, un peu de satisfaction pour satisfaire notre orgueil ? Si nous entrons dans la salle du festin, avons-nous notre habit de noce ?

Dans la parabole que rapporte aujourd’hui l’évangéliste Matthieu, la dimension nuptiale du Royaume, du Royaume de Dieu, est clairement affirmée, elle est mise en évidence. L’union de Dieu avec son peuple, l’union présentée comme un mariage et annoncée dans la Première Alliance, l’Ancien Testament, se trouve accomplie par la venue dans le monde, par l’incarnation de Jésus-Christ.

Certains parleront du « festin messianique » pour évoquer notre participation au Royaume de Dieu quand les temps seront accomplis. Nous, nous pouvons parler du festin messianique chaque fois que nous approchons de la Sainte Communion, chaque fois que nous vivons une Divine Liturgie.

Et s’il nous est demandé de nous préparer, de réciter les prières, de nous confesser, c’est parce qu’on ne participe pas au festin du Messie dans l’état où l’on est dans notre vie de tous les jours. Car l’habit de noce, ce n’est évidemment pas un « beau costume » que l’on revêtirait pour une cérémonie.

L’habit de noce, c’est cet état spirituel qui nous met dans la grâce de Dieu. C’est ce vêtement blanc qui a été posé sur l’enfant lors du baptême : « le vêtement d’incorruptibilité » dit le rituel français « рызу правды – vêtement de justice, de vérité » dit le texte slavon. Mais, comme nous faisons des taches sur notre chemise en buvant de la soupe, nous souillons aussi ce vêtement en vivant, c’est la souillure de nos lâchetés, de nos refus, de nos faiblesses, de ce que nous appelons nos péchés.

Nous devons donc être conscients que pour goûter le salut, nous devons aussi changer d’habit : nous convertir, revêtir l’homme nouveau dont parle saint Paul, celui de la conversion, de la foi, de la grâce.

Lé félicité messianique nous est donnée. Nous la vivons, maintenant. En sommes-nous bien conscients ? Si la liturgie est pour nous un office comme un autre, pire, c’est simplement une sorte d’obligation dominicale, alors, nous sommes peut-être pires encore que les invités qui avaient refusé l’invitation du roi dans la parabole. Mais si nous la vivons pleinement, dans la communion, alors, nous serons participants de la gloire de Dieu, alors nous serons citoyens du Royaume glorifiant Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. Amen.



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