18e dimanche après Pentecôte – 2011 - Luc 5, 1-11

Décidément, Jésus est étonnant, imprévisible. Il est là, au bord du lac. Il voit les pêcheurs qui rentrent, à peu près bredouilles, ils n’ont rien pris. Ils sont là, sans doute tristes, découragés, à laver leurs filets. Jésus monte dans la barque de Simon, il lui demande de s’éloigner un peu et il parle. Il prêche, il enseigne.

Mais voilà que Jésus dit à Simon : va au large et jette les filets. Simon ne se prive pas de lui faire remarquer : « nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre » comme on dirait : qu’est-ce que tu nous demande là ? On en revient et on n’a rien pris.

Ils ont trimé la nuit, mais voici que le jour est venu.

Et Simon dit encore : d’accord, je te fais confiance, « sur ta parole, je vais jeter le filet ». « Sur ta parole ». Mots importants, décisifs. Simon obéit au Maître. Cette obéissance – qui est d’ailleurs le fait de bien d’autres personnages de la Bible, à commencer par Abraham – apparaît comme l’élément premier de la foi. Croire, avoir la foi, ce n’est pas une affaire de croyance, c’est un engagement, une confiance. Simon manifeste une confiance totale dans la Parole du Seigneur.

Et c’est le miracle : les filets se remplissent au point que les deux barques s’enfoncent.

Cette pêche miraculeuse provoque chez Simon une réaction d’effroi, un peu comme quand nous disons devant les saints mystères de l’eucharistie : je ne suis pas digne ! Cette idée était d’autant plus forte qu’à l’époque on pensait qu’il y avait une séparation radicale entre le sacré et l’homme.

Mais Jésus répond : « Ne crains point, désormais tu seras pécheur d’hommes ».

Dans l’Ancien Testament, il était déjà question de pêcher les hommes. Amos par exemple disait dans sa prophétie : « Voici les jours viendront où l’on vous enlèvera avec des crochets, et votre postérité avec des hameçons » (Am 4,2). Ou bien Jérémie : « Voici, j’envoie une multitude de pêcheurs, et ils les pêcheront » (Jér. 16,16). Mais les hommes alors étaient pris pour le jugement et la mort tandis qu’avec Jésus, ils sont happés, appelés pour le salut et la vie. C’est pourquoi il dit à Simon : ne crains rien ! Parole de pardon sur sa vie et qui permet à Simon de devenir pêcheur d’hommes, lui qui était – et qui reste – un homme pécheur.

Autrement dit, chaque homme est un poisson tiré de l’eau de la mort, tiré de la nuit par la seule Parole du Christ, par la grâce de Dieu. Nous sommes appelés par Jésus à vivre dans la lumière, nous qui vivons plutôt en eau trouble, qui nageons dans les eaux obscures de ce monde. Nous sommes les poissons tirés de la mort.

Mais nous sommes aussi les pêcheurs. Ceux qui jettent le filet dans un monde qui ressemble peut-être à cette eau bien peu généreuse du lac de Tibériade, dans ce monde qui ne sait plus très bien quels sont ses repères, où sont ses bouées de sauvetage.

Notre espérance, c’est la parole de Jésus, notre force, c’est la grâce de Dieu. Mais notre filet ne tient sa solidité que de la foi en Christ, notre pêche n’est efficace que dans la foi en Christ. Et nous n’avons d’autre but que de tirer les poissons hors de l’eau, hors de la nuit.

Car, rappelez-vous, lorsque Jésus vient sur la rive du lac, comme au bord de notre vie, le jour s’est levé. Simon et ses amis avaient pêché toute la nuit, ils avaient peiné toute la nuit, sans rien prendre. Jésus vient et avec lui la lumière, et les filets se remplissent.

Mais avant cela, Jésus a parlé, Jésus a enseigné. Et tous ceux qui étaient là ont écouté. Le message de Jésus est le préalable ; écouter sa parole, la condition première. Jésus était monté dans la barque, il était sur les eaux et il a parlé.

La barque, c’est la nef, l’arche. Comme l’arche de Noé qui a gardé sur les flots la création que Dieu voulait purifier. La nef, c’est l’Eglise qui flotte sur les eaux du monde, et du monde d’aujourd’hui. Elle peut être basculée, secouée, mais elle porte toujours la parole de Dieu.

Et autour d’elle, autour de nous, jamais l’eau n’a été si trouble et froide, jamais le désarroi n’a été aussi grand. Jamais la demande de spirituel, d’humanité, de fraternité, d’aide, n’a été aussi forte. Et Jésus continue de nous dire : « Viens et je te ferai pêcheur d’hommes ».

Mais, parmi les hommes d’aujourd’hui, il en est qui pensent qu’ils sont pris dans les filets comme on enrôle, comme on emprisonne. Peut-être que le message que nous avons fait passé est celui-là : on vous attrape plutôt que de vous sauver. Alors que c’est bien de cela, et rien d’autre qu’il s’agit, pour nous, hommes pécheurs dont on fait des pêcheurs d’homme : c’est d’apporter cette grande liberté des enfants de Dieu plutôt qu’un enfermement dans des croyances, des rites ou même des idées.

Ecoutons Jésus, toujours il nous parle, toujours il nous enseigne. Ainsi c’est avec confiance que nous pourrons lancer les filets de sa Parole dans les eaux troubles de notre monde moderne. Et si un jour vient où le filet est plein de poissons, il nous conviendra de rendre grâce à Dieu car c’est à lui, et à lui seul, que nous devrons cette pêche miraculeuse et cette récompense de nos toujours trop modestes efforts.



Site web réalisé par Arnaud Simonis