19e dimanche après Pentecôte - 2011 - Jn 17, 1-13 – Lc 6, 31-36

Jésus prie pour ses disciples. Les siens, comme il dit. Ceux qui ont été tirés du monde. Et Jésus ne prie pas pour le monde. On voit tout de suite les dangers d’une mauvaise interprétation de ce texte : celui de se croire parmi les élus, les choisis, les sauvés tandis que les autres sont condamnés, c’est le danger de la secte ; celui aussi de se sentir étranger à tout ce qui se passe, de se replier – car en effet, à ce moment-là ça devient un repli – sur le spirituel ; c’est le danger de l’indifférence, de la dureté de cœur, de l’égoïsme peut-être.

Et pourtant, les chrétiens, ceux qui sont vraiment chrétiens, ceux qui vivent vraiment des valeurs évangéliques, les chrétiens se différencient du monde, nous devons nous différencier du monde parce que le monde et nous, nous n'avons pas les mêmes valeurs

Mais quelles sont donc ces valeurs qui nous différencient du monde ? Le deuxième évangile d’aujourd’hui nous en donne la clé : l’amour. Mais les paroles de Jésus ouvrent sur une exigence énorme. On peut dire que Jésus demande l’impossible.

Et pourtant. C’est vrai, que, si on regarde autour de soi, on voit des gens – qui ne sont pas chrétiens – et qui se dévouent, qui se battent pour des causes humanitaires, pour la justice, pour le droit des plus faibles. Certains seraient peut-être même les bons samaritains quand nous, nous serions ceux qui passent à côté du blessé sans le regarder …

Notre différence, ce serait donc l’impossible. C’est cet amour, cet amour fou de Dieu qui a donné son propre fils pour sauver le monde, un monde qui le refusait. Et cela, par contre, on le connaît encore aujourd’hui, même parmi les chrétiens.

« Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux » disait Jésus. Oui. Mais combien vont plutôt rendre le mal pour le bien ? Aujourd’hui, dans notre société, être bon c’est souvent paraître faible. Et même les chrétiens n’aiment pas nécessairement ceux qui les aiment. C’est que le péché est là : l’envie, la jalousie, le jugement des autres.

C’est de tout cela que Jésus voulait garder ses disciples, les protéger pour qu’ils soient  comme étrangers à ce monde, sans doute, mais pas indifférents, pas isolés. Comment les chrétiens pourraient-ils se mettre à part du monde, s’en désintéresser, alors que Dieu lui-même – comme le dit ailleurs l’évangéliste Jean – Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son fils unique ! Comment les chrétiens pourraient-ils vivre en dehors du monde alors que Jésus lui-même les y a envoyés?

Les disciples sont envoyés dans le monde, les chrétiens sont aujourd’hui dans le monde, comme des témoins de Dieu. Leur témoignage,  il se manifeste en paroles et en actes, pas en paroles seules, pas en actes seuls, mais en paroles et en actes. Des paroles et des actes qui ne sont – qui ne devraient – être inspirés que par l’amour. L’amour et ses déclinaisons : la charité, la miséricorde. « Soyez miséricordieux comme l’est votre Père qui est dans les cieux » dit Jésus. Là aussi, nous demande-t-i l’impossible ?


C’est cette relation-là, d’amour et de grâce, que Dieu veut établir avec l’homme et non une relation de jugement ou de condamnation. La vérité de Dieu éclaire et révèle bien des choses, pas pour condamner, mais pour donner la vie.

Mais pourtant la mort est là, et la haine aussi est là. La mort est là, la haine est là quand cette lumière de Dieu est refusée, quand la grâce est refusée, quand l'amour est refusé.

On vous reconnaîtra comme mes disciples parce que vous vous aimez les uns les autres, avait dit Jésus. Pouvons-nous dire : « oui, Seigneur, c’est vrai » ?

Et voilà qu’il nous demande encore plus : « aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien attendre en retour, votre récompense sera grande et vos serez les fils du Très-Haut ». Pouvons-nous dire : amen, Seigneur, ainsi soit-il … qu’il en soit ainsi ?

C’est peut-être là un des buts de notre vie, de notre vie de chrétien, c’est de pouvoir dire : qu’il en soit ainsi.



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