20e dimanche après Pentecôte – 2008 - Lc 7, 11-16

Cet extrait de l’évangile de Luc que nous venons d’entendre est sans nul doute de ceux qui sont plein d’émotion : une veuve, son fils mort. On imagine la scène, ce petit enterrement qui passe. Un peu de monde. Et autour, l’indifférence.

Jésus passe. Il va prendre pitié et ressusciter le garçon. La joie fait place à la tristesse et par le Christ, la vie est plus forte que la mort. Un miracle de plus pourrait-on dire. Mais, il y a bien plus à dire à propos de cette histoire.

D’abord, la place que l’événement qui est rapporté occupe dans le récit de l’évangile de Luc.  On sait très bien que les évangiles ne sont pas des livres d’histoire comme on l’entend aujourd’hui, qu’ils ne racontent pas les faits comme ils se sont passés, dans l’ordre où ils se sont passés, mais qu’ils rapportent des choses selon le sens spirituel qu’elles peuvent avoir.

Ainsi donc, Luc raconte l’affaire de Naïm après la guérison du serviteur du centurion et – surtout – avant l’intervention des envoyés de Jean-Baptiste qui viendront demander à Jésus : « es-tu celui qui vient ou devons-nous en attendre un autre ? » Autrement dit, dans la composition de l’Evangile de Luc, cette scène de la résurrection du fils de la veuve de Naïm semble bien préparer la réponse que Jésus donnera aux envoyés de Jean Baptiste en disant : « allez lui rapporter ce que vous avez vu, les aveugles voient, les boiteux marchent et les morts ressuscitent. » On vient donc d’en avoir la preuve.

Mais cette scène nous fait surtout découvrir la dimension prophétique de la mission de Jésus. Tant par ses paroles que par ses actes, il montre bien que c’est lui qui libère totalement tous les hommes, y compris ceux qui sont dans les ténèbres de la mort. Rien ne peut arrêter l’oeuvre de libération que Jésus accomplit.
 
Ici, il est bien question de mort « physique » mais, bien sûr, le message évoque la mort spirituelle, la maladie spirituelle dont nous souffrons tous.

Ensuite, il y a cette femme. En voyant cette femme qui suit la dépouille mortelle de son fils, Jésus est frappé de compassion. Jésus voit la douleur de la mère, et, comme le dit l’évangile, il a pitié d’elle. C’est bien d’elle, oui, de la femme qu’il a pitié. D’ailleurs la première parole de Jésus n’est pas le commandement donné au mort, mais la parole de consolation adressée à la mère : «  Ne pleure pas ». Et, quand le jeune homme se lève, Jésus le rend à sa mère.

Jésus agit ici par pure et totale compassion : rien ne lui est demandé, et, de son côté, il ne demande aucune réponse, aucune confession de foi, aucune reconnaissance préalable de son identité ou de son pouvoir d’agir au nom de Dieu. Il intervient de façon purement gratuite, et avec une sobriété extraordinaire : une parole à la mère, une parole au défunt, puis ce geste par lequel il rend le fils à sa mère. Il « passe » simplement, mais en apportant vie et libération.

Et c’est sur ce dernier élément que je voudrais m’arrêter et réfléchir avec vous aujourd’hui.  Ce « passage » de Jésus dans la vie des hommes. Est-ce le fait seulement du hasard ? Bien sûr, en lisant le récit de Luc, on pourrait se dire que c’est vraiment par un pur hasard que Jésus rencontre ce cortège funèbre. Jésus est étranger à Naïm, étranger à la famille que le deuil a frappée. Il n’y a, semble-t-il, aucune raison pour qu’il veuille manifester spécialement sa puissance dans cette ville.

Tout simplement, il est là. Il passe.

D’une manière générale, en associant deux mots, on pourrait dire – en reprenant ces deux idées : il passe, il est là – que Jésus est présenté ici comme passage et présence de Dieu qui, à travers lui, « visite » et sauve son peuple. Jésus passe à Naïm comme il est passé dans l’histoire des hommes.

Mais ce passage, cette présence ne se sont pas arrêtés avec l’ascension de Jésus. Maintenant encore, il est là. Il passe, comme par pur hasard, dans nos vies. Il croise nos chemins. Et il nous regarde, avec compassion. Il sait que ce fils unique que nous sommes prêts à enterrer, ce fils unique que nous croyons mort, il sait que ce fils unique, c’est nous-mêmes que nous portons en terre, c’est nous que nous avons laissé mourir, nous les enfants de ce Père que nous continuons à prier, nous les enfants uniques – car chaque homme est unique aux yeux de Dieu – créés à l’image divine.

C’est cet homme-là que nous avons laissé mourir, de nos faiblesses, de nos lâchetés, de nos péchés. Il est mort de nos carences spirituelles, du cancer de nos désirs matériels, de notre appétit pour l’argent, les richesses, le pouvoir, les honneurs …

Mais Jésus passe, il est là. Il s’arrête et il dit « je te l’ordonne, relève-toi ». Et il rend l’homme à sa mère, la vie, la vie ici, maintenant, sur terre. Cet homme qu’il a ressuscité, il le rend à la vie du monde pour qu’il témoigne et, qu’à son tour, il œuvre pour la vie et le salut du monde.

La mission de Jésus est ainsi continuée par chaque chrétien, qui, parce qu’il suit Jésus comme disciple, accepte d’être envoyé par lui. En ressuscitant les morts, Jésus avait signifié la libération totale qu’il apporte et qu’il réalisera dans son passage au Père en sa propre mort et par sa résurrection.

La mission de Jésus est ainsi continuée par chacun de nous, comme par tous ceux qui ont croisé, un jour, comme par hasard, Jésus dans leur vie et que Jésus a ressuscités à la vie spirituelle comme il avait rendu la vie au fils de la veuve de Naïm.



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