21e dimanche après Pentecôte – 2011 - Lc 8, 5-15

L’Évangile que nous venons d’entendre ne demande pas d’explication. Pourtant, ceux qui ont entendu la parabole de la bouche même de Jésus ne semblent pas avoir compris, tout de suite, le message qu’il voulait transmettre. Pour preuve : les disciples qui demandent à Jésus ce que cela signifie. Du coup, l’explication nous est donnée à nous aussi et cet évangile du semeur devient dès lors pour nous une sorte d’appel, une invitation à devenir cette terre fertile qui reçoit la semence. Une terre fertilisée par l’Esprit Saint et capable d’accueillir  cette parole de Dieu qui peut alors germer en nous.

Mais nous ne savons que trop bien tous les écueils, toutes les embûches, toutes ces choses, ces pensées, ces attitudes qui vont nous en empêcher. Car l’image de ces grains qui tombent sur le chemin, sur le roc ou sur les épines, si elle pouvait s’appliquer aux contemporains de Jésus – et même à ceux à qui aujourd’hui est prêchée cette parole – cette image peut s’appliquer à nous aussi.

La semence qui tombe sur le bord de notre chemin de vie ne résistera pas à ces mille petites choses qui nous détournent du Seigneur. Comme quand on se dit : « vous savez, je voudrais venir à l’église, mais il y a la famille, je dois aller faire des courses, je dois conduire ma femme quelque part, et puis, toute la semaine, je travaille, alors, le dimanche, j’en profite pour me reposer ». Et la rencontre avec Dieu passe après tout le reste. Et on se dit, en plus, que ce sont là de bonnes raisons !

Les moments de notre vie qui ressemblent à des terrains rocailleux sont ceux qui rendent notre foi superficielle donc éphémère. On s’enthousiasme, on veut se rendre utile, on court, on se démène … puis, on s’essouffle, ou bien il y a quelque chose qui nous dérange, un détail, parfois, mais qui prend une importance formidable … et on abandonne tout. Pour de bonnes raisons, évidemment.
Et puis, bien sûr, il y a les épines. Ne chantons-nous pas, dans l’hymne des chérubins, qu’il convient de déposer « tous les soucis du monde » ? Et il ne s’agit pas seulement de les laisser de côté à ce moment précis de la célébration, mais bien au quotidien. Si on s’attache trop aux choses matérielles, la foi risque de disparaître.  Elle est étouffée par tout ce qui nous sollicite : l’argent, le travail, la soif de reconnaissance, la réussite … Rien que de bonnes raisons …

Alors, on peut se dire qu’on n’y arrivera jamais. Parce que le chemin, le roc et les épines sont en nous et nos efforts pour les extirper, les dépasser, ne sont pas toujours des pleins succès. Mais là, La parabole du semeur est aussi une invitation à l’espérance : malgré tous les obstacles, nous dit le Seigneur, la récolte sera bonne et Dieu ne cesse de semer, de semer sans compter. Ainsi, la parabole nous montre aussi la générosité de Dieu. Il répand sa parole sans réserve. Il va semer en abondance sans s’arrêter à la qualité de la terre. Et Dieu sait si cette qualité peut être inégale : nous ne sommes pas toujours vraiment disposés à entendre ce qu’il veut nous dire, moins encore peut-être à lui répondre et surtout à mettre sa parole en pratique.

Et pourtant, la Parole de Dieu est encore et toujours répandue à profusion, sans compter, mais en elle respecte la liberté de ceux qui l’entendent. Nous savons qu’elle donnera du fruit. Mais nous devons savoir aussi que ce n’est pas automatique. Après le semeur, il y a le cultivateur, celui qui va entretenir la terre, il y a tout ce que nous ferons pour préparer notre cœur à la recevoir.

Enfin, on ne peut écouter cette parabole du semeur sans la rapprocher de ce passage de l’évangile de saint Jean lorsque le Seigneur dit : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt, il demeure seul. S’il meurt, il porte du fruit en abondance. » Ici, le Christ ne s’identifie plus au semeur, mais au grain de blé. Il est cette semence qui va mourir pour le salut des hommes, pour le salut du monde, mais il est aussi Celui qui va entrer dans la terre de nos cœurs pour y donner du fruit en abondance.

Le but de notre vie devient alors de nous préparer à la recevoir et, par la grâce de Dieu et l’action de l’Esprit Saint, à la faire fructifier pour que – ayant accueilli en nous la Parole – nous devenions à notre tour les semeurs de la Bonne Nouvelle dans ce monde où nous vivons.



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