22e dimanche après Pentecôte 2011 - Lc 16, 19-31

Un jeune homme demandait un jour à un starets : comment se fait-il qu’un pauvre est souvent plus amical et prêt à aider qu’un riche ? En guise de réponse, le starets lui demande de regarder par la fenêtre, il voit des gens qui passent, une femme avec son enfant, une petite vieille avec son cabas qui va au marché, une jeune fille qui attend son petit ami... La vie, les autres, quoi. Ensuite il lui dit de regarder un miroir. Que vois-tu ? Il répond : moi-même. Comprends-tu, dis l’ancien, la fenêtre est faite en verre, le miroir aussi, mais au dos du miroir, il y a une couche d’argent, vois-tu, dès qu’on met un peu d’argent derrière le verre, on ne voit plus que soi-même.

L’homme riche ne pense qu’à lui-même, sans s’occuper ou se préoccuper d’autre chose. C’est cet égoïsme qui le perd. Et c’est sans doute là le premier enseignement de cette histoire que raconte Jésus.

Cette parabole lève aussi un voile sur l’au-delà, le monde après la mort mais elle ne décrit pas en détails comment sera le ciel, il est question du séjour des morts et du sein d’Abraham. Jésus ne veut pas faire peur en parlant de cela, mais nous apprendre ou nous rappeler quelque chose, pour ne pas passer à côté de la vie, pour ne pas manquer l’essentiel.

Nous avons tous en mémoire le souvenir de défunts qui, comme toute mort, nous rappelle la fragilité de la vie. Mais heureusement, en face de ce mystère de la mort, Jésus nous parle, il nous parle d’espérance et de vie éternelle. Et cette parabole, si elle peut paraître comme un avertissement, veut surtout nous inviter à saisir cette espérance et la faire grandir.

Que veut dire cette parabole ? Que les riches vont en enfer et les pauvres au ciel ? Non, ce n’est pas aussi simple. On sait très bien qu’un pauvre ne va pas au ciel parce qu’il est pauvre, et un riche en enfer parce qu’il est riche. Abraham par exemple, que l’on trouve dans cette parabole, était riche, même très riche. Et il se retrouve, si l’on peut dire, du bon côté.

Alors qu’est-ce qui différencie ces deux personnages, si ce n’est pas seulement la richesse ou la pauvreté ? D’abord, Lazare a un nom, et l’homme riche, pas. Ce qui nous est donné, ce sont des éléments de sa richesse, pourpre et lin fin, et la vie qu’il pouvait se payer, joyeuse et brillante. Comme s’il n’existait que par sa richesse. Comme si sa richesse lui avait fait perdre son nom, son identité, son âme. L’homme riche ne s’occupe que de lui-même et ne se préoccupe pas de Dieu, ni de son prochain, de Lazare.

Et ce que signifie ce nom, Lazare ? C’est un nom d’origine hébraïque, qui vient de Eleasar, et qui veut dire « Dieu a secouru » ou « Dieu a aidé. » Voilà le lien : la relation entre le pauvre Lazare et Dieu, il nous est donné par le nom. Lazare a un nom, ce n’est pas n’importe qui, un numéro, un pauvre quelconque, il est pauvre, oui, mais il a un nom, une identité, une personne. Et l’Ecriture dit que Dieu nous appelle par notre nom.

Dieu a aussi appelé l’homme riche, il a connu et aimé l’homme riche, car il aime chacun et chacune. Mais l’homme riche n’a pas répondu, tandis que Lazare, lui, a compris qu’il avait besoin du secours de Dieu pas seulement pour se nourrir, mais pour recevoir l’espérance de la vie éternelle, le pardon de Dieu.

L’homme riche a aussi reçu quelque chose, ce sont des biens, Abraham le lui dit, « tu as reçu tes biens pendant ta vie. » L’homme riche a reçu des biens, mais seulement des biens, il n’a pas reçu le pardon de Dieu, parce qu’il ne l’a pas demandé, il n’avait pas de relation avec Dieu. Il pensait qu’il avait tout ce qu’il fallait avec ses richesses, et il n’a pas pensé que l’homme « ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4, 4).

Sur la terre, l’homme riche ne pensait qu’à lui, à sa vie, et il jouissait de la vie. Ce n’est pas interdit de jouir de la vie ! Simplement, il ne suffit pas de jouir de la vie ici-bas, Jésus nous invite à jouir de la vie aussi après la mort, mais, de ce point de vue-là, l’homme riche ne se savait pas pauvre devant Dieu. Il était aveugle. Dieu avait envoyé Lazare vers l’homme riche pour lui ouvrir les yeux, il était couché à sa porte, mais il n’avait pas su discerner dans la présence du pauvre Lazare un appel de Dieu à réfléchir et à se repentir. Pour nous ouvrir les yeux, à nous, nous faire comprendre l’essentiel, ce qui compte c’est comment recevoir la grâce et le pardon de Dieu, il n’y a rien d’autre que la parole de Dieu.

Mais aussi … N’y a-t-il pas, autour de nous, des gens qui sont dans le besoin, des malades, des prisonniers qui, non seulement ont besoin de notre aide mais sont là,comme des appels pour nous, des appels à la charité chrétienne, des appels à vivre l’Evangile pour le prochain, pour le monde et pas simplement pour nous-mêmes, notre petit confort spirituel.

Sommes-nous bien sûrs qu’il n’y a pas à notre porte un pauvre Lazare que nous ne voyons pas ?



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