23e dimanche après Pentecôte 2011 - Lc 8, 27-39

Si on voulait mettre en scène les miracles de Jésus, celui-ci serait sans doute le plus spectaculaire. Un possédé qui effraye et qui peut être violent et un troupeau de porcs qui se jette dans le vide … Mais, aujourd’hui, hormis de servir de base à un scénario de film à effets spéciaux, cette histoire nous laisse un peu dans le doute ou même, ne nous touche plus guère. À notre époque, des histoires de possédé, de démons … Et pourtant, quand on voit certaines choses, certains événements – même près de nous – on peut s’interroger sur le jeu du Malin et peut-être même que sa plus grande tromperie pour le monde actuel est d’avoir réussi à faire croire qu’il n’existait pas !

Cela dit, on peut aussi lire ce passage de l’Évangile de Luc en s’attachant à ceux qui entourent Jésus : les gardiens des porcs, les gens de la ville et, bien sûr, l’acteur principal de cette histoire : le possédé.

En voyant ce qui se passe, le troupeau qui se jette dans le lac et s’y noyer, les gardiens prennent la fuite et ils vont raconter partout ce qu’ils ont vu. Mais que vont-ils raconter ? Qu’ont-ils vu ? Une guérison extraordinaire ou la perte d’un nombre important de cochons ? Peut-être ont-ils eu peur parce que le propriétaire des animaux allait leur demander des comptes sur ce qu’il venait de perdre. Ils racontent un événement, ils ne témoignent pas d’un miracle ou d’une manifestation de la gloire de Dieu.

Les gens de la ville, ceux qui viennent voir, sont un peu comme ces curieux d’aujourd’hui qui se rendent sur les lieux d’un incendie ou d’un accident pour voir, essayer d’imaginer ce qui s’est passé. On leur raconte les faits et « alors, toute la population du territoire des Gadaréniens demanda à Jésus de partir de chez eux, car ils étaient en proie à une grande frayeur ». La peur. La peur devant ce qu’on ne comprend pas, devant ce qui nous dépasse.

N’avons-nous pas peur, nous-mêmes, parfois, lorsque nous nous sentons appelés par Jésus à un engagement dont on mesure qu’il va nous obliger à changer notre façon de vivre, à abandonner certaines choses, à sortir de notre petit confort ?

Nous aimons voir d’autres s’engager, témoigner : c’est rassurant de voir des abbés Pierre, des sœurs Emmanuelle ou des Mères Tèrèsa ; alors, on croit en l’homme, on croit qu’il peut être bon. Mais comme ceux qui vont voir un accident ou un incendie et qui se réconfortent en se disant que ce n’est pas à eux que c’est arrivé, nous nous disons parfois que ça n’est pas pour nous. Et nous remettons nos pantoufles, et nous allumons la télévision.

Devant l’attitude des Gadaréniens, Jésus monte dans la barque et s’en retourne. Si nous lui disons non quand il nous appelle, il n’insistera pas. Mais le possédé, lui, voulait le suivre et pourtant, Jésus le renvoie.

On connaît pourtant d’autres cas où, au contraire, Jésus dit à quelqu’un : « Suis-moi ! ». Comme à Matthieu, assis à son bureau de la douane. A Pierre, après la pêche miraculeuse. Pourtant, en vendant ce qu’il avait pris de poissons, Pierre aurait fait fortune ! Il aurait pu monter une petite entreprise. Mais Jésus lui dit : « Je te ferai pêcheur d’hommes » et Pierre laisse-là ses filets et il le suit. Jacques et Jean qui ont été témoins le suivent aussi. Ils n’ont pas eu peur comme les Gadaréniens et Jésus ne les a pas renvoyés. Pas plus d’ailleurs qu’il n’a écarté Marie-Madeleine – dont on nous dit qu’il avait chassé sept démons – Marie-Madeleine qui l’a suivi, qui a été la première à témoigner de la résurrection et qui a été parmi les disciples les plus fidèles du Christ !

Cette fois, Jésus renvoie le possédé. Mais il le renvoie en lui donnant une mission : « Retourne chez toi et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi ». L’homme, que ses semblables étaient obligés d’entraver pour essayer de le calmer, qui était prisonnier du mal et que Jésus vient de libérer, devient témoin : « il s’en alla et publia par la ville entière tout ce que Jésus avait fait pour lui. » Quel contraste avec ce que les autres, les gardiens de porcs, sont allés raconter !

Et tout cela nous concerne directement. C’est vrai que nous ne sommes pas tous faits pour être des abbés Pierre, des sœurs Emmanuelle ou des Mère Tèrèsa. C’est vrai que – Dieu soit loué – les événements ne nous amènent pas à devoir vivre notre foi comme l’ont fait sainte Mère Marie de Paris et ses compagnons, jusqu’au martyre, jusqu’à la mort. Mais c’est tout aussi vrai que lorsque Jésus entre dans notre vie, lorsqu’il y a cette rencontre personnelle entre le Christ et nous, si nous lui ouvrons notre cœur, si nous lui confions nos vies, nous ne partirons pas sans bagage. Un bagage ou une croix. En tout cas, ce que l’on pourrait dire, une mission.

Certains seront appelés à le suivre, à être diacres, prêtres ou moines. D’autres, à vivre en chrétiens, à porter témoignage de leur foi là où ils sont. Et il n’y a pas de grand ou de petit engagement. On le sait, Jésus demande tout. C’est nous qui, souvent, sommes incapables de le lui donner. Ou nous ne le voulons pas. Nous sommes au service de Dieu et il nous envoie là où il a besoin de nous, là où nous pouvons le servir. Pour que son règne vienne et pour la gloire de son Nom.



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