25e dimanche après Pentecôte 2011 - Entrée au temple de la Mère de Dieu - Lc 10, 25-37 – Lc 10, 38-42 ;11, 27-28

Nous venons d’entendre deux extraits de l’Évangile de saint Luc. Celui du dimanche, avec la parabole du bon Samaritain et celui de la fête de la présentation au Temple de la Mère de Dieu. Deux épisodes dans lesquels interviennent trois personnages : le docteur de la loi, Marthe et Marie. Tous trois approchent Jésus mais tous trois le font d’une manière bien différente et leur attitude peut être une leçon pour nous tous aujourd’hui.

Le docteur de la loi, sans doute un éminent théologien du judaïsme, s’approche de Jésus « et lui dit pour l’éprouver ». Pourtant, on serait tenté de voir, dans la question qu’il pose, une interrogation bien personnelle, grave, fondamentale, on pourrait dire aujourd’hui : existentielle. « Que dois-je faire pour avoir en partage la vie éternelle ? » Autrement dit : que faire pour être sauvé ? Demande-t-il ça pour son salut ou, comme le dit l’évangéliste : pour éprouver Jésus ?

Mais Jésus lui répond. Quelques soient ses motivations. Il lui répond d’une façon que son interlocuteur puisse comprendre : il est docteur de la loi, Jésus lui fait citer la Loi. Mais l’autre continue. Pour en savoir plus ? Non, pour « se justifier ». Et Jésus lui raconte alors l’histoire du bon Samaritain.

Cette histoire doit interpeller notre homme. C’est qu’il y a un antagonisme, une opposition entre les Juifs et les Samaritains. Une opposition à la fois ethnique et religieuse. La parabole se veut donc provocatrice en opposant l’inhumanité des Juifs à la charité du Samaritain. Et pas de n’importe quels Juifs : un prêtre et un lévite. Les lévites étaient les membres de la tribu de Lévi, attachés au service du temple. C’étaient donc deux membres de la hiérarchie, de la caste cléricale et ils passent, indifférents aux souffrances du blessé. Et à la question : qui a été le prochain de l’homme blessé, le docteur de la loi est bien obligé de répondre : le Samaritain. Et Jésus de lui dire : et bien, fais comme lui !

Le docteur de la loi va-t-il suivre l’enseignement de Jésus ? L’histoire ne le dit pas. Mais venons-en au second extrait. Jésus entre dans un village et une femme du nom de Marthe le reçoit dans sa maison. C’est donc Marthe qui a invité Jésus. Et, tout naturellement sans doute, comme vous feriez aussi si vous invitez quelqu’un, vous faites en sorte qu’il soit bien reçu : vous préparez à manger, vous dressez la table, bref, vous vous occupez de tous les besoins du service.

Et puis, il y a la sœur, Marie. Elle, n’a rien demandé. Mais elle se met aux pieds de Jésus et elle l’écoute. Évidemment, Marthe la trouve un peu saumâtre : elle se démène, elle fait tout, et sa sœur … Elle a choisi la meilleure part, lui dira Jésus. La meilleure. Pas la bonne. Ça veut dire que l’autre n’est pas mauvaise ! Il faut bien que quelqu’un s’occupe du service. Mais il ne faut pas que cela prenne tout le temps, toutes les forces et surtout toute l’attention. « Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la garde » dira Jésus.

Marie écoute, Marthe s’affaire. En termes d’attitude spirituelle, on pourrait parler de contemplation et d’action. Comment peut-on suivre au mieux Jésus ? En l’écoutant, en l’adorant ou en agissant, en étant à son service ? On serait tenté de dire : dans un juste équilibre, un peu tout cela. En tout cas, il faut que l’action se nourrisse de la prière et que la contemplation se traduise dans les actes.

Le docteur de la loi, lui, se sentait fort sans doute de ce qu’il connaît et qui était pour lui, et ses coreligionnaires, la parole de Dieu. N’est-ce pas Dieu qui avait donné la Loi à Moïse ? Mais la parole de Jésus est à la fois nouvelle et vivifiante. Une parole de vie, une parole de salut. Car, bien sûr, le bon Samaritain, c’est le Christ lui-même et le voyageur blessé de la parabole c’est l’homme, l’être humain, blessé par le péché et inconscient qu’il est en train de mourir spirituellement. Saint André de Crête, dans son grand canon que nous lisons durant la première semaine du Grand Carême parle du « brigandage des pensées ».

Mais c’est aussi le docteur de la loi lui-même !  La loi ne sauve pas, ne justifie pas. Nous sommes sauvés, justifiés, par la grâce répète sans cesse saint Paul dans ses épîtres. C’est pour cela que le prêtre ou le lévite qui passent à côté de l’homme blessé  ne peuvent lui venir en aide. Mais ils continuent leur chemin, dans leurs certitudes, leurs affirmations. Ils ne veulent pas se remettre en question : à quoi ça sert de pratiquer une religion qui ne peut pas sauver, ni apporter la vie éternelle?

Jésus donne la vie, il est la Vie, il est le salut. Si nous nous adressons à Lui que ce ne soit pas pour le mettre à l’épreuve, à l’épreuve de nos propres doutes, de nos propres révoltes. Si nous l’invitons, soyons prêts à le servir mais surtout, et d’abord, à l’écouter. Simplement. Comme Marie, la sœur de Marthe. Ou laissons-nous guider, comme la Vierge Marie, vers le temple de la gloire du Seigneur pour nous laisser consacrer à Lui, lui offrir notre vie et vivre de sa parole, pour la gloire de Dieu et le salut du monde.



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