Méditation sur Noël (2011)

UNE FOI POUR TOUTES
12 décembre 2011
NOËL


Bonjour.

Les festivités de Noël prennent de telles proportions que l’on risque d’oublier le vrai sens de cette fête : l’aspect commercial trop envahissant, décorations clinquantes dans les magasins, dans les maisons, dans les rues même, folklore des pères Noël poussé jusqu’à l’absurde, débauche de nourriture et de cadeaux. Vraiment, le paganisme n’est pas mort, ni même l’adoration des idoles ! Le veau d’or prend la place du Dieu fait homme. Dans les maisons, on laisse une place discrète à Jésus sous la forme d’une petite poupée, au milieu de charmants santons. Puis on met l’accent sur la fête de famille. Et l’on risque de faire dévier le mystère de Dieu devenu enfant, d’oublier le Roi d’Israël, pour laisser à l’enfant capricieux de la famille l’impression d’être le roi de la fête !

Certains réagissent heureusement à cette exubérance et essaient de donner un sens social à la fête de Noël : ce sont ceux qui organisent le réveillon des pauvres, des vieillards, des personnes isolées, des orphelins, des malades …

Si nous avons compris le message de Noël qui nous enseigne à aimer les pauvres et à les servir, tournons-nous avant tout vers le Christ. Lui seul peut nous apprendre à aimer vraiment les pauvres, non pas pour notre propre gloire, ni même pour un idéal social, mais par amour de l’homme, comme Lui-même a aimé. Jésus-Christ est, en effet le premier pauvre parmi les pauvres ; personne ne s’est appauvri aussi totalement que Lui, et de plus, volontairement. Car n’oublions jamais qu’Il est la deuxième Personne de la Trinité, le Fils de Dieu, et qu’il s’est anéanti jusqu’à devenir un enfant sans défense, couché sur la paille aux pieds des animaux.

Il commence sa vie terrestre par un acte administratif et se fait recenser comme sujet de l’empereur. Aussitôt qu’Il a pris sur Lui notre condition humaine, Il est rejeté, il n’y avait même pas de place pour Lui dans les maisons, les hôtelleries. Et de rejet en rejet, Il est obligé de fuir en Égypte : le voilà tel un esclave, pauvre et exilé, Lui, le Roi de l’univers !

Noël, c’est aussi le message de Paix ! Même pour ceux qui ont oublié le Christ ou qui ne l’ont jamais connu. Noël symbolise la paix sur la terre et l’amour entre les hommes. Mais la paix de ce monde est souvent synonyme d’une période d’accalmie entre deux guerres. Jésus est le « Prince de la Paix », une paix sans fin, son Royaume ne s’écroulera pas comme tous les autres royaumes, règnes, gouvernements, dictatures. La paix de Jésus-Christ nous fait participer dès maintenant à son Royaume à venir. Apprenons dès aujourd’hui à porter cette paix du Christ en nous. Comme les bergers, entendons l’exclamation des anges dans la nuit de Noël : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre, bienveillance aux hommes. » Soyons les témoins de cette merveilleuse réconciliation entre le ciel et la terre, entre Dieu et les hommes.

Nous n’épuiserons jamais le message de Noël, sa beauté et son mystère. Nous avons évoqué la paix et la pauvreté. C’est dans la personne de Jésus que nous comprenons ces deux aspects : Il est la Paix et Il est le plus pauvre parmi les pauvres. Maintenant nous pouvons approfondir encore la Nativité en étudiant l’essentiel de cette fête, son sens le plus extrême qui nous révèle le mystère de l’Incarnation : Dieu fait homme.

C’est par l’icône et la lecture de l’Évangile que nous essaierons de comprendre l’Incarnation. L’icône nous réconcilie d’emblée avec la fête de Noël et nous fait oublier l’excitation qui l’accompagne. Il y règne une telle paix, une telle harmonie ; tout est en fête, c’est-à-dire dans la joie. Les astres rayonnent dans les cieux, les rochers s’ouvrent pour accueillir leur Créateur, les animaux sont pacifiés, les bergers partagent leur joie avec les anges, les mages galopent joyeusement vers la découverte de la Vérité révélée par l’étoile. Tout baigne dans la lumière, une lumière d’un éclat particulier, celle dont parle saint Luc : « l’ange du Seigneur leur apparut et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa clarté » .

A part le bain de l’enfant, détail très humain sur l’accouchement et l’affairement inévitable autour d’un nouveau-né, l’iconographe est très fidèle à l’esprit de l’Évangile.  Tout d’abord le doute de Joseph sur la virginité de Marie et l’origine divine de Jésus. Dans le bas de l’image, Joseph est assis accablé, la tête dans les mains, il est tenté par le démon du doute sous l’aspect d’un vieux berger. (Saint Joseph ne sera pas le seul dans l’histoire de l’humanité à douter de ce mystère, trop grand pour l’entendement humain.)

Puis, il y a les mages. Contrairement  à Luc, Matthieu relate leur venue en détails .  Sur l’icône, nous voyons ces personnages de haut rang à la recherche du Roi des Juifs. Le tropaire de la fête développe le thème des mages : « Ta naissance, ô Christ notre Dieu a fait resplendir dans le monde la lumière de la connaissance. En elle les serviteurs des astres, enseignés par l’étoile, apprennent à t’adorer, toi, le soleil de justice et à te connaître, orient d’en haut, Seigneur, gloire à toi ».

Les mages représentent les maîtres de la science antique. Ils sont enseignés par les astres et, grâce à une étoile, ils prennent la route à la recherche d’un roi qui vient de naître et trouvent un enfant couché sur la paille. Ils voulaient rendre hommage au Roi des Juifs, disaient-ils à Hérode, mais quand ils trouvèrent l’enfant, ils furent remplis d’une grande joie et remplacèrent l’hommage par l’adoration… Ils offrirent alors des dons : l’or pour le Roi, l’encens pour Dieu, la myrrhe pour l’homme mortel. Ces savants venus d’Orient ont trouvé la Vérité elle-même, celle qu’ils ont toujours cherchée dans les astres. Maintenant, ils connaissent le Soleil de Justice, l’orient d’en haut, celui qui vient du ciel. Mais ce ciel n’est pas celui qui a été créé aux premiers jours de la Création, celui où les astres évoluent. Ces astres-là ne pouvaient donner aux mages qu’une connaissance partielle. Le Soleil de Justice est incréé, la Lumière de la connaissance révèle Dieu ; l’Orient d’en haut qui se fait connaître aux mages, c’est le Verbe qui était au commencement avec Dieu, qui était Dieu , celui d’avant les siècles. C’est-à-dire, celui qui est avant le temps et avant la matière créée.

Nous pouvons faire un parallèle entre la quête des mages et la révélation aux bergers racontée par saint Luc  : il a fallu aux savants une longue recherche pour arriver jusqu’à Dieu. Les bergers, eux, ont reçu la Bonne Nouvelle directement d’un ange, sans transition ni préparation.

Devant la grotte, Marie est allongée dans la position habituelle d’une accouchée. Sa silhouette est monumentale, elle tient une grande place dans la composition de l’icône ; cela exprime l’importance de la Vierge dans le mystère de l’Incarnation : Marie, par la naissance de son Fils devient  Mère de Dieu, Théotokos. Mais, s’étonne-t-on fréquemment,  pourquoi Marie tourne-t-elle le dos à l’enfant ? Elle regarde avec compassion Joseph, qui est dans le doute et à travers lui l’humanité tout entière plongée dans les ténèbres de l’ignorance. Sa main semble désigner le nouveau-né, par ce geste, elle guide tout homme vers le Fils de Dieu. Elle l’a mis au monde pour le salut du genre humain, afin de révéler la grande gloire de Dieu. Sa joie est un dépassement de la fierté maternelle qui est un sentiment bien naturel mais encore trop humain. La main de Marie est en même temps dirigée vers l’enfant et posée sur sa poitrine, l’iconographie évoque, par ce geste discret, les paroles de saint Luc : « Quant à Marie, elle conservait avec soin tous ces souvenirs et les méditait en son cœur » .

Toute la composition picturale est centrée sur la grotte, vers elle, tout converge. C’est comme une spirale dont le point central serait ce trou sombre d’où luit la Lumière. Jésus est au creux de la grotte comme s’il était issu de la terre elle-même. Cette image nous donne le vrai sens de l’Incarnation. Lorsqu’Adam a été créé, il a été tiré de la terre, aujourd’hui, le second Adam, le Christ, recrée l’homme dans sa personne.

Si le Christ est descendu du ciel jusqu’au creux de la terre, et plus tard même jusqu’au fond de l’enfer, c’est pour que nous ressuscitions avec Lui ! Avec la fête de Noël, une grande joie nous envahit, comme les mages et les bergers ; rien ne peut nous retirer cette joie car « Dieu est avec nous » ce qui, en hébreu se dit : « Emmanuel ».

Les textes que je viens de vous lire sont extrait de « Dieu est vivant », un catéchisme orthodoxe pour les familles. J’ai aussi choisi, pour les passages musicaux, d’alterner les hymnes des célébrations orthodoxes à des Noëls wallons. Deux manières – l’un par le chant sacré, l’autre par des chansons de tradition populaire – d’exprimer une même réalité : Noël s’adresse à nous, aujourd’hui, dans son mystère, certes, mais aussi dans toute la tendresse de sa simplicité, de sa pauvreté.

Je vous souhaite déjà de trouver (ou retrouver) cette joie, cette paix, cette douce sérénité de Noël. Je suis de ceux qui pensent qu’il ne faut pas rejeter en bloc les expressions familiales de la fête, le merveilleux qui s’y exprime. N’est-ce pas une manière – certes un peu (disons) païenne – de dire qu’à Noël tout est possible ! Encore faut-il que ceci ne prenne pas le pas sur cela et que nous puissions vivre, non pas un « joyeux » Noël mais une sainte fête de la Nativité.
Que Dieu vous garde.
Au revoir.



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