27e dimanche après Pentecôte - 2011 - Lc 13, 10-17

Le récit que nous venons d’entendre raconte une scène que nous pourrions presque dire banale : Jésus enseigne dans la synagogue, il guérit, c’est un jour de sabbat, on  le critique, il réplique.

On a d’autres exemples, d’autres cas semblables qui sont rapportés. On peut donc se demander pourquoi l’évangéliste a retenu particulièrement cette guérison de la femme courbée et aussi pourquoi l’Eglise nous la propose en lecture de ce dimanche.

C’est que tout cela a peut-être bien plus de sens qu’il n’y paraît au premier abord. Prenons les choses dans l’ordre. Jésus enseigne un jour de sabbat. C’était sans doute le jour le plus indiqué pour cela, comme notre dimanche est le jour où on va à l’église et où on écoute l’enseignement du prêtre. Mais ce que nous savons de Jésus nous permet de dire que ce qu’il enseigne, ce ne sont pas des principes religieux, je veux dire, des règles de conduite, de la simple morale ; il parle du royaume de Dieu, du combat spirituel entre le bien et le mal, de l’affrontement entre le Royaume de Dieu et le royaume des ténèbres.

Et, pour le dire familièrement, Jésus joint le geste à la parole « car le royaume de Dieu ne consiste pas en paroles, mais en puissance  » dira Saint Paul  et cet affrontement entre le Royaume de Dieu et le royaume des ténèbres va devenir un face à face personnel. « Il y avait là, dit l’évangéliste Luc, une femme possédée […] d’un esprit qui la rendait infirme ». Et Jésus va démontrer la supériorité du Royaume de Dieu sur le royaume des ténèbres en chassant l’esprit qui tenait cette femme.

La femme « était toute courbée, et ne pouvait aucunement se redresser ». Derrière cette image de la femme courbée physiquement, on voit bien sûr celle de l’être humain courbé spirituellement, de l’homme qui courbe le dos parce qu’il est sous le joug de celui que Jésus lui-même appellera le Prince de ce monde. « Le monde entier est sous la puissance du malin  » écrit saint Jean dans sa première épître. Le monde ploie sous le joug de Satan.

Le monde ploie aussi sous le joug de la souffrance : la maladie, la faim, la misère, la guerre, la violence. A tous ceux qui souffrent, Jésus dit : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous donnerai le repos.  »
Le monde ploie sous le joug du péché et le plus grand péché de l’homme n’est-il pas de se prendre pour Dieu ? Quand l’homme se met au centre de sa vie, il devient égoïste, dominateur. C’est le règne de toutes les passions, de toutes les bassesses. Le péché, c’est ce qui écarte, ce qui sépare l’homme de Dieu, qui met l’homme sous la coupe du matériel, c’est la domination de la chair donc de la mort. Mais, par le Christ ressuscité, nous sommes morts au péché pour vivre dans la lumière et la justice de Dieu.

Et c’est bien de tout cela qu’il est question : la femme se redresse. Elle se redresse parce qu’elle a rencontré Jésus. « Jésus la voyant l’interpella ». Quel regard Jésus a-t-il posé sur cette femme ? Sans doute un regard de compassion, d’amour, de miséricorde, mais aussi le regard déterminé de celui qui va mener un combat, un combat contre le mal. Cette scène est alors la plus belle et la plus simple illustration de l’Evangile. Un face à face, une rencontre, une relation vivante et personnelle entre le Fils de Dieu et l’homme, entre la créature et son créateur.

Et Jésus dit à la femme : « te voilà délivrée de ton infirmité ». Elle est guérie par la Parole de Jésus. C’est donc la Parole de Jésus qui, nous aussi, va nous relever. Nous restons debout durant les offices parce que nous disons que c’est la position de l’homme vivant, de l’homme ressuscité. Nous-mêmes, nous continuons donc le signe qui fut donné ce jour-là dans la synagogue par Jésus, par la parole de Jésus, mais aussi par le geste de Jésus. « Il lui imposa les mains et à l’instant même elle se redressa » Car il y a aussi les actes. Jésus a porté les péchés de l’homme jusque sur la croix. Son geste ultime a sauvé l’humanité car il est là, aujourd’hui, vivant, ressuscité !

Le chef de la synagogue, lui, est passé à côté de tout cela : ce qui lui importait, c’était le respect strict, à la lettre, de la règle du sabbat. Ce qui était sa règle de vie, c’étaient des préceptes de conduite religieuse. Alors que Jésus prêchait le Royaume de Dieu et l’Esprit saint, lui, s’enfermait – comme nous pouvons le faire parfois – dans des normes et des rituels.

La femme, elle, s’était redressée et « rendit gloire à Dieu ». C’est peut-être là la plus grande preuve du miracle. Cette femme qui ne pouvait se redresser peut maintenant lever les bras au ciel et chanter les louanges du Seigneur. Et tout cela, grâce à sa rencontre personnelle avec Jésus.

Une rencontre qui doit être la plus grande préoccupation de l’homme d’aujourd’hui. Car on peut dire que l’homme glorifie Dieu lorsqu’il se met en recherche de Dieu, que l’homme glorifie Dieu lorsqu’il écoute et garde la Parole de Dieu, mais aussi l’homme glorifie Dieu lorsqu’il témoigne de sa foi : « A ceci vous reconnaissez l’Esprit de Dieu : tout esprit qui confesse Jésus Christ venu dans la chair est de Dieu  » écrit encore saint Jean.

Alors, vous qui êtes courbés sous les poids d’une douleur, d’un malheur, de la maladie, vous qui ployez sous le péché, qui avez de la peine à trouver la prière, qui pensez vivre dans l’obscurité d’une vie sans espoir, venez vers Jésus, confiez-vous au Christ. Vous êtes courbés, il vous redressera, il remettra la lumière dans vos yeux. Rencontrez-le. Recevez-le, prenez son corps très pur et son sang précieux dans le pain et le vin de l’eucharistie. Recevez la vie ! Ecoutez sa parole ! Redressez-vous et glorifiez Dieu !



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