Dimanche après Noël – 2012 - Gal 1, 11-19 – Mt 2, 13-23

On peut lire les extraits de l’évangile de saint Matthieu, que nous avons entendus ces trois derniers jours, comme une histoire à la fois terrible et merveilleuse. Merveilleuse parce qu’il y a les anges qui chantent dans le ciel, la vierge qui met au monde un enfant, l’étoile qui guide des savants venus d’Orient, ces mages qui vont s’incliner devant un nouveau-né … Terrible parce que nous voyons un couple, dont la femme va accoucher et qui ne trouve pas de place pour se loger, un enfant qui naît dans une étable, que l’on met sur la paille (et ce n’est pas une façon de parler). Une famille qui doit fuir une persécution, et un massacre d’enfants. Vraiment, la venue du fils de Dieu sur la terre provoque bien des bouleversements, des miracles sans doute, mais aussi des actes violents et meurtriers.

On peut y voir, déjà, toute l’humilité de Jésus-Christ. Le fils de Dieu ne s’incarne pas d’une reine mais d’une jeune fille du peuple, il ne naît pas dans un palais, il ne se fait pas reconnaître parmi les grands.

Ces extraits de l’évangile de saint Matthieu permettent aussi une lecture qui tient sans doute au choix de l’auteur lui-même : on sait que Matthieu cherche surtout à démontrer – avec force références à l’Ancien Testament – que Jésus est bien le Messie attendu. Celui qu’ont annoncé les prophètes, celui dont il est question dans les psaumes. Si on reprend les textes que nous avons lus lors de la vigile, de la liturgie d’hier ou celle d’aujourd’hui, on retrouve des citations : la Vierge qui enfante, Bethléem, l’Egypte … 

Aujourd’hui, l’Église nous propose de relire ces textes et de les méditer parce qu’ils nous rapportent les circonstances même de cet événement fondateur de l’histoire de notre salut : l’incarnation du Fils de Dieu. Mais le texte de l’épître de saint Paul que nous venons d’entendre, peut paraître « hors sujet ».

C’est le début  de sa lettre aux Galates. Et saint Paul semble ici vouloir se justifier. Il raconte, en tout cas, comment il a été appelé par Jésus lui-même. Jésus, qu’il n’a pas connu de son vivant et dont il a combattu l’enseignement en persécutant ceux qu’on allait appeler des chrétiens.

Paul était Juif. Il se disait « partisan acharné des traditions de ses pères ». Matthieu s’adressait aux Juifs. Il voulait leur démontrer sur la base de ce qui était leur Livre, ce qui constituait les bases de leur foi, que Jésus était le Messie. La naissance de Jésus, rapportée par Matthieu, concerne les Juifs : lorsque l’ange du Seigneur s’adresse à Joseph, il lui dit – en parlant de Jésus – c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. Son peuple. Le peuple élu. Israël, donc.

Mais voici que saint Paul va créer une rupture fondamentale. « L’Évangile que j’ai annoncé, écrit-il aux Galates, n’est pas à mesure humaine : ce n’est pas non plus d’un homme que je l’ai reçu ou appris, mais par une révélation de Jésus-Christ ». Nous sommes donc en quelque sorte projetés dans une autre perspective. Le Messie est certes celui qu’ont annoncé les prophètes, dont on parlé les psaumes, mais c’est avant tout Jésus-Christ dont la parole « n’est pas à mesure humaine », dont la parole renouvelle tout, apporte au monde une autre vérité, nous dirons, nous, la Vérité. Au monde. Oui. Plus seulement aux Juifs, plus seulement à Israël.

Mais, fondamentalement, cette histoire de Paul n’est-elle pas aussi celle d’une naissance, d’une nouvelle naissance en Christ ? Ce n’est plus le Christ qui naît, c’est le Christ qui fait naître.
On dira de saint Paul qu’il a été l’apôtre des Gentils. Des païens, si vous voulez. Des ceux qui, en tout cas, n’étaient pas Juifs. C’est lui qui a apporté l’Évangile au monde, au-delà des frontières d’Israël. Ainsi, en proposant la lecture de cet extrait de la lettres aux Galates alors que nous fêtons la Naissance selon la chair de notre Seigneur Jésus-Christ et que nous entendons le récit qu’en fait saint Matthieu, l’Église nous rappelle que Jésus est bien venu pour le salut du monde, que le Fils de Dieu s’est incarné pour le salut de l’homme, de l’être humain, de tous les hommes, pas seulement d’un peuple élu.

C’est devenu l’affaire de ceux qui « écoutent la parole de Dieu et qui la gardent » comme dira Jésus par ailleurs, de ceux qui sont transformés par l’Évangile. Comme Saul est devenu Paul. Comme nous, nous, nous sommes né à nouveau lors de notre baptême.
Ce message nous concerne donc directement, parce que c’est nous, aujourd’hui, qui sommes les témoins de cette naissance, qui sont les témoins de cette incarnation, qui sommes les porteurs de cette parole. C’est à nous, aujourd’hui, qu’il revient de proclamer l’Évangile de Jésus-Christ. Pour la gloire de Dieu et le salut du monde.



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