Dimanche avant la Théophanie - 2012

Nous venons de fêter Noël. Nous avons été témoins de la naissance de Jésus dans une étable, de l’adoration des bergers, de la visite des mages. Et puis de la fuite en Egypte, du massacre des innocents. Hier, nous avons commémoré un premier événement dans la vie de Jésus : la circoncision. Un événement que l’on pourrait dire intime ou privé. Sauf que, une fois de plus, comme il l’avait fait pour le recensement, le Fils de Dieu – en s’incarnant – se soumet aux lois des hommes. Il est né Juif, il sera donc circoncis.

Nous nous préparons maintenant à une autre fête. Ici, plus question d’intimité : ce sera la première manifestation du Père, cette voix qui se fera entendre lorsque Jésus descendra dans le Jourdain, tandis que l’Esprit sous forme de colombe descendra sur lui et alors que Jean se prépare à lui donner le baptême.

Aujourd’hui, il est là. Aux marges du désert, sur les rives du Jourdain. Celui qui doit baptiser le Christ est à son ministère : il prêche la repentance, il annonce celui qui vient. Dans le cours notre année liturgique, il prépare la fête de la Théophanie comme il préparait le chemin du Seigneur.

On dira de Jean-Baptiste qu’il est un prophète. Pas comme ceux qu’Israël avait connus avant lui ! Ceux de l’Ancien Testament prêchaient devant le peuple. Jean-Baptiste se sépare du peuple ; il vit dans le désert. Les premiers en appelaient au peuple et prêchaient un retour que l’on pourrait qualifier de « national » vers Dieu : c’était le peuple tout entier qu’il fallait ramener sur les chemins du Seigneur. Jean, lui, s’adresse à chacun, en particulier.

Il prêche la repentance, la conversion du cœur, le changement profond qui doit intervenir en chacun et non plus dans une sorte de conscience collective.

Et le signe de cette transformation, de cette nouvelle naissance, c’est d’être lavé, purifié, plongé dans cet élément premier, nécessaire à la vie : l’eau. Jean baptise dans le Jourdain. Mais il annonce déjà un autre baptême, plus profond encore, plus définitif, le baptême dans l’Esprit.

Ce qu’il annonce ce ne sont plus ces gloires et ces bénédictions futures qui accompagneront la venue du Messie, mais bien le Seigneur lui-même dont il est le messager.  Le Messie qu’il annonce est un Messie non pas qui vient mais qui est déjà là. Ainsi, le message de Jean est un message unique ! Le royaume de Dieu est là, non pas tout proche, mais bien présent dans la personne du Christ.

Et il viendra vers lui celui qu’il annonce. Jean le reconnaîtra et pourtant l’homme Jésus se fera baptiser par lui tandis que la voix du Père le reconnaîtra comme Fils de Dieu, envoyé du Seigneur. C’est pour lui que Jean prépare le chemin. Il fait appel à la foi. Et ce chemin dans lequel le Seigneur pouvait entrer, c’était des coeurs repentants.

Mais Jean est la voix qui crie dans le désert. Parce qu’Israël n’était pas prêt à entendre son message, comme les cœurs ne sont pas prêts à s’ouvrir pour répondre à l’appel de Dieu et recevoir sa grâce.

Enfin, Jean porte aussi témoignage. Témoignage d’une grande humilité, non parce qu’il cherche à s’anéantir lui-même, mais parce que pour lui, Christ remplit la terre, le ciel, l’éternité, et d’abord son propre coeur, Christ est tout pour lui.  Son coeur tout entier en est rempli. Comme le dira plus tard saint Paul, ce n’est pas lui qui vit mais Christ qui vit en lui : «Moi, dit Jean, je suis la voix de celui qui crie dans le désert». Il ne dit rien de lui-même. Il est une voix. Pas même un porte-voix, pas même un instrument juste « la voix de celui qui crie» — on dirait aujourd’hui que cela lui ôte, pour ainsi dire, sa personnalité — «qui crie dans le désert» : une voix qui reste sans écho aux oreilles des hommes !

C’est beau tout ça, non ? Et on devine que ça peut être un exemple pour nous, un exemple d’humilité, de don de soi au Seigneur. Mais tout ça, c’est de l’histoire ancienne ! Et vous êtes là à vous demander « Et alors ? Qu’est-ce que cela change à ma vie ? »  Cela peut tout changer dans une vie. Parce que Jean-Baptiste, de par son rôle, son attitude, est l’exemple même d’un disciple et d’un témoin.

Et que, à notre tour, il nous revient d’être à la fois ceux qui témoignent de l’Evangile, ceux qui annoncent la Bonne Nouvelle et ceux à qui il est bon de prêcher la repentance et de rappeler toutes les vertus de l’humilité. Sans quoi, la voix continuerait de prêcher dans le désert, dans le désert de nos cœurs.

« Elevons nos cœurs » dit le prêtre au début du canon eucharistique. Et la chorale répond : « Nous les avons vers le Seigneur ».

Et pour comprendre le sens de ces paroles, nous pouvons aujourd’hui tourner nos yeux vers Jean-Baptiste. S’il pouvait parler, prêcher, annoncer, témoigner, c’est que Jésus occupait toute la place dans ses pensées.

Notre liturgie, nos offices, notre prière, sont autant de moments de rencontre personnelle avec Jésus et c’est précisément cette connaissance personnelle du Christ qui éclaire dans nos coeurs la connaissance de toutes choses à commencer par nos faiblesses, nos limites mais qui nous ouvre aussi ce chemin que traçait le Baptiste : celui qui mène vers Dieu, le chemin de la grâce, celui qui fera, comme le dit le psaume, de nos cœurs de pierre des cœurs de chair. Alors, le Christ pourra venir en nous et nos pourrons vivre en Lui. N’st-ce pas cela le sens et le but de la vie chrétienne ?



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