Dimanche après Théophanie – 2012 - Mt 4, 12-17 – Jn 10, 9-16

L’extrait de l’Évangile de Matthieu que nous avons entendu aujourd’hui nous ramène directement aux événements de la vie de Jésus dans la continuité de ceux que nous venons de vivre avec les fêtes de Noël et de Théophanie.

Noël. Jésus est annoncé par les anges aux bergers comme le Sauveur. Les mages, grâce à leur science, vont le chercher comme Roi. Ils sont ainsi peu nombreux ceux à qui est révélé tout le sens de ce qui se passe. Comme si une certaine intimité était respectée autour de cette naissance.

Lorsque Jésus vient au Jourdain pour se faire baptiser, Jean le reconnaît en disant : « c’est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi » puis, c’est la voix du Père qui proclame : « celui-ci est mon fils bien aimé ». Ils étaient nombreux sans doute ceux qui furent témoins de cette scène où Jésus est manifesté publiquement, au plus grand nombre.

Jean, qui prêchait le repentir et baptisait dans l’eau, va s’effacer devant Jésus qui annoncera le Royaume de Dieu et baptisera dans l’Esprit Saint. Puis, Jean est arrêté, il sera décapité comme on le sait et Jésus va se réfugier à Capharnaüm.

Capharnaüm était une grande ville, située au bord du lac de Tibériade, sur le « chemin de la mer », certains évangiles la traitent de « carrefour des nations », c’était en tout cas une voie de communication ouverte aux voyageurs, donc un centre idéal d’où répandre l’évangile. On peut y voir déjà le signe de l’universalité du message de Jésus.

Le Christ y fait sa demeure. Il va y exercer la plus grande partie de son ministère public et y faire plus d’un tiers de ses miracles.

Tous ces événements, ces détails nous rappellent que notre foi, notre vie en Christ, repose bien sur des faits, des événements qui se sont produits dans notre histoire, dans l’histoire des hommes. Lorsque, dans le credo, nous disons que Jésus a été crucifié « sous Ponce Pilate », c’est bien pour indiquer une époque.

Oui, Jésus, le Christ, est bien né dans notre temps. Il s’est fait homme et s’est soumis aux règles des hommes. Mais il a apporté aux hommes un message nouveau, une espérance nouvelle.

L’occurrence des lectures de ce dimanche nous a permis d’entendre cet extrait de l’Évangile de Jean dans lequel Jésus se présente comme « le bon pasteur ».

Si nous sommes habitués à entendre cette image que Jésus veut donner de lui-même, nous passons souvent à côté de ce qu’elle peut sous-entendre.

D’abord, c’est (encore) un signe d’humilité de la part de Jésus. Il faut savoir que, de son temps, le métier de berger était un métier méprisé et qu’il était réservé aux plus modestes. Aujourd’hui, pour nous, ce métier a plutôt un aspect romantique de quelqu’un qui vit dans un environnement bucolique, près de la nature. Mais pensez à l’image que Jésus pourrait donner de lui en nous disant – à nous, aujourd’hui – qu’il est … un bon vacher !

Et les moutons ? On ne les élevait que pour la viande et accessoirement pour la laine. Ils finissaient sous le couteau du sacrificateur ou du boucher.

Mais voilà que Jésus dit : « je suis venu pour que les brebis aient la vie et qu’elles soient dans l’abondance ». Le message devient presque irréaliste. Plus question de mort ou de sacrifice, les brebis ne sont plus victimes offertes en holocaustes ni bétail d’abattoir. Les brebis de ce bon pasteur, les hommes, livrés à la mort par le péché, sont promis à une vie meilleure. Jésus est là pour leur donner la vie.
A tous les hommes. Car ici aussi le caractère universel du message est souligné : « j’ai d’autres brebis encore qui ne sont pas dans ce bercail » ; sous-entendu, il n’y a pas qu’en Israël que la Parole de Dieu sera annoncée.

Une autre vie est promise aux hommes, la Vie leur est donnée. Mais à quel prix ! Celui de la mort du bon pasteur qui donne sa vie pour ses brebis. Celui de la croix.

Aujourd’hui, c’est à nous qu’il est demandé d’être des pasteurs. Et en disant cela, je ne pense pas seulement aux prêtres. Chacun peut avoir la garde des brebis : celles de sa famille, de son entourage.

Pasteur ou mercenaire ? Donner sa vie pour ses brebis n’est pas nécessairement mourir, mais leur consacrer de son temps, de son attention et surtout de son amour, leur consacrer sa vie. Le mercenaire, lui, s’occupera des brebis pour satisfaire sa propre gloire …

Et puis, nous sommes aussi des brebis. Et les mercenaires sont nombreux qui voudraient nous entraîner sur des chemins d’égoïsme, de matérialisme, des chemins qui répondent peut-être à cet instinct grégaire qui est toujours en nous. Allons-nous suivre les mercenaires ou rejoindre le bon pasteur, même si cela nous demande un effort, même si cela nous demande des sacrifices ?

« Alors, il n’y aura qu’un seul troupeau et un seul pasteur ». Mais si nous sommes les brebis d'un même troupeau, nous avons à devenir,
des pasteurs les uns pour les autres. En évoquant  la parabole des talents, nous pouvons dire que nous avons tous un une manière propre de dire les choses, des charismes particuliers, des appels peut-être.

Enfin, il nous faudra trouver le pâturage, le bercail (et certainement pas l’enclos) où nous pourrons vivre la joie de la résurrection, vénérer la croix de notre salut et servir l’unique pasteur, le Christ, qui nous guide, nous garde, nous ouvre la porte du Royaume de Dieu et nous donne la Vie.



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