Dimanche de Zachée -2012 - Lc 19, 1-10

L’évangile que nous venons d’entendre a donné son nom à ce dimanche : le dimanche de Zachée. Un dimanche qui est un peu comme la première étoile, le premier rayon de soleil, le premier bourgeon : un signe annonciateur. Le dimanche de Zachée nous annonce le Grand Carême.

Oh ! Ce n’est pas pour tout de suite : encore quatre dimanches vont nous y préparer. Quatre dimanches qui, comme celui-ci déjà, vont nous donner des clés, des pistes, des leçons pour vivre pleinement notre carême.

Le Grand Carême, c’est une période toute particulière, on le sait, pour les chrétiens orthodoxes. Une période sans doute difficile où nous allons changer de régime alimentaire mais surtout où nous allons essayer de vivre plus encore notre foi dans une sorte de tension spirituelle qui sera soutenue par les offices particuliers, les prières, les chants.

Quand un alpiniste fait le projet d’escalader une haute montagne, il se prépare, il s’entraîne. S’il n’agit pas ainsi, il n’arrivera jamais au sommet. Nous aussi, il est important que nous nous préparions au Grand Carême. Pour ce qui est du régime alimentaire, la semaine des laitages (semaine d’abstinence de viande) sera déjà un premier palier, une première étape. Mais ce n’est pas ça l’essentiel. L’essentiel, c’est de préparer son âme, c’est de préparer son cœur. Et cela, nous pouvons y penser dès maintenant.

Y penser. Si on se dit : « oh lala ! On va encore devoir jeûner et tout ça ! », inutile d’aller plus loin, c’est déjà raté. L’alpiniste qui se prépare à escalader son sommet sait bien qu’il va souffrir, que ce ne sera pas une promenade, qu’il devra faire des efforts, mais ce qu’il veut, c’est y arriver. Il se réjouit de pouvoir entreprendre son ascension. Oui, nous pouvons nous réjouir de voir venir le Grand Carême, parce que c’est une période riche du point de vue spirituel, parce que les offices sont particulièrement priant.

D’ailleurs, nous commencerons déjà, dès le prochain week-end, à nous mettre dans cette ambiance, si je puis le dire ainsi. Le samedi, habituellement, nous célébrons des grandes vêpres. Dès samedi prochain, nous célèbrerons la vigile. Parce que nous allons pouvoir chanter notre premier chant de pré-carême : « ouvre-moi les portes de la pénitence ». Notre cheminement aura déjà commencé.

Mais l’Évangile d’aujourd’hui nous donne déjà une grande espérance : « le Fils de l’Homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ». Chercher et sauver. Ce n’est pas seulement l’homme qui cherche le salut, c’est aussi Dieu qui cherche l’homme pour le sauver ! Cela signifie que nous aussi, faibles, colériques, menteurs, tricheurs, capable de critiquer, de dire du mal, d’attaquer, de rejeter, nous qui sommes – pour le dire en un mot – pécheurs, nous aussi nous pouvons être sauvés.

Comment ?

Là encore, Luc nous donne la réponse en nous racontant cette histoire de Zachée : par une rencontre personnelle avec Jésus. C’est cette rencontre qui va bouleverser la vie de Zachée. Qui va lui faire découvrir la charité (« Voici, Seigneur, la moitié de mes biens, je la donne au pauvre ») et même une forme de repentir (« Si j’ai fait du tort à quelqu’un, je lui rendrai quatre fois plus »). Une manière presque concrète de se racheter.

Mais cette rencontre, c’est Jésus qui va en prendre l’initiative : « Zachée, hâte-toi de descendre, car il faut aujourd’hui que je demeure dans ta maison ». Jésus s’invite chez Zachée comme il peut s’inviter dans nos vies. Et pas seulement pour un moment. Aujourd’hui, c’est l’immédiat mais demeurer, c’est la durée. Jésus ne fait pas que passer. Il veut vivre avec nous, il veut vivre en nous.

Mais pour cela, il fallait aussi que Zachée fasse un premier pas : qu’il prenne des risques ; non seulement celui de grimper sur un arbre, mais aussi celui de passer pour un peu ridicule : ce grand personnage qui n’est qu’un petit bonhomme et qui doit s’accrocher à une branche pour voir ce qui se passe. Il a osé. Mais surtout, et c’est peut-être là la première clé de réussite pour notre carême, la première leçon que je voudrais retenir de ce passage de l’évangile de Luc, c’est le désir : Zachée voulait voir Jésus. Et son désir a été plus fort que tout ! Son désir et sa joie !

Le désir, la joie, le repentir, la charité. Notre itinéraire est tracé. Dans nos bagages, nous mettrons l’espérance et comme viatique, nous aurons l’amour de Dieu et cette grâce qui éclairera notre route.

Alors, ce voyage du carême, nous pouvons l’entreprendre. Nous y préparer, dès aujourd’hui. Pas encore préparer notre corps à l’exercice du jeûne, mais préparer notre cœur et notre âme pour un exercice qui est bien plus difficile que de respecter des règles de nourriture. Et pouvoir dire, à notre tour, maintenant, maître, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix. Partir sur ce chemin de radieuse tristesse au bout duquel nous voyons déjà poindre la lumière de Pâques. Car mes yeux on vu ton salut …



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