Pharisien et Publicain – 2012 - Lc 10-14 – 2Tim 3, 10-15

Nous voici donc au premier dimanche de cette période que nous appelons le « pré-carême », une période importante de préparation. Parce qu’on n’entre pas « comme ça » dans le Grand carême. C’est un peu comme un athlète qui veut accomplir un exploit : il doit s’entraîner. Et pas seulement physiquement mais aussi moralement. Pour nous, ce n’est pas seulement le corps qu’il faut préparer, c’est surtout l’âme et le cœur.

Et cette préparation au carême va commencer par une galerie de portraits, une rencontre avec des personnages. Dimanche prochain, nous retrtouverons le fils prodigue, son Père et aussi son frère aîné. Dimanche dernier, c’était Zachée, le publicain, un chef même. Ce n’était pas simplement une sorte de percepteur des contributions, il travaillait pour les Romains, il collectait l’impôt pour cette force d’occupation. Pour cela, il avait dû faire un serment d’allégeance, peut-être même rendre culte à l’empereur ! Donc, c’était un traître à son propre peuple et à sa propre religion !

Mais Zachée qui voulait voir Jésus et, puis, autour de lui, cette foule des biens pensants qui jugeaient le Seigneur en disant de lui : il va chez un pécheur !

Peut-être, le pharisien de la parabole était-il parmi ceux-là. C’est que lui, est vraiment « quelqu’un de bien ». Il n’y a pas de raison de douter qu’il fait bien ce qu’il faut faire. Et pourtant, il sera sévèrement jugé par Jésus. Pourquoi ? Parce qu’en mettant en avant ses mérites, il fausse la relation avec Dieu et parce qu’en méprisant le publicain, oui, même le plublicain, il fausse la relation avec le prochain.
 
Le pharisien se fie à ses droits, à ses œuvres. Il se fait valoir devant Dieu. On pourrait dire aujourd’hui qu’au lieu de regarder l’icône du Seigneur, il se regarde dans un miroir. Il pense à lui-même, pas à Dieu.

Pire ! Il fait en quelque sorte pression sur Dieu, comme s’il voulait le contraindre à l’exaucer à cause de ses mérites.

Il pense que Dieu est quelqu’un qui ne défend que les riches – pas les riches en argent, mais les riches en bonnes œuvres – en fait, il veut l’acheter, acheter Dieu. C’est du donnant - donnant : tu vois Seigneur, j’ai fait ça et ça. Je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres. Maintenant, reconnais-moi à ma juste valeur !

Le pharisien ne prie pas, il s’écoute prier. Il n’est pas tourné vers Dieu, il est tourné vers lui-même. Il prie Dieu non pas en regrettant ses péchés mais en le remerciant pour les fautes qu’il n’a pas commises et pour toutes les bonnes œuvres qu’il a accomplies. Le pharisien met sa confiance en lui-même et non sa confiance en Dieu. Et il méprise tous les autres.

Evidemment, le publicain, lui, ne peut en dire autant.  Lui n’a aucun titre à faire valoir. Et le fait d’être un collecteur d’impôts, au service des Romains détestés, s’enrichissant sur le dos de ses frères juifs ne plaide évidemment pas en sa faveur.
Il se sait indigne, il se sait pécheur; il le reconnaît et s’en remet à la seule miséricorde de Dieu. Son humble confiance n’est pas déçue ; il rentre chez lui « justifié », c’est-à-dire dans une relation juste avec Dieu. Sa prière l’a relié à Dieu parce qu’il a mis toute sa confiance dans la seule bonté de Dieu.

Si l’orgueil détruit la relation avec Dieu, il détruit aussi la relation avec le prochain. Le pharisien, dans son orgueil, méprise les autres. C’est évident : quand on veut se faire valoir, s’élever, on est inévitablement amené à dénigrer les autres, à les abaisser.
Mais, attention, tout n’est pas à rejeter dans l’attitude du pharisien : il respecte le jeûne, il pratique la charité et il rend grâce à Dieu de ce qu’il peut vivre ainsi ! Pouvons-nous en dire autant nous-mêmes ? Sa seule erreur est de tirer une gloire personnelle de tout cela, il est fier de lui ! Voilà sa faute !

Et nous, si nous nous prenons pour le publicain de cette histoire, nous risquons bien de tomber dans un piège qui pourrait s’apparenter au péché d’orgueil ! Comme quelqu’un qui dirait : je suis modeste … et j’en suis fier !

La foi qui peut accueillir la grâce de Dieu ne peut être que pétrie d’humilité. Comme celle du publicain qui vient se confesser, se confesser lui, je veux dire mettre devant Dieu ses péchés et pas les faiblesses qu’il voit chez les autres. Il se tient à distance et non pas en évidence. Il n’ose même pas lever les yeux mais il se frappe la poitrine en exprimant son repentir.

Il en appelle à la seule bonté, la seule pitié de Dieu et ne cherche nullement à tirer argument de ce qu’il aurait pu faire comme effort. C’est en Dieu que le publicain met sa confiance alors que c’est en lui-même que le pharisien met la sienne.

Dans cette parabole, Jésus nous montre qu’il y a deux façons de se tenir devant Dieu, deux manières de vivre en relation avec Dieu.

Apparemment, le pharisien est préoccupé de Dieu: «Je Te rends grâce», dit-il...alors que le publicain est préoccupé de son péché : « moi qui suis pécheur ». Mais, en fait, l’un vient prendre Dieu à témoin de ce qu’il fait de bien et dont il s’attribue le mérite, tandis que l’autre se livre tout entier à la miséricorde de son Père Divin. L’un semble assuré de ses droits devant Dieu : il a gagné, pense-t-il, les faveurs de Dieu. L’autre n’a comme assurance que la bonté fidèle de Dieu. Il sait qu’il ne pourra même pas racheter toutes ses fautes !

La prière du publicain est celle d’un désespéré qui sait n’avoir aucun droit à l’amour de Dieu mais qui surmonte son désespoir en faisant appel à la fidélité de ce Père Divin qui est toute miséricorde. Il se sait indigne, mais il fait confiance. C’est peut-être là une des grandes leçons de cette parabole : tout indignes que nous sommes, Dieu nous garde dans sa miséricorde. Et tous ces événements que nous allons vivre jusqu’à Pâques, ils ont été vécus pour nous. Chacun de nous peut se dire : Jésus est mort pour moi. Mais cette espérance, parfois, nous avons tendance à nous la refuser, à l’oublier. Nous nous enfermons dans une sorte de désespoir, de déprime.
 
Alors que ce qui doit nous porter, c’est cette confiance, cette espérance même du publicain qui vient devant Dieu avec cette pensée même que Dieu pourra entendre son appel, écouter sa plainte, et lui pardonner.

Cette espérance, cette confiance, elles rejoignent le désir de Zachée mais ce qui a donné à Zachée la force de se convertir, c’est justement l’attention et l’amitié de Jésus pour lui, une amitié quqe, lui non plus, n’a pas « méritée ».

Pourquoi le pharisien – qui, lui, est juste par sa conduite et ses actions – ne rentre-t-il pas chez lui justifié? Parce qu’il se ferme à l’amour : d’abord en pensant que tout ce qu’il fait vient de lui et lui seul, ensuite en méprisant et en se coupant de ceux qui ne vivent pas tout à fait selon la Loi.

Il a le mépris de celui qui juge et condamne le pécheur  plutôt que de se sentir solidaire du pécheur, solidaire de celui qui manque à l’amour parce qu’il manque d’amour.

Tout cela suppose l’humilité du cœur, car l’amour ne peut s’épanouir que dans l’humilité... qui est la condition de l’accueil de l’autre, de l’accueil de Dieu.

Tout comme Zachée, le Publicain fait l’expérience du repentir. Le repentir, c’est en quelque sorte le retour à l’ordre véritable des choses, le rétablissement d’une vision juste de la vie. Ça n’a donc rien à voir avec la culpabilisation, l’humiliation. Le repentir, c’est une redécouverte, une ouverture. Une porte.

Ce dimanche est une porte. Celle qui s’ouvre sur notre voyage, notre voyage de carême. Hier, nous avons chanté : « Seigneur, ouvre-moi les portes de la pénitence ». Alors, passons-la, cette porte ! Entamons notre voyage vers Pâques. Un voyage qui ne sera pas, nous le savons, sans moments difficiles, sans chute ni sans découragement.

Les mots de l’apôtre Paul que nous avons entendus, extraits d’une lettre à son disciple Thimothée, sont là pour nous encourager.

Paul lui rappelle tout ce que lui, l’apôtre, a eu à souffrir ; ce n’est pas pour l’effrayer, mais pour l’inviter à tenir bon, à ne pas se décourager et ces paroles s’adressent aussi à nous, à nous qui avons reçu l’enseignement du Christ Jésus : « continue néanmoins dans les choses que tu as apprises et dont tu as reçu l’assurance, sachant de qui tu les as apprises. »

Au cours des dimanches qui viennent, l’Eglise va nous montrer le chemin du repentir, le chemin du carême, mais – et c’est sans doute le plus grand encouragement –  tout en gardant en mémoire le bout du chemin, le but ultime de ces jours, Pâques, lumière et résurrection, qui donne le vrai sens à tout cela.

Nous sommes loin des considérations des listes d’aliments interdits ou de boissons défendues. Pas inutile, sans doute, mais simples moyens de mener à bien cette course du carême qui commence.

Puisse le Seigneur nous donner le courage de l’entreprendre, la force de la mener à bien et la clairvoyance afin que nul d’entre nous ne s’égare.



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