Fils prodigue – 2012 - Lc 15, 11-32

Trois nouveaux personnages sur notre chemin de carême. Je parlais, dimanche dernier d’une galerie de portraits, voici sans doute ceux qui sont les plus déterminants. Un père et ses deux fils. Car ce dimanche a beau s’appeler « dimanche du fils prodigue » on ne peut pas lire l’évangile d’aujourd’hui en s’arrêtant uniquement à lui.

En évoquant le pharisien et le publicain, Jésus nous montrait deux attitudes face à Dieu. On les retrouve ici. Le publicain connaissait le don de Dieu, mais il avait conscience du peu de cas qu’il en avait fait, il se sentait tout petit devant cette générosité sans égale : il mesurait son péché. Il était humble. Le pharisien, lui, remerciait Dieu pour ses dons. Il s’en réjouissait, mais surtout, il se sentait grandi, il trouvait sa propre justification dans ce qu’il faisait. Il était orgueilleux.

Le plus jeune des deux fils aussi avait l’orgueil de croire qu’il pouvait vivre loin de son père. Il a demandé sa part mais, au lieu d’en tirer profit, il l’a dilapidée. La grande vie, comme on dit. Une vie qui débouche souvent sur rien, qui ne mène à rien, et dont les plaisirs sont vite effacés quand on se retrouve dans les difficultés. Lui, il a bien dû ravaler son orgueil. Il a fait l’expérience du repentir.

L’aîné, lui est resté à côté du père, il a toujours travaillé. Et pourtant, comme le pharisien quittait le temple sans être justifié devant Dieu, C'est lui, ce fils aîné, le vrai fils perdu.  Lui, le juste qui n'a rien à se reprocher mais dont le cœur reste fermé à l'amour et à la grâce. Lui aussi aurait pu être parmi cette foule qui murmurait en voyant Jésus entrer chez Zachée. Lui aussi est comme le pharisien qui cherche à se justifier uniquement dans ce qu’il a fait ! Alors, pour lui,  pas question de célébrer le retour du cadet, de passer l'éponge sur tout le mal qu'il a fait!

Le « bon fils » montre son vrai visage : il est dur, méchant. Il ne voit pas la bonté, le pardon de son père. Il ne voit que ses qualités, son travail, son obéissance, ses mérites. Mais il a transgressé le plus grand commandement, celui de l'amour, et cela, il l'ignore. Il ne comprend rien à l'amour et ne sait pas ce qu'est la miséricorde.

Voilà les repères, les signes qui nous sont donnés pour suivre la bonne voie alors que nous nous mettons en chemin vers le carême : après le désir de Zachée, l’humilité du publicain, la mise en garde contre l’orgueil du pharisien, voici le repentir du cadet mais aussi la dureté de cœur de l’aîné.

Mais cette parabole nous emmène déjà plus loin qu’une leçon de conduite. Bien sûr, nous pouvons y voir les pièges dans lesquels nous ne devons pas tomber – on devrait plutôt dire : ceux dont nous devons sortir – et on peut y trouver l’attitude juste face à Dieu mais aussi face à notre prochain, mais l’histoire de ce père et de ses deux fils nous ouvre déjà à une autre réalité, une autre révélation spirituelle. Et là, il faut s’arrêter au personnage du père.

Avec cette parabole, Jésus nous fait pénétrer très loin dans le mystère de Dieu et de son pardon. Jamais il n'a autant soulevé le voile qui cache la personne de Dieu, et jamais il n'a autant mis en évidence la condition et le destin de l'homme. Cette parabole est une vraie perle précieuse, elle contient l’essentiel de la Bonne Nouvelle.

Il n'y a pas de déchéance plus grave que celle de ce fils prodigue, et il n'y a pas d'amour plus gratuit et plus grand que celui que ce père témoigne à ses deux fils, ces deux fils qui illustrent les pécheurs qui se repentent et les « justes » qui n'ont pas besoin de repentance. Ou plutôt, qui pensent qu’ils n’en ont pas besoin.

 
Quelle image merveilleuse de la grâce de Dieu. Le père voit venir son fils de loin. C’est comme si lui, le père, était toujours là, à regarder dehors, en attendant son retour. Il le voit. Il est bien mal en point ! Il a compassion de lui. Il n'attend même pas que le fils se jette à ses genoux, mais court à sa rencontre.

Imaginez qu’un de nos enfants nous ait fait un coup pareil ! On commencerait certainement par lui faire des reproches ! Mais non, le père lui montre sa joie, il l’embrasse. Le père a pardonné avant que le fils ait dit quoi que ce soit.

Quelle leçon ! Rien ne doit nous faire douter du pardon divin. Inimaginable. Nous, comme nous sommes, nous, pécheurs … Même quand nous venons confesser nos péchés, que nous demandons l’absolution, est-ce que nous avons vraiment cette pensée, est-ce que nous sommes habités par cette certitude : Dieu nous pardonne. Il nous pardonne s’il nous voit venir vers lui dans la foi, il nous pardonne avant même notre prière. L’homme doute, Dieu, non.

Cette parabole est l'affirmation la plus belle qui soit du pardon divin. Dieu ne fait pas d'enquête, il ne demande pas d’explication. Il pardonne, puis il écoute la confession, comme le père embrasse son fils avant de le laisser parler.
Et quand le fils se met à parler, le père l'interrompt. Il le laisse à peine finir une première phrase. L’important, c’est qu’il soit revenu. Il a retrouvé le chemin.

C’est la fête. La robe : quand Dieu fait grâce à un pécheur, il le purifie, le rend beau par le pardon et lui donne le statut de fils. Le veau gras : symbole d'abondance et de joie. C'est l'image de toutes les bénédictions du Royaume de Dieu et le prélude du repas céleste.

Vraiment, cette joie du père contraste avec les murmures des pharisiens et des scribes, les critiques de la foule.

Et nous ? Où serons-nous ? Resterons-nous dans la foule, à critiquer, à nous satisfaire de nos propres œuvres, à nous réjouir de ce que nous avons fait de bien ? Ou alors, allons-nous ouvrir notre cœur à la Parole, à l’amour de Dieu ? Allons-nous ouvrir notre cœur à celui, à celle qui est là, à côté de nous et qui a besoin de nous. Pas seulement de notre argent, de notre aide, mais avant tout de notre amour !

C’est bien là notre chemin de carême. Cette vérité qui est toujours à redécouvrir, à réaffirmer et surtout à vivre. Que le Seigneur nous y aide, par sa grâce et son amour pour les hommes.



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