Dimanche du Pardon – 2012

Nous arrivons au début du carême. Nous sommes comme des hommes qui se préparent à escalader une haute montagne. Ils se sont préparés, ils ont rassemblé le matériel nécessaire et ils tiennent leur dernière réunion avant d’entamer leur expédition.

Nous aussi, nous avons eu notre préparation tout au long de ces derniers dimanches. La lecture de l’évangile nous a indiqué les choses importantes si nous voulons réussir : le désir de rencontrer Jésus, le partage, l’humilité, le repentir, la charité, l’amour, le retour vers le Père. C’est cela notre « matériel » à nous. C’est de cela que nous avons besoin.

Mais les alpinistes ne partent jamais seuls. Ils forment une équipe, ils sont liés l’un à l’autre, c’est une cordée. Nous aussi, nous devons former une équipe, être soudés les uns aux autres. Tout au long de notre chemin de carême, l’Eglise ne nous abonnera pas, nous aurons les prières, les offices. Et même les liturgies du dimanche seront différentes.

Ce dimanche est donc comme la porte du carême. L’évangile du jour nous en donne la clé : le pardon.

Le sens de notre voyage,  est donc aussi celui de la réconciliation, de la réconciliation entre les hommes, de la réconciliation aussi entre Dieu et les hommes, entre l’homme et Dieu.

On le sait, le péché c’est l’absence d’amour qui entraîne la séparation, l’isolement, l’opposition ou l’indifférence, la guerre … Et donc le pardon apparaît comme une première brèche dans ces murailles épaisses de la séparation, de l’isolement, de l’opposition ou de l’indifférence, une brèche qui ouvre les relations entre les hommes sur la solidarité, l’unité, l’amour.

Pardonner. Demander pardon. Dans un sens comme dans l’autre, c’est parfois difficile. Alors, attention là aussi à l’hypocrisie. Demander pardon des lèvres alors que le cœur est toujours rempli de haine ou de rancœur est peut-être une faute plus grave que d’oser avouer qu’on ne peut pas pardonner.

Or Jésus le dit : si vous pardonnez, Dieu vous pardonne ; si vous ne pardonnez pas, vous ne serez pas pardonnés. C’est ce que nous répétons dans chaque Notre Père : pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et Jésus dit encore que le pardon est nécessaire si nous voulons aller vers Dieu. Rappelez-vous son enseignement : celui qui va offrir son offrande à l’autel et qui se souvient qu’il est en brouille avec son frère doit laisser là son offrande pour aller se réconcilier d’abord.

Mais c’est Dieu, et lui seul, qui peut nous donner la force à la fois de pardonner et de demander pardon. Dieu pardonne, et c’est dans la force de ce pardon que nous devons aller vers les autres. Les autres qui deviendront ainsi notre prochain.

Comme nous le dirons sans cesse tout au long de ce carême en récitant la prière de saint Ephrem : « Seigneur, donne-moi de voir mes fautes et non pas de juger mon frère ». Ce sont aussi des paroles qu’il faudra méditer et prendre pour soi et non pas simplement répéter sans penser au sens des mots.

Ce dimanche est aussi le dernier dimanche de la semaine des laitages. Le carême va vraiment commencer, mais ce n’est pas sur nos tables qu’il doit s’inscrire, mais dans nos cœurs. C’est là, dans nos cœurs, que se trouve notre trésor dit Jésus, ce trésor que nous devons mettre dans les choses spirituelles, ces choses qui ne se détruisent pas, qu’on ne peut pas nous voler, et non dans les choses matérielles.

Après cette liturgie, nous célèbrerons les vêpres. On appelle cet office les vêpres du pardon parce que c’est à ce moment-là que nous nous donnerons le pardon mutuel.

C’est un office particulièrement chargé de sens, comme beaucoup le sont dans notre liturgie. Il commence comme des vêpres solennelles et le prêtre porte les vêtements du dimanche, les vêtements couleur or. Déjà les stichères, les couplets, qui sont chantés lors du grand encensement (Гди воссвах) annoncent le carême : « Entrant dans le stade du carême » le stade, en français, c’est à la fois l’étape et le lieu où se déroulaient les compétitions car le carême, c’est, en effet une période importante de notre année et aussi un combat. « Je désespère lorsque je vois, Seigneur, mes actions » c’est le repentir. « Commençons le temps de ce carême lumineux » c’est le ton même de notre voyage.

Après la grande entrée, le chant « Lumière joyeuse », le prokimenon du jour est remplacé par un chant solennel. C’est la charnière, c’est là que tout change à commencer par les vêtements du clergé, la décoration de l’église. C’est le vrai début du carême. Le chœur chante « Ne détourne pas ta face de ton serviteur  car je suis affligé » dans une mélodie qui est pleine à la fois de désespoir et d’espérance, de ténèbres et de lumière.

 
Lorsque le diacre entonne ensuite les ecténies, les demandes, le chœur va répondre dans le mode mineur, nous dirons la prière de saint Ephrem, et à la fin de l’office, nous nous donnerons donc le pardon mutuel tandis que le chœur alternera des chants de lamentation mais aussi des hymnes de Pâques car nous savons que si nous allons devoir traverser durant 40 jours le désert du carême, au bout de notre course, nous serons dans la lumière de Pâques qui brille déjà comme la lumière du Royaume.

Le but de notre carême, ce n’est pas d’avoir accompli l’exploit de respecter toutes les règles de nourriture ou de jeûne. C’est vrai que les semaines qui viennent nous semblent dures parce qu’on va devoir se priver de plein de choses. Je le disais dimanche, si on pensait vraiment aux valeurs spirituelles qu’il nous est demandé de retrouver, on se dirait que ces semaines sont plus dures encore.

Mais pour cela, je l’ai dit, nous serons aidés, soutenus. Au milieu de nos semaines, comme une lumière sur la route, l’office des saints dons présanctifiés sera comme une oasis dans le désert, un moment fort sur notre chemin. Notre paroisse vous permet de vivre ces moments, à commencer par la lecture, les quatre premiers jours de la semaine prochaine, du Grand Canon de Saint André. Profitez de ces occasions qui vous sont offertes de vivre pleinement le Grand Carême.

Que le Seigneur en fasse pour tous un temps de renouveau, un temps de réconfort, un temps lumineux dans notre vie chrétienne. Un temps que les Pères appellent une période de radieuse tristesse. Car, finalement, c’est une joie spirituelle profonde qui peut – s’il est vécu en vérité – jaillir de ce carême.

Que le Seigneur nous en donne le sens et la force.



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