4e dimanche de Carême - 2012 - Mc 9, 17-31

Imaginez qu’on tire un scénario de l’extrait d’Evangile que nous venons d’entendre. On pourrait écrire des scènes d’une rare violence : la crise de l’enfant, les paroles dures de Jésus, la guérison spectaculaire et enfin, cette violence annoncée de la mort du Christ lui-même. Mais ce ne serait évidemment pas là l’essentiel, le plus important.

Bien sûr, ce passage de l’Ecriture est très riche en détails, en vécu, en paroles. On peut en avoir des lectures différentes, en tirer des leçons différentes selon qu’on s’arrête à tel ou tel passage, à tel ou telles paroles. Il nous est proposé en ce quatrième dimanche de notre Grand carême. C’est donc à la lumière de ce que nous vivons que nous devons le méditer afin d’y trouver ce qui peut nous éclairer, ce qu’il peut nous révéler.

En célébrant, dimanche dernier, la vénération de la Sainte Croix, nous avons mis Jésus lui-même au centre de notre carême. Il ne s’agit plus maintenant de nous demander ce que nous devons faire, comment nous devons vivre notre carême, avec quelles valeurs, dans quel esprit, mais il s’agit de se fixer sur Jésus, de l’écouter avant de pouvoir le suivre.

Et Jésus est bien au centre de cet extrait de l’Evangile de Marc. Jésus et le père de l’enfant. Jésus et l’enfant. Jésus et ses disciples. Et ce que leur dit Jésus, ce que fait Jésus, symboliquement, nous concerne tous.

L’homme s’approche de Jésus. Il lui demande une guérison. Bien plus. Quand Jésus l’interroge sur l’état de santé de son fils, il ne fait pas une consultation médicale – même si, pour une fois, l’évangéliste s’attarde sur les détails de la maladie – Jésus lui demande : depuis quand est-il ainsi et le père lui répond : depuis l’enfance. C’est donc bien un miracle qu’il demande. Le père ne vient pas trouver un guérisseur, il fait appel à une intervention divine parce que son fils, épileptique, sourd et muet depuis son enfance, a besoin d’autre chose que d’une aide des hommes. D’une certaine façon, Jésus veut lui faire prendre conscience de ce qu’il demande.

Avons-nous toujours bien conscience de ce que nous demandons ? Et lorsque nous nous adressons à Jésus, avons-nous toujours bien conscience que c’est à Dieu que nous nous adressons et pas à un magicien, un guérisseur ? Mais au fait, avons-nous assez confiance en Lui pour aller vers lui et le prier ? Croyons-nous assez en Lui pour croire qu’il peut nous aider ?

Croire. « Tout est possible à celui qui croit » dit Jésus. Et la réponse du père devrait devenir la nôtre, devrait être notre prière : « Je crois, Seigneur, viens en aide à mon manque de foi ». Oui, nous croyons, du moins, nous le disons, mais notre foi est si faible ! Et Dieu seul peut nous aider. Le père qui venait demander la guérison de son fils est le premier à devoir être guéri.

S’il est l’objet de la demande, le fils n’est, dans cette histoire, qu’un être passif. Pouvait-il en être autrement ? Rien que le fait de se trouver en présence de Jésus, il est secoué d’une forte crise. Mais Jésus le libère, il lui rend la vie, du moins, une vie normale, et surtout, il lui rend la parole. Qu’est-ce qu’il nos apprend sur nous-mêmes, ce garçon ? Nous ne sommes pas malades à ce point et certainement pas possédés … Non, mais ne nous arrive-t-il pas, parfois, de nous révolter contre Dieu, contre l’Eglise ? Ne sommes-nous pas, nous aussi, sourds aux vérités spirituelles et incapables de prononcer les louanges de Dieu ?

 
Une fois qu’il l’a guéri, Jésus prend l’enfant par la main, le fait se lever, « et il se tint debout ». N’est-ce pas ce qui peut nous arriver de mieux ? Que Jésus nous relève et que nous puissions vivre debout, debout dans la lumière et non tapis dans l’ombre du péché !

Enfin, il y a Jésus et ses disciples. Comme eux, nous avons suivi l’enseignement, écouté la parole, l’évangile de Jésus-Christ ; comme eux, nous avons été témoins des miracles de Jésus ; mais comme eux, nous risquons bien de nous entendre traiter d’ « engeance incrédule ». Nous sommes disciples du bout des lèvres, nous sommes chrétiens du bout du cœur. Et pourtant, Jésus ne nous abandonne pas, il ne nous rejette pas.

En ce temps de carême, il va nous enseigner encore. En parlant du démon qui possédait l’enfant il dit que cette espèce ne peut être expulsée que « par la prière et par le jeûne ». La prière et le jeûne comme armes contre le mal. La prière et le jeûne – qui sont les deux éléments essentiels de notre carême – comme moyen de nous libérer de nos démons de l’existence : l’orgueil, la vanité, l’envie, la colère, le découragement … Jésus nous encourage à persévérer dans notre effort.

 
Enfin, comme il le fit avec ses disciples, Jésus nous prend avec lui, à part, pour nous instruire. Et ce qu’il nous révèle, nous, nous le connaissons déjà, mais en avons-nous toujours bien conscience ? Ce qu’il nous révèle, c’est ce qui va arriver, ce que nous allons revivre au cours des semaines à venir : Jésus sera livré, trahi, crucifié mais il ressuscitera.

Il nous reste donc à mettre nos pas dans les pas de Jésus, à le suivre et à prier. Lui redire sans cesse : « Je crois, Seigneur, viens en aide à mon manque de foi », lui demander notre guérison (guérison spirituelle), nous rendre la parole, ouvrir nos oreilles à ses enseignements, nous aider à tenir ces jours encore de prière et de jeûne et puis espérer que Jésus nous prenne par la main, qu’il nous fasse nous lever, et que nous puissions nous tenir debout, debout comme des hommes vivants, debout comme des chrétiens touchés par la vie donnée en ce matin de Pâques qui s’annonce, debout, comme des hommes et des femmes ressuscités.



Site web réalisé par Arnaud Simonis