3e dimanche de Carême – 2012 - Jn 20, 1-10 - Mc 8, 34 – 9, 1

Nous voici donc presque à mi-parcours de notre voyage. Mercredi, la célébration de la liturgie des saints dons présanctifiés marquera la mi-carême et ce 3e dimanche du carême est à la fois une étape et un tournant dans notre périple.

Une étape parce que nous commençons – si notre effort physique et spirituel a été vrai – nous commençons à ressentir la fatigue, une certaine faiblesse, une certaine nervosité aussi peut-être, et peut-être aussi un peu de découragement.

Nous voici presque à la moitié de notre chemin de carême et voilà que, devant nous, se dresse la croix. Mais la croix est aujourd’hui un signe de joie plutôt que de souffrance. Les hymnes, les chants, parlent de salut, de résurrection. Ceux des matines étaient tirés du canon pascal et chantaient déjà ce que nous clamerons durant la nuit de Pâque. C’est la croix du salut. Mais c’est aussi un passage obligé.

Comme Jésus préparait ses disciples à ce qui allait arriver, ce dimanche nous fait entrer dans la réalité de ces moments que nous allons revivre : ceux de la Passion du Seigneur, de son sacrifice suprême pour la vie et le salut du monde.

La croix est là. Non pas comme une menace, mais comme un gage de rédemption. La croix est là, mais derrière elle brille déjà la lumière de la résurrection. C’est cela, ce sont ces deux réalités indissociables et tellement présentes qui font de notre carême cette période unique de radieuse tristesse.

Hier, au cours de la vigile, et avant de vénérer la croix, nous avons entendu ce merveilleux passage de l’évangile de Jean. Je dis merveilleux parce qu’il est à la fois tout simple, presque banal dans ce qui nous est raconté, et tout ce qu’il y a de plus fondamental dans ce qui est découvert, révélé.

On nous raconte ainsi que c’est le matin, Marie Madeleine va au tombeau. Elle voit que la pierre a été roulée. Elle s’empresse d’aller prévenir Pierre. Jean est avec lui. Les deux disciples courent vers le tombeau. Jean court plus vite que Pierre ; il arrive le premier. Il voit les bandelettes. Il n’entre pas. On imagine la scène : tous sont pris d’une grande émotion. Que s’est-il passé ? Où est le corps de Jésus ? Jean a dû arriver tout essoufflé. Il s’est peut-être appuyé sur la roche à l’entrée du tombeau … Pierre le rejoint. Il entre. Il n’en croit pas ses yeux : les bandelettes qui entouraient le corps sont là, le linge qui recouvrait le visage, roulé, dans un autre coin … Il reste sans voix. Jean entre à son tour … Et là, le récit prend brusquement un autre ton. Quatre mots. Quatre mots définitifs : il voit et il croit.

Il a enfin compris ce que Jésus disait. Il a compris les Ecritures : Jésus devait ressusciter le troisième jour. « Sans la résurrection, notre foi est vaine » dira saint Paul. Et pourtant, en rentrant chez eux, les disciples ne savent pas qu’ils ont encore beaucoup à apprendre. Que par sa mort, le Christ a vaincu la mort, qu’il nous a donné – à nous les hommes – une vie nouvelle, qu’il nous a fait don de la vie éternelle.

Voilà notre chemin si nous mettons nos pas dans les pas de Jésus. Mais le Christ lui-même nous prévient : « celui qui veut me suivre doit prendre sa croix ». Il nous faut prendre notre croix. Mais il nous faut savoir aussi que ce n’est pas cela qui va nous sauver ! La croix qui nous sauve, c’est la croix du Christ. S’il n’y avait pas eu la croix du Christ, la nôtre ne serait que douleur et souffrance.

Et c’est là que notre étape du carême marque un tournant de notre cheminement vers Pâque.

En effet si, durant la     première partie de notre carême, l’effort était porté sur nous, sur notre purification, ce qui nous est donné maintenant, c’est d’abord de voir que cette purification n’était pas une fin en soi, mais une voie vers la contemplation du mystère de la croix.

Peu à peu, nous allons découvrir d’autres horizons, d’autres choses que nos efforts, d’autres choses que notre repentir et le signe de la croix qui nous est donné en ce jour est une préfiguration de ce qui nous attend dans les jours et les semaines à venir.

Porter sa croix, c’est refuser la facilité, c’est ne pas devenir esclave des plaisirs de la vie, ne pas se laisser emprisonner dans des soi-disant valeurs qui nous détournent de l’essentiel. On ne choisit pas sa croix. Mais si on choisit de vivre selon l’Évangile, le monde se chargera de vous la faire sur mesure, votre croix. Car Dieu ne demande pas aux hommes de souffrir pour assurer leur salut, mais la vie peut amener les hommes à souffrir pour défendre ou témoigner des valeurs de l’Evangile.

Mais s’il faut prendre sa croix pour suivre Jésus, si on suit vraiment le Seigneur, ce n’est pas seulement jusqu’au Golgotha, ce n’est pas pour finir dans les ténèbres du tombeau … Non ! Le tombeau est ouvert. La pierre a été roulée … Si nous suivons le Christ, ce sera jusqu’à la vie, jusqu’à sa résurrection, jusqu’à Pâques dont la lumière resplendit déjà entre les branches de cette croix qui apparaît non plus comme un instrument du supplice mais comme un arbre de vie.

Elle est là, la croix de Jésus, devant nous ! Qu'elle nous donne lumière, amour, grâce, miséricorde et force pour mieux être au pied de la croix des autres, de ceux qui ont besoin de nous, de ceux que nous pouvons aider et qu’elle nous aide à porter nos propres croix!

Jésus est le Chemin, la Vérité et la vie. Sa croix, nous la disons « vivifiante », c’est-à-dire, qui donne la vie ! Et c’est par elle, par Lui que nos propres croix, celles que nous portons et celles que nous pourrons porter, peuvent devenir aussi chemin, vérité et vie. Parce que, à l'image de celle de Jésus, elles peuvent porter beaucoup de fruits. Des fruits de résurrection!



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