5e dimanche de Carême-2012 - Mc 10, 32-45

Notre carême touche à sa fin. Il se terminera avec le prochain vendredi. Depuis le dimanche de la Croix, il a pris un sens nouveau. Jusque là, l’accent était mis sur notre attitude, sur nous-mêmes ; le jeûne, la prière, le repentir, la lutte contre nos habitudes, contre notre petit confort et nos désirs pas toujours très avouables, qui devait nous amener à découvrir ou redécouvrir les vérités essentielles, les valeurs fondamentales, les richesses spirituelles. Depuis ce dimanche de la Croix, c’est Jésus, le Christ lui-même, qui est au centre de notre carême. Certes, un des objectifs de nos efforts était de nous changer, de devenir meilleurs, mais la fin ultime, c’est Lui, c’est Jésus-Christ, et le but est de nous préparer à sa rencontre.

Et nous voici au bout de la route. Mais ce n’est pas le bout du chemin, ce n’est pas encore le terme de notre voyage. Le pire reste à venir. Le pire, mais aussi le meilleur. Et les jours qui viennent seront marqués de cette double vérité de la souffrance et du pardon, de la mort et de la vie, le l’ombre et de la lumière. Notre prière de carême, notre jeûne, nous ont aussi préparés à ces moments, à cette expérience unique, sans cesse renouvelée, cette expérience très forte, tellement forte que, sans cette préparation, nous serions incapables de la vivre vraiment : l’expérience d’être avec Jésus, de mettre – comme j’aime à le dire et à le répéter – de mettre nos pas dans les pas du Christ.

L’évangile que nous venons d’entendre commence par ces mots : « En ce temps-là, Jésus prit avec lui ses douze disciples et se mit à leur enseigner ce qui devait lui arriver ». Celui d’hier :   « En ce temps-là, Jésus se mit en route avec ses disciples ». Nous sommes ces disciples-là et Jésus nous entraîne, à sa suite, sur le chemin. Un chemin qui le conduira, qui nous conduira, au calvaire, un chemin qui nous mènera devant le tombeau vide, un chemin qui débouchera sur ce matin à nul autre pareil de la résurrection. Mais avant cela, Jésus nous aura enseignés, il nous aura emmenés.

Car c’est bien cela le sort de ceux qui se veulent, aujourd’hui, de vrais disciples du Christ : il les prend toujours à part. Une mère me racontait un jour un songe qu’elle avait fait à propos d’un de ses fils, une voix qui lui avait dit : « Celui-là, tu n’y touches pas, il est à moi ! » et son fils est devenu prêtre et missionnaire. De façon moins spectaculaire sans doute, il peut nous prendre à part, nous retirer du monde, pour nous enseigner, nous éclairer. Il y a toujours eu une foule pour suivre Jésus, mais il a toujours sorti de la foule ceux à qui il voulait parler, ceux qu’il avait appelés.

Ce que Jésus apprend aujourd’hui à ses disciples, ce qu’il nous rappelle, à nous, c’est le sort qui sera le sien : livré, bafoué, humilié, crucifié mais ressuscité. Ce sont ces moments-là que nous allons vivre. Mais comme les disciples, même si nous connaissons l’histoire, même si nous en savons la fin, sans doute que nous ne comprenons pas, sans doute que nous ne mesurons pas ce qui se passe. Pourtant, il s’agit ni plus ni moins que de l’accomplissement de l’œuvre du Christ pour notre salut.

Suit alors cette conversation de Jésus avec les fils de Zébédée, Jacques et Jean qui l’interpellent en lui demandant de faire ce qu’ils voudraient de lui. En fait, ils ne cherchent, justement, qu’à assurer leur salut car quel serait le plus grand bonheur que d’être assis à côté du Seigneur quand nous serons de l’autre côté de la vie, de ce côté de la vie où la vie ne finit pas. Mais Jésus leur dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez ». Mais c’est aussi cela, être disciple de Jésus, c’est d’oser lui demander des choses dont on n’a pas conscience de la gravité, de la valeur où de la difficulté. Oser dans la confiance.

Mais ce que demandent Jacques et Jean, le salut, cela a un prix. Le prix que Jésus lui-même va payer : sa vie ! Et les fils de Zébédée de répondre : nous sommes prêts à le payer ce prix.

Inconscience ? Folie ? En tout cas, une grande confiance et une fidélité courageuse. Confiance dans la promesse de la vie éternelle que fait Jésus, fidélité courageuse d’être prêt à donner sa vie pour suivre le Christ.

Et pourtant, les autres apôtres n’y voient qu’ambition, orgueil peut-être ? Pour qui se prennent-ils ? Et nous alors ? Ils s’indignent ! Eux aussi pourraient avoir des ambitions … et on voit très bien comment les choses pourraient dégénérer. Les uns vantant leurs mérites, les autres, ou les mêmes, essayant de rabaisser ceux qui chercheraient à leur prendre la place. Mais Jésus coupe court à toute discussion, il réunit à nouveau les douze et – comme on le fait à des enfants à qui il faut toujours répéter la même chose – il leur explique ce qui est sans doute une des valeurs fondamentales de l’évangile : le service.

Jésus-Christ est venu pour servir, offrir sa vie pour donner la vie aux hommes. Et pourtant, les hommes ne l’en aimeront pas plus pour autant. Sauf ceux qui vont le suivre, ceux qui seront touchés par la grâce, ceux qui seront éclairés par la Parole, ceux que le Christ aura appelés.

Mais si Jésus prend à part ceux qu’il a appelés pour les enseigner, le Christ les renvoie dans la foule, dans le monde, pour y aller porter le témoignage de sa parole, pour y vivre selon l’évangile, pour y servir.

La semaine qui vient, nous allons vraiment mettre nos pas dans les pas de Jésus. En lisant les textes des matines et des vêpres des jours à venir, on le suit de Betphagé, où on le retrouve le lundi matin vers Béthanie où, samedi, il ressuscitera Lazare. Jour après jour, nous sommes à ses côtés et nous vivons cette montée vers ce miracle, sans doute le plus grand, en tout cas le plus chargé de sens. On comprend que l’Eglise, dans les lectures qu’elle propose, nous prépare à cet événement : la résurrection de Lazare.

Nous pourrons ensuite faire la fête, acclamer « celui qui vient au nom du Seigneur » chanter « hosanna au plus haut des cieux ! » et porter des palmes pour proclamer notre joie et la gloire de Dieu.

Mais bien vite, ce sera la nuit, les ténèbres de la Semaine sainte. Mais dans l’obscurité, pointeront déjà les premières lueurs du jour sans déclin.

Voilà l’expérience qu’il nous sera donné de vivre. Et ce n’est pas seulement une façon de se rappeler des événements « historiques », non, comme les disciples, nous serons en chemin avec Jésus des bords du Jourdain jusqu’à Béthanie pour la résurrection de Lazare, comme les disciples, nous monterons vers Jérusalem. Les autres auront trouvé l’ânon, mais nous nous porterons les palmes. Comme les disciples, nous serons témoins de la trahison, de l’arrestation, nous aurons pris notre dernier repas avec le Seigneur, mais nous le verrons crucifié, nous porterons son corps au tombeau et comme disciples, nous le pleureront avant de nous réjouir de sa résurrection et de voir éclater cette lumière du jour qui n’a pas de fin.

Puisse le Seigneur nous donner la grâce de vivre ces moments, d’être dignes de partager son intimité, d’être à ses côtés. Puisse-t-il nous donner la force de ne pas l’abandonner dans la montée du Golgotha, de ne pas le trahir. Puisse-t-il enfin nous donner la grâce de sa résurrection et la foi suffisante pour en porter témoignage dans ce monde qui est le nôtre.



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