Annonciation et Samedi de Lazare – 2012 - Lc 1, 24-38 – Jn 11, 1-45

Notre voyage de carême est maintenant terminé. Nous l’avons vécu au train des offices tout particuliers : la lecture du Grand Canon, la liturgie des Saints Dons Présanctifiés et au rythme de la prière de Saint Ephrem. Si j’ose cette image, ce train s’est arrêté, juste pour une halte, le temps d’une fête. Une double fête : la résurrection de Lazare puis l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem. Cette année, une fête triple puisque nous célébrons aujourd’hui le samedi de Lazare et l’Annonciation. Et je voudrais partager avec vous quelques réflexions inspirées par cette occurrence.

Nous venons d’entendre deux récits : le premier, de l’évangile de Luc qui raconte la visite de l’ange à Marie et le second, de celui de Jean, qui relate en détails la résurrection de Lazare. Le tropaire de la fête en donne le sens : « pour affermir avant ta Passion la croyance en la commune résurrection ».

Jésus va vivre des moments terribles. Il sait que ses disciples vont avoir peur, vont douter de Lui ; il leur en a déjà parlé, mais ont-ils compris ? Se sont-ils rendu compte de ce qu’il voulait leur dire ? Il veut leur donner un signe : lui, le Christ, est plus fort que la mort. Celui qu’il ressuscite est dans le tombeau depuis trois jours ! Mais il veut aussi donner un signe à tous ceux qui l’entourent, y compris les scribes et les pharisiens qui vont le conduire au calvaire : il est bien le Messie, il est bien le Fils de Dieu et le Royaume de Dieu est bien offert puisque les morts ressuscitent.

Ce royaume, il est donné par Jésus-Christ, le fils de Dieu, le fils de Marie. Une phrase de l’hymnographie de la fête de la Nativité de la Mère de Dieu, le 5e stichère du lucernaire des grandes vêpres dit, en parlant de la Vierge : « Par elle, Dieu s’approprie ce qui par nature lui était étranger » ce que j’ai traduit un jour dans une formule bien plus familière en disant : Jésus-Christ est Dieu par son Père et homme par sa Mère.

L’Annonciation, en effet, c’est en quelque sorte le jour de la conception selon la chair de Jésus. Selon la chair, mais sans l’intervention d’un homme. Et là, j’ai repensé à la Genèse. Il y a, dans la Genèse, deux récits de la création de l’homme : l’un qui dit simplement « homme et femme il le créa » et l’autre, que l’on connaît mieux peut-être, où Dieu prend une côte d’Adam pour façonner sa femme. Ici, c’est d’une femme que le Fils de Dieu va prendre chair. Et Dieu ne va pas le créer, il va l’engendrer, « car rien n’est impossible à Dieu » dit Gabriel à Marie. Dieu est donc non seulement le maître de la mort, mais surtout le maître de la vie.

« Voici que tu concevras, tu enfanteras un fils » dit l’ange à Marie et il ajoute « l’Esprit Saint viendra sur toi ». Jésus va naître de la chair de sa Mère et de l’Esprit de Dieu. Sa nativité va inaugurer une nouvelle ère, un temps nouveau : celui du Royaume. Le Royaume nous a été donné, nous le vivons aujourd’hui dans nos sacrements, dans notre divine liturgie, dans la communion aux saints mystères du Christ.

Un autre signe nous a été donné aussi : la résurrection de Lazare. C’est plus qu’une résurrection, c’est une nouvelle naissance ! Une nouvelle naissance pour l’humanité, plutôt, pour l’homme, l’être humain. Car le signe donné par Jésus en faisant sortir du tombeau son ami Lazare concerne tous les hommes. Nous chantons-nous pas le Christ comme « ami de l’homme » ou qui aime l’homme, faible traduction de человеколюбецъ ?

Et le signe, je le vois très fort dans la manière dont les choses se passent : d’abord, Jésus s’adresse à son Père, ce n’est pas Lui qui va ressusciter Lazare par ses propres pouvoirs, c’est le Père, ce Père qui a envoyé l’Esprit Saint pour la conception de Jésus, c’est lui le Père, par le Fils, qui va rendre la vie à Lazare. Et puis surtout la suite des événements : Jésus n’entre pas dans le tombeau mais il crie d’une voix forte : « Lazare, viens ici, dehors ».

Et Lazare sort de la grotte comme Jésus lui-même est sorti de Marie (car Marie a bien accouché de son Fils, c’est le témoignage que porte l’icône de Noël). Lazare sort de la grotte pour cette nouvelle naissance à la vie en Dieu. Et Jésus qui as assumé notre nature humaine jusqu’à être enveloppé de langes dans la crèche va donner l’ordre d’enlever les bandelettes qui liaient les pieds, les mains et le visage du mort : « Déliez-le ». Les pieds : il ne pouvait marcher, suivre le Seigneur ; les mains, il ne pouvait agir, saluer, embrasser ; le visage, il n’était plus un être humain dans la mort. Mais Lazare, curieux destin diront certains, vient de ressusciter pour mourir une seconde fois. La résurrection de Lazare ne fait que préfigurer ce que l’hymnographe chante comme « l’universelle résurrection ». Pour cela, il faudra que Jésus lui-même meure et ressuscite pour que l’homme qu’il est retrouve la vie en ce Dieu qu’il est aussi. Et ce sont là les moments que nous allons vivre désormais. Car si le train du carême s’est arrêté pour une halte de grande fête et de grande joie, c’est à pied que nous allons devoir poursuivre notre chemin vers le Golgotha mais aussi vers le tombeau vide, non plus celui de Lazare, mais celui de Jésus lui-même, Christ ressuscité qui nous donne la Vie.



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