Dimanche des myrophores – 2012 - Mc 15, 43 – 16, 18

Dimanche dernier, nous évoquions le doute de Thomas. Nous disions, avec l’hymnographe, qu’il était bon que Thomas ait douté pour affermir la foi en la résurrection. Mais nous avons encore en mémoire cette phrase de Jésus : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ». Thomas avait dû voir pour croire. On peut dire, à l’inverse, que ceux que l’on fête aujourd’hui ont vu parce qu’ils ont cru.

Mais  la foi des saintes femmes myrophores, de Joseph et de Nicodème n’a rien à voir avec une croyance. Ce n’est pas comme si vous me disiez : « il a fait vraiment mauvais la semaine dernière » et que je vous réponde : « je n’étais pas là, mais je veux bien vous croire ». Ou bien : le Christ est ressuscité ! Mais oui, après tout ce qu’on a entendu, ce qu’on a lu, on le croit.

Non, la foi des myrophores de Joseph et de Nicodème c’est la fidélité, la confiance, en un mot : l’amour.

Fidélité des femmes qui sont au pied de la croix, qui viendront plus tard pour embaumer le corps de Jésus, fidélité de Nicodème qui était allé trouver Jésus, en cachette, il n’avait pas été convaincu par des arguments, il avait accordé foi aux propos du Christ. Fidélité de ce Joseph d’Arimathie, le noble Joseph comme nous l’avons appelé lors de la mise au tombeau du Vendredi saint. Ce n’est pas n’importe qui, c’est un membre du Conseil, un officiel, un notable. Tout ce qu’on dit de lui, c’est qui attend le Royaume de Dieu. Il va risquer les critiques, les ennuis peut-être avec les autres membres de ce Conseil. Il ose aller trouver Pilate ! Et pourquoi ?
Pour demander le corps de Jésus. Jésus qui était, aux yeux des Juifs, un blasphémateur, un faux prophète, quelqu’un qui devait mourir ! Fidélité. Amour. Profond respect : Joseph va oser tout cela pour offrir une sépulture décente à Jésus. Pour cela, il devra, en quelque sorte, témoigner de sa mort, accepter la démarche de Pilate qui enverra un centurion, et cette affirmation : oui, celui qu’on appelait de Roi des Juifs est bien mort. Il fallait que cette mort soit attestée pour que la résurrection soit probante !

Fidélité, amour, respect de Nicodème. Lui aussi avait pris des risques. Alors que les Pharisiens complotaient contre Jésus, il avait osé leur dire : « Notre Loi condamnerait-elle un homme sans l’avoir entendu et sans savoir ce qu’il fait ? »
Ce qui lui avait valu cette réplique : « Serais-tu de Galilée, toi aussi ? » autrement dit : serais-tu de son côté ? Jésus mort, Nicodème est là.  « Il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès d’environ cent livres ». Avec Joseph, il va donner au corps de Jésus tous les soins que l’on réserve à quelqu’un de proche, à quelqu’un qu’on aime.

Il fallait oser. Il fallait aimer. Oui, c’est ce qui ressort de l’attitude de tous ces personnages qui semblent sortir de l’ombre au moment le plus dramatique : ils aiment. Parce qu’il fallait aimer pour vouloir ensevelir celui qu’on venait de voir supplicier, il fallait aimer pour vouloir embaumer son corps. Il fallait aimer de cet amour qui permet de dépasser les peurs.
Oser, aimer, aller dans la confiance. Les femmes qui vont vers le tombeau se posent une question : « qui nous roulera la pierre ? » car le tombeau est fermé par un gros bloc de rocher qu’elles n’auraient pu déplacer elles-mêmes. Elles se posent la question mais elles avancent, en confiance.

Et là, elles seront les premières à être témoins de la résurrection. Elles ont vu le tombeau vide, ce jeune homme qui leur dit que le Christ est ressuscité. Certes, elles ont peur, ça les dépasse, mais pour elles, il n’y a pas l’ombre d’un doute : Il est vivant !

Pour nous, les myrophores, Joseph et Nicodème sont comme des exemples, des modèles. Ils nous apprennent que, vraiment, l’engagement au Christ est uniquement une affaire de foi et de piété. Qu’il soit le résultat d’une reconnaissance pour une grâce, la réponse à un appel, l’écho d’une parole, l’imitation d’un exemple, l’engagement au Christ n’est vrai que s’il est vécu dans la foi et la prière.
Ensuite, que cet engagement se vit dans la confiance, la confiance en Dieu, dans l’abandon de soi. A la place des myrophores, sans doute aurions-nous demandé à l’un ou l’autre voisin, à l’un ou l’autre homme fort, de nous accompagner. Non, elles, elles vont en confiance.

Il nous arrive parfois de nous trouver devant une tâche, une chose à laquelle notre engagement de chrétien nous appelle, et de ressentir une grande impuissance : comment pourrai-je faire cela, moi, avec mes faibles forces et mes pauvres moyens ?
Confiance : si Dieu m’appelle à quelque chose, il m’en donnera aussi la force, et les moyens, les mots s’il faut parler, les gestes qui conviennent … Mais, trop souvent, ça rate, parce que nous ne faisons confiance qu’à nous-mêmes !

Mais il est vrai aussi qu’il nous arrive, comme les myrophores après leur rencontre avec l’ange, gardien du tombeau vide, d’avoir peur. D’être pris d’une grande frayeur, et de rester muet, de vouloir peut-être faire demi-tour, prendre un autre chemin : quand on mesure la grandeur du don et de la puissance de Dieu, on ne peut être qu’écrasé.

Pourtant, c’est là que se trouvera notre force. Comme plus tard, les femmes iront dire aux apôtres : il est vivant ! Nous aussi, nous pourrons le clamer mais surtout prendre conscience de ce que ces mots représentent pour notre vie : « Christ est ressuscité ! »



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