Dimanche de la Samaritaine 2012 - Saint Jacques, frère de St Jean - Jn 4, 5-42 – Lc 5, 1-11

Nous venons d’entendre deux extraits d’évangile. Le premier raconte l’appel des premiers disciples, dont Jacques, fils de Zébédée et frère de Jean ; l’apôtre Jacques dont nous célébrons aujourd’hui la fête. Le second est l’évangile du dimanche, celui de la Samaritaine. Deux textes riches en enseignement spirituel et dont on pourrait parler pendant des heures. Je vais donc essayer d’en retenir quelques idées qui me paraissent essentielles. Même une seule, peut-être, les deux récits rapportent un même événement : la rencontre avec Jésus.

Dans le premier extrait de l’évangile que nous avons entendu, saint Luc raconte la rencontre de Jésus avec des pêcheurs, sur les bords du lac de Génésareth. Ils nettoient leurs filets. Il monte dans le bateau de Simon, lui demande de s’éloigner un peu et, de là, il enseigne la foule. Puis il dit à Simon « pousse au large » et jette les filets. A quoi bon ? Ils en reviennent et ils n’ont rien pris. Mais « sur ta parole », dit Simon … et c’est la pêche miraculeuse. Simon – Pierre – devient pêcheur d’hommes, Jacques et Jean, les fils de Zébédée qui ont tout vu, abandonnent tout pour suivre Jésus.

Le deuxième passage, extrait de l’évangile de Jean, évoque la rencontre avec la Samaritaine. Ici, on n’est pas au bord de la mer, mais près du puits. La Samaritaine vient chercher de l’eau. Un geste aussi banal que celui des pêcheurs qui nettoient leurs filets. Jésus lui parle, il l’enseigne. Et c’est elle, qui, après, ira ameuter la foule.

La Samaritaine laisse sa cruche et court à la ville annoncer : ne serait-ce pas le Christ ? Elle laisse sa cruche, elle s’éloigne du puits, comme Pierre a dû s’éloigner du rivage, « pousser au large ». Tous deux s’éloignent ainsi de ce qui était leur occupation habituelle, quotidienne sans doute.

C’est précisément ces gestes des pêcheurs, de Simon-Pierre, de Jacques et de Jean ou de la Samaritaine que Jésus va utiliser pour commencer son enseignement, pour mener ses interlocuteurs à une autre réalité. La Samaritaine vient  puiser de l’eau, il lui parle de l’eau vive, « celui qui en boit n’aura plus jamais soif », Jésus est la source de la vie. Les pêcheurs vont jeter leurs filets, la pêche est abondante mais, désormais, ce sont des hommes qu’ils seront chargés de prendre. Dans notre rencontre avec Jésus, il y a souvent un besoin, un élément matériel de notre vie de tous les jours qui sert de point d’accroche, de point de départ à une réflexion, à un dialogue dans lequel le matériel va conduire au spirituel.

Il y a donc les pêcheurs, la Samaritaine, mais il y a aussi la foule. Celle que Jésus enseigne sur les bords du lacs, ceux qui viendront au puits à l’appel de la Samaritaine. A Génésareth, Pierre, Jacques et Jean vont suivre Jésus. Que va faire la foule ? Que vont faire tous ces gens qui étaient venus pour écouter Jésus ? Peut-être sont-ils retournés chez eux, sans doute en se disant que – s’ils en ont encore l’occasion – ils essaieront d’aller encore écouter ce Jésus qui parle si bien, et qui guérit les malades et dont on dira aussi qu’il nourrit les gens quand ils sont perdus dans des coins isolés. Pourtant, ils ont entendu le Christ, « en direct » pourrait-on dire. Ce n’est pas comme ces gens de Samarie qui, après avoir entendu Jésus, dirent à la femme qui était allée les chercher « ce n’est plus sur ta parole que nous croyons maintenant, car nous l’avons entendu par nous-mêmes ». Reste la valeur, l’importance même du témoignage de la Samaritaine qui a attiré à Jésus tous ces gens de la ville.

En entendant ces deux récits, on peut – comme souvent d’ailleurs – se poser cette toujours même question : où serions-nous ? Parmi les pêcheurs ou parmi la foule ? Comment aurions-nous réagi au témoignage de la Samaritaine ? Parce que, c’est vrai, aujourd’hui, dans l’église du Christ ; aujourd’hui, comme d’ailleurs au travers des siècles, on retrouve sans cesse les mêmes situations.

Il y a la foule. Tous ceux qui viennent écouter la liturgie, les chants, les prières. Ils viennent prendre un moment de calme, de méditation, de recueillement. Et c’est très bien d’ailleurs, on ne va pas les blâmer. Mais ils restent sur le rivage, s’ils sont venus au puits, peut-être en auront-ils profité, simplement, pour prendre de l’eau. Ils viennent à l’église comme la foule venait vers Jésus : pour entendre sa parole ou pour faire guérir les malades, comme aujourd’hui on vient pour baptiser son enfant, enterrer un parent ou demander une  prière pour obtenir quelque chose que l’on voudrait. Pour le reste, leur vie ne change pas fondamentalement, profondément.

Si nous sommes vrais, aucune rencontre avec Jésus ne reste sans suite : il y a une guérison, il y a un don, il y a un appel, il y a une parole … et puis, il y a notre réponse, notre accueil du don et de la grâce.

C’est que, notre vie de chrétiens, notre vie en Christ, ne peut se limiter à des rituels. Le Christ n’a pas posé les règles d’une nouvelle religion. J’aime beaucoup cette phrase du père Serge Boulgakov qui dit « L’Église du Christ n’est pas une institution, elle est la vie nouvelle avec et dans le Christ, mue par le Saint-Esprit ».

Ainsi, notre vie, notre engagement de chrétien, notre réponse à l’appel de Jésus pose la nécessité d’un effort de tous les jours pour unir notre volonté à celle du Père, pour laisser l’Esprit Saint éclairer et guider notre vie, notre vie en Jésus, le Christ ressuscité. XB !



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