Dimanche de l’aveugle né – 2012 - Jn 9, 1-38

Quand Jésus rencontre, en passant, un aveugle de naissance, ses disciples lui demandent : « quels péchés ont donc commis ses parents pour qu’il soit ainsi ? ». C’est une réaction tout humaine, on dirait : normale. Ne nous arrive-t-il pas d’entendre dire : « qu’ai-je fait au bon Dieu pour mériter ça ? ». Comme si la justice divine appliquait des sentences immédiates, des punitions corporelles, en quelque sorte.

Mais le Seigneur répond : ni lui, ni ses parents. C’est pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. Il ne faut pas s’y tromper non plus : Dieu ne va pas estropier les hommes pour pouvoir les guérir après et ainsi manifester sa puissance ! Quel Dieu serait-ce donc là ?  Pas le nôtre, en tout cas.

Et c’est bien un autre discours que tient le Christ. Il dit : je suis la lumière du monde, je suis là pour vous éclairer. Dans le contexte, on peut même dire : pour vous ouvrir les yeux.

Et c’est ce qu’il va faire.
 
Il n’avait qu’à dire une parole, mais non, il prend de la poussière, en fait de la boue avec sa salive, l’applique sur les yeux de l’infirme et lui dit : va te laver à la piscine de Siloë. La piscine de Siloë était située à l’intérieur des murs de Jérusalem.

La poussière, la terre : l’élément dont la Genèse nous dit que Dieu s’en est servi pour faire l’homme. L’élément le plus symbolique pour désigner les choses de la nature, du monde matériel.

Ensuite, l’action de Dieu : le Seigneur mélange sa salive avec la terre pour en faire de la boue comme le Dieu des premiers jours avait soufflé sur la glaise pour donner à l’homme la vie.

Et puis, l’action de l’homme, il doit, lui aussi faire sa part de démarche. Mais c’est alors un homme qui, une fois guéri, sera méconnaissable pour certains de ses proches. Il ne reconnaîtra pas nécessairement celui qui l’a guéri. Il faudra que Jésus se désigne lui-même comme le Seigneur, le Fils de l’homme pour que le miraculé se prosterne devant lui.

Pour ce qui est des choses de Dieu, de ce que nous appelons le spirituel, nous sommes tous des aveugles nés.
 
Et comme celui de l’Evangile, nous mendions : aux prêtres, aux moines, à nos parents ou à nos proches parfois, nous mendions un peu de savoir, un peu d’expérience. De quoi - si pas nous ouvrir un peu les yeux - du moins nous ouvrir le cœur, nous éclairer l’esprit. Les rendre disponibles, prêts, pour ce moment, cet instant où, en passant, en passant dans notre vie, le Christ va s’arrêter et de cette poussière, de ces grains de vie que d’autres hommes, d’autres femmes, d’autres gens de ce monde nous ont légués, en y intégrant sa grâce, il va faire l’onguent, le remède qui va, enfin, nous ouvrir réellement les yeux.
 
Et là, c’est à nous de jouer, c’est à nous d’agir : d’aller là où nous pourrons être guéris, vers notre piscine de Siloë, non plus dans les murs de Jérusalem, mais toujours dans un lieu de ce monde où trouver la force et le réconfort : image de notre Eglise, image de notre baptême et son eau vivifiante.

Mais, dans le texte de saint Jean, la place occupée par ce miracle est, finalement très petite. On parle un peu de Jésus au début – lorsqu’il guérit – et à la fin – lorsqu’il se fait connaître – et pour le reste, la plus grande partie de son récit  relate cette longue discussion avec les Pharisiens.
 
Quel contraste entre ces docteurs de la loi, ces savants de l’écriture, ces champions de la vie religieuse qui restent enfermés dans leurs certitudes, leurs affirmations, en un mot, leur aveuglement et cet homme qui vient de recouvrer la vue, qui vient d’être guéri …

On a ici un dialogue où l’on rencontre tour à tour l’incompréhension, l’incrédulité, la peur et, finalement, le témoignage : l’homme qui a été guéri parle. Sans assurance. Sans tout connaître, presque même sans rien savoir, si ce n’est qu’il a croisé quelqu’un qui l’a sorti de sa nuit. Un témoignage qui l’amène d’ailleurs à l’exclusion, et ... à une nouvelle rencontre avec Jésus qu’il finira donc par reconnaître comme Seigneur et Fils de l’homme. Quel cheminement ! Une fois que les yeux s’ouvrent, c’est là que tout commence.

Et bien plus encore.

Si on lit les versets qui suivent ceux que l’Eglise nous proposait de méditer aujourd’hui, on a la réponse à cette question : qui sont les vrais aveugles ?

Car le dialogue se poursuit mais cette fois entre Jésus et les Pharisiens. Jésus leur dit : « c’est pour un jugement que je suis venu dans le monde ».
 
Le voilà le vrai jugement de Dieu ce n’est pas celui auquel pensaient les disciples : « quel péché ont commis ses parents ? » ou ceux qui disent « qu’ai-je fait au bon Dieu ? ».

Mais quel est-il alors ? « Pour que ceux qui ne voyaient pas voient et que ceux qui voyaient deviennent aveugles ». On vous dirait ça aujourd’hui, on avouerait sans doute : je ne vois pas bien où vous voulez en venir. Les Pharisiens non plus. Alors, ils risquent : « Est-ce que, par hasard, nous serions des aveugles, nous aussi ? » Et Jésus de répondre : « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché. Mais à présent vous dites : « nous voyons » : votre péché demeure ».

Et voilà, en quelque sorte, la responsabilité de celui à qui on a ouvert les yeux : il a vu, il sait. Il connaît le chemin. Certes, il peut encore trébucher, se tromper, mais s’il choisit une autre voie, il ne pourra pas dire : « je ne savais pas ». Et s’il persiste, il ne verra plus la vraie voie, il deviendra donc comme aveugle à la vraie lumière.

Dieu est bonté, beauté, amour. Face à cet absolu, on ne peut que se sentir petit, pécheur. Le jugement est en quelque sorte automatique : on ne soutient pas la comparaison.

Mais Dieu s’est donné à voir, à nos yeux. Les disciples en témoignent, les icônes en portent aussi témoignage. Cette bonté, cette beauté, cet amour, c’est notre chemin. Sur ce chemin, il est notre lumière, notre compagnon de route.

Et même si le Fils n’est plus parmi nous pour nous guider de sa voix, le Père nous a envoyé l’Esprit. Qu’il nous réconforte et nous dirige dans la lumière du Christ ressuscité.



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