Ascension – 2012

Dans le Pentecostaire, ce livre liturgique qui reprend tous les éléments de l’hymnographie des offices pour la période qui va de Pâques à la Pentecôte, mardi soir, à vêpres, cette indication : clôture de la fête de Pâques. Je n’ai pu m’empêcher de penser : déjà ! J’ai eu l’impression que tout cela avait passé bien vite, que je n’avais pas profité – plutôt, tiré le meilleur parti spirituel – de ce temps tout particulier où on ne cesse de chanter que le Christ est ressuscité des morts, que par sa mort il a triomphé de la mort et qu’il nous donne la vie ; ce temps durant lequel on ne se dit pas simplement bonjour mais qu’on affirme et confirme la résurrection …

Je me suis dit – mais ce n’est peut-être que mon imagination – que les disciples ont dû connaître cet état d’esprit. Plus fort encore : ils avaient connu le Seigneur, ils avaient partagé ses déplacement, été témoins de ses miracles, pour certains, ils avaient vu sa gloire sur le Mont Thabor. Ils avaient souffert, douté, renié même, alors que Jésus vivait sa passion. Et puis ils l’avaient vu, Christ ressuscité. Oh ! Là aussi, il avait fallu du temps : ils n’avaient pas cru les femmes, ils ne l’avaient pas reconnu quand il cheminait avec eux. Mais, finalement, il avait été là, partageant avec eux le pain, le poisson ou un rayon de miel. Il leur avait donné ses dernières instructions, son dernier enseignement, il leur a ouvert l’esprit, on pourrait même dire qu’il les a ouverts à l’Esprit, ouvert leur cœur à recevoir l’Esprit Saint. Et puis, il est parti.

« C’est votre avantage que je m’en aille – avait dit le Christ à ses disciples –  en effet, si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas à vous ; si, au contraire, je pars, je vous l’enverrai».  « Le séjour corporel du Christ parmi nous a pris fin, les actes de l'Esprit commencent ». La phrase est de saint Grégoire de Naziance. Elle nous place dans la réalité des choses : Dieu est intervenu directement, personnellement, dans la vie des hommes : son Fils s’est incarné. Il a vécu sur notre terre, dans notre temps. Et notre temps, maintenant, est devenu le Sien. Le temps de l’Esprit. Comme il l’avait promis à ses disciples juste avant des les quitter, il a envoyé le Paraclet, Esprit consolateur, Esprit de vérité. Et nous, maintenant, je veux dire dès ce jour de l’Ascension et jusqu’à celui de la Pentecôte, nous vivrons à nouveau cette attente de l’Esprit Saint.

Parce que, si nous voulons évoluer spirituellement, approfondir notre foi, nous devons sans cesse revivre ces moments, éprouver ces sentiments, parfois même, ces émotions. Comme celle de sentir un nouveau déchirement en voyant le Christ s’élever au ciel. On nous l’avait pris sur la croix, il était sorti vivant du tombeau et maintenant, il nous quittait, jusqu’à ce jour que nul ne connaît, cette heure que personne ne sait. Il nous quitte mais il ne nous abandonne pas. La présence de Dieu, pour nous, ne se manifeste plus par son Fils incarné, mais par l’Esprit qui nous est donné.

« Seigneur, lorsque tes apôtres t’ont vu élevé au-dessus des nuées, le cœur rempli de larmes et de chagrin, ô Christ, source de vie, ils te dirent en pleurant : ‘Maître, ne laisse pas orphelins les serviteurs que tu aimas d’un tendre amour, mais comme tu nous l’a promis, envoie sur nous ton saint Esprit pour qu’il fasse briller sur nos âmes la clarté ». Voilà ce que nous avons chanté hier soir, aux vêpres, nous identifiant ainsi, en quelque sorte, aux apôtres eux-mêmes.

« Homme de Galilée, pourquoi restez-vous ainsi à regarder le ciel ? » disaient les deux hommes vêtus de blanc lorsqu’ils apparurent à Béthanie. Ne soyons pas tristes. Comme les disciples, soyons en grande joie et restons dans l’Église louant et bénissant Dieu. Car ce qui nous sera donné, c’est l’Esprit qui fera que le Christ pourra vivre en nous et nous en Lui. Non pas donné, mais revivifié. Car la grâce, nous l’avons reçue par le baptême, l’Esprit, nous l’avons reçu par le Saint Chrême. « Sceau du don de l’Esprit Saint » dit le prêtre en faisant l’onction. Mais ce qui nous a été donné à ce moment, ce n’était que comme un germe, une semence, que nous devions, que nous devons maintenant encore, faire grandir, fortifier avant de pouvoir le faire fructifier.



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