Saints Pères – 2012 - Jn 17, 1-13

« Pour qu’ils aient en eux-mêmes ma joie en sa plénitude ». La joie dont parle Jésus n’a rien à voir avec ces moments de liesse ou de bonheur que nous pouvons connaître – et que je vous souhaite – dans la vie de tous les jours.

Qu’un événement heureux se produise, une fête, un cadeau que l’on reçoit, un plaisir qu’on vous fait et on est content. On se sent heureux. C’est parfois aussi une ambiance, le chant d’un oiseau, une musique, un paysage, quelque chose de beau … et c’est comme si on se sentait vibrer à une musique intérieure …

Ce sont ces petits moments de bonheur que l’on peut glaner le long des jours et qui peuvent vous rendre la vie si douce et si belle.

Peut-être, à ces moments-là, pouvons-nous goûter déjà de cette joie profonde qui n’a rien à voir avec les rires gras des soirées trop arrosées ou de la soi-disant allégresse que l’on trouverait dans des verres à vodka. Non, cette joie profonde et simple qui semble ouvrir l’âme et le cœur sur une autre dimension, un autre monde, une autre réalité.

La joie dont parle Jésus est de cette dimension là, de cette réalité. Une réalité spirituelle qui, bien sûr, nous dépasse et est, pour le tout, incompréhensible pour nous, mais dont il nous est donné de faire l’expérience, il nous est donné de la vivre. Un peu comme un chercheur d’or qui découvre une pépite mais qui n’a pas conscience du filon, comme un archéologue qui découvre une pièce sans avoir conscience du trésor.

La joie dont parle Jésus, c’est la joie de Dieu. Celle que l’on peut éprouver dans les moments de prière, au cours d’un office et surtout d’une liturgie, lorsqu’on a l’impression que le corps est léger, le cœur ouvert, qu’on n’est plus là mais que l’on sent en soit une grande paix, une grande quiétude.

La joie de Dieu, c’est le Seigneur qui vous touche le cœur et le fait vibrer d’une mélodie qu’on n’a jamais entendue, comme les cordes d’un instrument qui serait joué par les anges et qui peut parfois faire couler les larmes.

La joie de Dieu, c’est ce feu qui éclaire et réchauffe. Comme ce sentiment des disciples sur le chemin d’Emmaüs : ils rencontrent Jésus ressuscité mais ne le reconnaissent pas, ce n’est qu’après qu’ils se demandent comment ils ont pu ne pas le reconnaître, ils se disent : « Notre cœur ne brûlait-il pas en nous tandis qu’il nous parlait en chemin et nous expliquait les Ecritures ? »

La joie de Dieu, c’est la joie dans sa plénitude, celle qui ne s’éteint jamais, celle que Séraphin de Sarov voyait jusque dans les yeux des fidèles et des pèlerins qui venaient vers lui et qu’il accueillait en disant « radost moya », « ma joie ».

La joie de Dieu, c’est celle que l’on connaît dans ces moments de communion intense avec le Seigneur, ces moments où l’on sent la présence de Dieu, ces moments où l’Esprit plane sur notre assemblée de prière, où l’on croit entendre son souffle.

Vous me direz : vous prêchez la joie alors que d’autres nous parlent de jeune, d’ascèse, de faire des efforts … Oui.

Etes-vous déjà monté au somment d’une montagne ? Pas besoin d’aller vraiment au sommet, d’ailleurs, pour goûter cette impression toute particulière de calme, de sérénité, de grandeur aussi. On est déjà un peu plus près du ciel … Mais pour y arriver, pour pouvoir goûter cela, ressentir ces impressions, qu’est-ce qu’il a fallu grimper ! Et suer ! S’arracher à la vallée, à la terrasse du bistrot où on était bien tranquille, à la télé, au match de foot, au fauteuil et à ses pantoufles …

Ce n’est pas en restant dans son monde que l’archéologue découvrira les premiers éléments du trésor. Ce n’est pas en restant enfermé dans son salon que le chercheur d’or trouvera la pépite. Ce n’est pas en restant enfermé dans ses pensées que l’homme découvrira toute la richesse de la grâce de Dieu. Ce n’est pas en se contentant de ses petits moments de plaisirs qu’il fera l’expérience de la joie que Dieu donne.

Mais pour cela, oui, il faut se secouer, il faut  accepter de quitter la vallée, d’entreprendre l’escalade. C’est cela le chemin spirituel, le chemin vers Dieu, celui qui élève l’homme, qui en fait autre chose qu’un animal un peu plus évolué que les autres, qui en fait un être de chair et d’esprit.

Le chemin spirituel, le chemin vers Dieu n’est pas facile. A chaque étape, on doit reprendre sa besace. Lutter contre sa paresse, lutter contre sa dissipation : on se laisse entraîner sur des sentiers, des chemins de traverses qui ne mènent nulle part comme on se prend à se laisser aller, oisif, sans goût, sans énergie.

Le chemin est difficile, mais au bout, il y a cette joie, cette joie que Dieu donne à profusion, en plénitude, cette joie à la fois forte et paisible, cette joie qui nous est déjà donnée, aujourd’hui, en ces petits moments de grâce, au cœur de la prière ou bien au creux des jours.

Parce que la joie du Seigneur c’est la joie de la résurrection, la joie de la vraie vie, la vraie joie.



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