Dimanche de l'Orthodoxie 2012 - Bénédiction des grandes icônes à Banneux - Jn 1, 43-51

Dans notre calendrier liturgique, il est des dimanches qui portent un nom, celui de l’Évangile qui est lu à la Divine Liturgie. Pour notre préparation au Grand Carême, nous avons eu le dimanche de Zachée, du Pharisien et du Publicain, du Fils prodigue, etc. Il y aura le dimanche du paralytique, de l’aveugle-né … il y a le dimanche de la Samaritaine ou de la Cananéenne.

Les dimanches du Grand Carême sont généralement désignés, eux, par le nom d’un saint que l’on commémore ou, comme aujourd’hui, premier dimanche du carême, par un événement auquel on a donné l’appellation de « triomphe de l’orthodoxie ».
J’y reviendrai.

Mais pour bien appréhender l’extrait de l’Évangile de Jean que nous venons d’entendre, il faut se rappeler que ce temps de carême était, dans l’église primitive, un temps de préparation des catéchumènes pour le baptême qu’ils allaient recevoir le jour de Pâques. Ici, c’est un peu comme si on leur disait : vous allez voir, vous allez vivre de grandes choses !

Mais aujourd’hui, c’est à nous que le message est adressé. Le Christ nous dit, comme à Philippe : « Suis-moi ». Jésus ne dit pas « veux-tu me suivre » ou encore : « ça te dirait de venir avec moi ? » Non, il lui dit suis-moi. Ce n’est pas un ordre, mais c’est une ferme invitation. Et Philippe le suit. La première chose qu’il fait, c’est de porter témoignage. Quand il rencontre Nathanaël, il lui dit : « celui dont on annonçait la venue, nous l’avons trouvé ». Mais Nathanaël doute un peu. Il faudra qu’il fasse lui-même l’expérience de cette rencontre personnelle avec Jésus, quand Jésus va s’adresser à lui et à lui seul, pour croire. Il aura fallu aussi que Philippe lui dise cette petite phrase : « Viens et vois ».

A nous aussi, le Christ ne cesse de dire : « Suis-moi ». Mais nous avons toujours une « bonne raison » de rester en arrière, de garder jalousement un peu de notre vie. Nous nous engageons, mais  en fonction de notre emploi du temps, de ce que nous appelons « notre vie ». Nous disons si souvent : « que ta volonté soit faite » mais aussitôt, pour l’une ou l’autre chose, on se presse de s’en occuper soi-même.

Et pourtant, sur le petit bout de chemin que nous pouvons faire dans les pas de Jésus, nous aussi  nous sommes appelés à porter témoignage, le témoignage de ce que nous vivons, le témoignage de notre foi. « Viens et vois ».

Mais notre témoignage, s’il peut faire réfléchir, ne pourra sans doute que rarement convaincre. Et ce n’est d’ailleurs pas son but. Il faudra que celui qui entend notre témoignage puisse à son tour faire l’expérience de cette rencontre bouleversante, cette rencontre qui fait que votre vie n’est plus la même, cette rencontre qui est la vraie conversion, cette rencontre personnelle avec Jésus-Christ.

Modestement, cette chapelle se veut un témoignage. Sans prosélytisme. C’est comme une présence, une union de prière, même si on ne peut pas être pleinement uni dans la communion eucharistique.

Il faut dire que, souvent, des gens se sont convertis à Dieu, non parce que quelqu’un s’est montré capable de leur fournir de brillantes explications mais parce qu’ils ont vu cette lumière, cette joie, cette profondeur, ce sérieux, cet amour qui, seuls, révèlent la présence et la puissance de Dieu dans le monde, écrivait le père Schmemann.  

Le « triomphe de l’orthodoxie » que nous célébrons aujourd’hui, n’a rien à voir avec une sorte d’autosatisfaction, moins encore avec un décompte de fidèles qui serait à son avantage. Ce que nous commémorons, c’est un événement historique. C’est, en effet, le premier dimanche de carême 843 que l’on a restauré la vénération des icônes à Constantinople. C’était la fin d’une longue et violente querelle, la fin d’une hérésie, celle des iconoclastes.

La question fondamentale était : peut-on représenter Dieu sous une forme humaine ? Pour les Juifs et l’Ancien Testament, la réponse est clairement non. Pour les iconoclastes aussi. Que s’était-il passé, qu’y avait-il eu de nouveau pour qu’on puisse penser que c’était maintenant possible ? L’incarnation. Le Fils de Dieu fait homme. Le Christ avait en quelque sorte donné un visage à Dieu et sa représentation fait partie de ce mystère de l’incarnation du Verbe. Mais, on le sait, pour les orthodoxes, l’icône n’est pas simplement représentation, mais présence. Elle n’est pas illustration, mais révélation.

Plus encore ! Saint Théodose l’Érmite disait que, dans leur tâche, le prêtre et le peintre d’icônes ont beaucoup de points communs : «  l’un consacre le Corps et le Sang du Seigneur et l’autre le représente » disait-il. Comme le prêtre, le peintre doit, dans son art, nous mettre devant la réalité, la réalité spirituelle, en laissant à chacun la liberté de réagir dans la mesure de ses moyens, suivant son caractère et parfois aussi selon les circonstances.

En défendant les images, ce n’est donc pas leur rôle didactique, ni leur côté esthétique que défendait l'Église orthodoxe, c’est la base même de la foi chrétienne : le dogme de l’Incarnation du Fils de Dieu. En effet, l’icône de notre Seigneur est à la fois un témoignage de son Incarnation et celui de notre confession de sa divinité.

Leonid Ouspensky, grand iconographe du 20e siècle, remarquait que la tradition dans l’art liturgique, comme dans l'Église elle-même, se base sur deux réalités : un fait historique d’une part, et la révélation d’autre part. C’est ainsi que l’image d’une fête ou d’un saint reproduit le plus fidèlement possible la réalité historique mais aussi nous ramène à son prototype, son sens spirituel, sans quoi elle n’est pas une icône.

De là, le pouvoir des images d’opérer des miracles, car – et cette fois, c’est saint Jean Damascène qui parle –  « les saints, au cours de leur vie, étaient remplis du Saint-Esprit. Après leur mort également, la grâce du Saint-Esprit demeure perpétuellement dans leurs âmes, dans leurs corps ensevelis, dans leur aspect et dans leurs saintes images ».

Quel jour était plus indiqué pour bénir ces icônes ? Prochainement, elles seront retournées pour être visibles de l’extérieur. D’une certaine façon, elles ne nous appartiendront plus, elles seront comme des flambeaux qui illuminent le monde alentour. On ne regarde jamais impunément une icône. On peut être ému, touché, interpellé. Révulsé, peut-être … rarement indifférent.

Elles seront des témoignages, une catéchèse pour certains, une consolation pour d’autres. Puissent-elles être des instruments de la grâce de Dieu. Car c’est cela tout le mystère de l’icône. Et c’est tout cela que nous confions au Seigneur et d’une manière particulière à sa Sainte Mère, pour la gloire de Dieu et le salut du monde.



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