1er dimanche après Pentecôte 2012 (TOUS LES SAINTS) He XI, 33-XII, 2 - Mt X, 32-33, 37-38, XIX, 27-30

Le premier dimanche après Pâque, l’Eglise nous invitait à méditer sur l’attitude de l’apôtre Thomas. Thomas et ses doutes. Thomas et son incrédulité. Une façon, au lendemain de la fête de la résurrection, de nous ramener immédiatement à notre niveau, à nos propres limites, à notre propre manque de foi.

Aujourd’hui, premier dimanche après la Pentecôte, l’Eglise fête tous les saints. Une manière de célébrer le principal don de l’Esprit, fruit de la grâce et de s’interroger aussi sur ce qu’est la sainteté.

Et le rapprochement entre les deux dimanches en donne les deux fondements : l’attitude de l’homme et le don de Dieu.

D’une certaine façon, l’épître d’aujourd’hui nous donne des exemples : les saints, ce sont des gens qui, par leur foi ont réussi des prodiges ou, pour leur foi ont souffert le martyre.

 
L’Eglise aussi nous donne des exemples. Même des exemples nominatifs. Il suffit d’ouvrir le calendrier, parcourir le Ménée ou regarder nos icônes. Pour chacun : une vie, un témoignage.

Bien sûr, le témoignage sanglant n’est plus vraiment d’actualité. Certes, il y a encore, à travers le monde, des gens qui souffrent et meurent à cause de leur foi, mais pour la plupart, il s’agit de le porter autrement ce témoignage, et ce n’est pas sans renoncement, sans difficulté, sans souffrance d’un autre ordre.

Et puis,  les exemples qui nous sont donnés ne sont pas pour autant des modèles à imiter, à copier. Parce que l’expérience de la foi, la vie spirituelle de chacun est unique. Comme sa personnalité est unique. Comme aussi la grâce qui lui est donnée.

Et puis les temps changent, les circonstances, le lieu, les besoins parfois. Chacun de nous, finalement, a sa propre sainteté, par la grâce de Dieu.

Vous me direz : de quoi parle-t-on maintenant ? De nous ? Nous, des saints ? Oui. Comme saint Paul appelait « saints » tous les croyants. Mais, ne nous emballons pas !
 
Lorsque le prêtre s’exclame - avant la communion « Les choses saintes aux saints » que répondons-nous ? « Un seul est saint, un seul est Seigneur, Jésus Christ ... »

Jésus Christ vers qui tout converge, en qui tout est ramené. Jésus-Christ par qui nous sont transmis la grâce et l’Esprit-Saint, cet Esprit qui – seul – nous donne de pouvoir devenir des saints, c’est-à-dire, des enfants de Dieu.

C’est d’ailleurs un des enseignements de l’épître de Paul aux Hébreux. Je disais qu’il donnait des exemples de saints. En fait, les exemples qu’il donne sont des figures de l’Ancien Testament. C’est pour ça que saint Paul déclare  qu’ils « ne bénéficièrent pas de la promesse ». La promesse, c’est la venue du Messie. La promesse réalisée c’est Jésus Christ qui a envoyé l’Esprit.

L’Esprit qui, avant cela, avant la Pentecôte, parlait par les prophètes, se manifestait dans la nuée, sous forme d’une colombe, l’Esprit est maintenant donné directement aux hommes. Aux hommes à qui il revient maintenant de l’accueillir. C’est sans doute ce qui a fait dire à saint Séraphin que « Le but de la vie chrétienne, c’est l’acquisition de l’Esprit saint ». Qui nous est donné par Jésus Christ.

Mais, nous aurions beau trouver un ermitage au fond de la forêt d’Ardenne et nous y enfermer comme le reclus de Sarov, ce n’est pas pour autant que nous pourrions atteindre un niveau de sainteté. Au contraire : si nous faisons de la réussite de notre entreprise le but premier, nous nous trompons totalement.

On le sait, la prière, le carême, les offices ne sont pas, en soi, des outils de sanctification. La sainteté ne se calcule pas en « bons » et « mauvais » points selon nos actes et nos actions. La prière, le carême, les offices sont des moyens d’ouvrir notre cœur à Dieu, de rendre notre âme disponible, je dirais « accueillante » à la grâce qui nous est donnée.

Mais c’est là que commencent les vraies exigences. Plus : l’exigence fondamentale. Celle qu’exprime Notre Seigneur lui-même dans l’Evangile et qui postule comme voie du salut l’adhésion au Christ. Une adhésion totale. Et comme pour souligner l’importance de cela, Jésus a des paroles très dures, des paroles que l’on a peine à comprendre.

Mais lorsqu’il dit : « celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi », ses paroles ne remettent pas en cause le commandement de respect des parents. Ni celui d’aimer son prochain – et y a-t-il plus proche qu’un père ou une mère, un fils ou une fille – comme soi-même ? Seulement, il y a le lien spirituel et le lien du sang. L’amour naturel, humain et l’amour dans l’Esprit.

Mais il est vrai aussi que lorsqu’on s’en remet totalement à Dieu, lorsqu’on lie sa vie au Christ, les réactions de ceux qui nous sont proches peuvent aller de l’incompréhension au rejet, en passant par le sarcasme et la dérision. Que des amis d’hier peuvent vous laisser tomber. Que vos propres enfants ou vos propres parents peuvent se détourner de vous. Et ça, c’est un peu notre martyre.

C’est moins spectaculaire que les chaînes ou le fouet, le goulag ou les fusils ; ça n’en fait pas nécessairement moins mal. Notre désert, ce n’est plus l’Egypte, le Sinaï ou Sarov, notre désert, ce sont les villes, parfois même nos maisons ou nos appartements.

Mais pour tous, pour tous les saints comme pour nous, l’enjeu et le chemin restent le même : celui de suivre Jésus Christ. Et c’est là que l’exemple de tous ceux que nous commémorons aujourd’hui nous instruit, nous pousse en nous encourageant et nous obtient des grâces.

Au départ, ils étaient des gens comme nous. Comme nous, ils sont tombés. Comme nous, ils ont dû se relever. Car l’essentiel est de collaborer avec la grâce qui nous est donnée pour vivre en Christ en restant fidèles à l’Esprit envoyé du Père par le Fils.



Site web réalisé par Arnaud Simonis