2e dimanche après Pentecôte - 2012 - Mt 4, 18-23 – Mt 4, 25-5, 12

L’Evangile de ce dimanche est très court. Et pourtant, il évoque des choses fondamentales. C’est l’appel des premiers disciples. Jésus passe sur le rivage, il interpelle des hommes et, pour eux, cela va entraîner des changements profonds, radicaux, dans leur vie. Qui sont-ils ?

Deux pêcheurs. Ils viennent de jeter leurs filets, le Christ les appelle. « Venez à ma suite ». Deux autres, plus loin, qui sont dans leur barque, avec leur père. L’évangéliste Matthieu cite leur nom. Ils ne sont pas n’importe qui. Mais pourquoi eux ? Ça, il ne le dit pas. Ce que l’on comprend, c’est que Jésus choisit ses hommes. Tout ce que l’on peut deviner, c’est que ce sont des gens du peuple, pas nécessairement proches du temple ou de la synagogue. Il n’y a que leur métier qui est tout un symbole : ils sont pêcheurs. « Je vous ferai pêcheurs d’hommes » leur dit le Christ. Ils n’auront plus de filet, mais la Parole. Mais cela, ils ne le savent pas encore. Et pourtant, ils le suivent. Leur réponse est immédiate. Les premiers abandonnent ce qu’ils font. Les seconds ce qu’ils sont en même temps que ce lien du sang, ce lien familial qui les lie à leur père.

Ainsi Simon appelé Pierre et André son frère, Jacques fils de Zébédée et Jean son frère vont-ils devenir les premiers disciples. Jésus va leur enseigner sa parole de vérité. Cette parole qu’il va commencer à proclamer, d’abord, dans toute la Galilée tandis que se produisent les premiers miracles, les premières guérisons. Pour les disciples, il s’agira d’un enseignement, il est dispensé à quelques uns mais s’adresse –  à travers eux – à tous, jusqu’à nous, un enseignement que chacun va recevoir et appliquer différemment.

Cet enseignement, le deuxième évangile de ce dimanche nous le résume d’une certaine façon dans le sermon sur la montagne, les béatitudes que nous connaissons bien puisque nous les chantons à chaque liturgie.

Aujourd’hui, Dieu continue de dire : « Venez à ma suite ». Cet appel, il est lancé à tous, à chacun d’entre nous. Parfois, certains semblent « choisis ». Pourquoi ? Pourquoi lui ? Pourquoi moi ? D’une certaine manière, on peut dire que la question reste sans réponse depuis le choix des premiers disciples. Mais, faut-il vraiment se demander pourquoi ? Chacun cherche sa voie, sa vocation, sa manière à lui de répondre à cet appel de Dieu sans cesse répété : « Venez à ma suite ».
Chacun l’interprète à sa façon, mais tous, nous tardons à répondre. C’est qu’on abandonne difficilement – en tout ou en partie – ce que l’on fait, ce que l’on est, sa famille parfois, pour s’engager à suivre le Christ.

Il est vrai, que suivre le Christ, c’est toujours accepter de porter une croix. C’est s’engager sur une voie qui peut aller jusqu’au martyre. Donner sa vie pour Dieu ne signifie pas toujours accepter la mort, mais la consacrer, sa vie, au Royaume, aux autres, et ça c’est parfois une croix très lourde à porter.

Ceux que nous célébrons particulièrement aujourd’hui, « tous les saints qui ont illuminés la terre russe » ne sont pas nécessairement morts pour leur foi : il y a des moines, des confesseurs, des ascètes, des fols en Christ …

Mais c’est vrai que l’histoire du XXe siècle nous montre que le martyre n’est pas un épisode dramatique de l’époque des premiers chrétiens. Combien de prêtres, combien d’évêques, combien de laïcs n’ont pas payé de leur vie leur attachement, leur fidélité à la foi orthodoxe dans la Russie née de la révolution d’octobre ? Combien d’autres n’ont pas dû prendre le chemin de l’exil. C’est à eux que nous devons d’être ici, aujourd’hui, dans cette église.

Si l’orthodoxie est présente aujourd’hui en Belgique, comme en France ou d’autres pays occidentaux, c’est aux différentes migrations qu’elle le doit : les Grecs pour travailler dans nos charbonnages, les Russes de 1920 pour trouver un asile politique. Ainsi, ces dispersions ont peut-être quelque chose de prophétique.

Dans une société qui s’engage dans l’indifférence, le vide spirituel, le témoignage de notre liturgie héritée directement des apôtres et des pères apostoliques peut être d’une importance que nous n’imaginons pas. Ce trésor vécu et médité par tous les saints qui ont illuminé la terre russe et que nous célébrons aujourd’hui. Ce trésor de la Tradition (avec un T majuscule) aujourd’hui vivant dans des communautés telles que la nôtre, auxquelles il revient, au-delà des appels individuels, mais aussi par les vocations qu’elle peuvent susciter, de porter témoignage et de féconder ainsi le 21e siècle.

Mais quel est notre témoignage ? Sommes-nous les porteurs de la joie de la résurrection, les témoins de la lumière ? Sommes-nous aussi des pêcheurs d’hommes, le sel de cette terre sur laquelle nous vivons tous aujourd’hui ? Car c’est cela notre responsabilité.

Est-ce que l’appel de Jésus a entraîné chez nous des changements profonds, radicaux, dans notre vie ? Nous ne sommes pas chrétiens et orthodoxes pour nous-mêmes, pour notre confort spirituel. L’Église n’est pas là pour satisfaire nos besoins religieux et le prêtre n’est pas un distributeur automatique de sacrements. Nous devons retrouver la vérité de la Parole, la force du message du Christ, l’espérance du Royaume qu’il nous est donné de vivre à chaque liturgie. C’est ce témoignage-là, et lui seul qui pourra faire de nous, aujourd’hui, des disciples de Jésus-Christ.



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