4e dimanche après la Pentecôte - 2012 - Mt 8, 5-13

Jésus est plein d’admiration devant la foi du centurion. Il la prend en exemple. Et qu’elle serve de leçon à tous ceux qui sont autour de Lui : ils risquent d’être parmi les rejetés alors que d’autres auront part au festin du royaume ! Mais qu’elle nous serve de leçon aussi, à nous, aujourd’hui.

Bien sûr, nous ne sommes pas Juifs. Nous sommes de ceux venus de l’Occident et le Royaume nous a été donné. Offert, plutôt. Il nous reste à l’accueillir, il nous reste à l’accomplir. Et l’exemple du centurion peut nous y aider.

Lorsque Jésus parle de la foi de cet homme, il n’est pas question de savoir s’il croit à ceci ou à cela. Si, il est évident que, s’il vient trouver Jésus, ce militaire romain croit qu’Il peut guérir son serviteur. Il l’exprime sans le dire : « dis seulement un mot et mon serviteur sera guéri ». Il pense donc que Jésus a ce pouvoir, qu’il peut le faire. Mais ce n’est pas seulement cela qui touche Jésus, mais bien cette démarche de foi animée par la charité, l’humilité et la confiance.

La charité, c’est celle qui anime cet homme envers son serviteur. Qu’est-ce qui la motive ? Qui est cet esclave auquel son maître semble tenir à ce point ? Rien n’est dit à ce propos. Rendait-il de tels services qu’il en devenait presque irremplaçable ? S’agissait-il d’un vieux serviteur que l’on avait presque adopté comme étant de la famille ? Rien n’est dit, sauf cette sollicitude, cet apitoiement devant un homme « souffrant terriblement ». C’est cela qui, d’emblée, touche Jésus qui dit au centurion : « j’irai le guérir ».

L’humilité, c’est l’attitude même de cet homme, un gradé de la Légion romaine qui se présente comme un subalterne : « Ainsi moi, je suis soumis à une autorité avec des soldats sous mes ordres, et je dis à l’un : Va et il va, à un autre : Viens et il vient, et à mon esclave : Fais ceci et il le fait » mais il vient de dire à Jésus : « dis seulement un mot et mon serviteur sera guéri ». D’une certaine façon, il compare son autorité à celle du Christ : elle n’est pas de même nature. Lui, donne des ordres concrets qui concernent des choses de la vie, la parole de Jésus, elle, concerne la vie. D’une seule parole, il peut rendre la santé à cet homme malade, faire marcher ce paralysé, remettre l’homme debout, lui rendre son intégrité, sa dignité.

La confiance, c’est bien sûr celle qui a poussé le centurion à s’adresser à Jésus. Confiance dans ce qu’Il peut faire pour lui, mais aussi confiance dans la gratuité de ce geste. Le centurion n’a rien à donner en échange. Si. Si on lit le même épisode raconté dans l’évangile de Luc, on voit d’abord arriver des notables qui disent à Jésus : « Il mérite que tu lui accordes cela ». C’est que cet homme leur a construit une synagogue ! Mais le centurion, lui, dit à Jésus : « Je ne suis pas digne ». C’est bien là toute la différence entre le mérite, le droit qu’une bonne action donnerait  sur Dieu, et la pauvreté exprimée par le centurion.

Aujourd’hui, il y a pire que la crise pour que l’homme se sente paralysé. Certes, il y a le chômage, le surendettement, le stress … mais surtout, il y a ce désert spirituel dans lequel nous vivons qui génère le désespoir, la fuite dans la drogue, la violence. L’homme, dans son impuissance, sa misère, se tourne parfois vers Dieu en pensant que, si Dieu existe, il aura comme une quasi-obligation de lui répondre et de lui accorder ce dont il a besoin. Et si Dieu ne répond pas, on ne croit plus en Lui.

Mais nous, nous croyons. Et pourtant, parfois, il nous arrive de demander … et de ne pas recevoir. Mais demandons-nous vraiment ou bien marchandons-nous avec Dieu ? N’avons-nous pas tendance à penser que la prière engendre un dû de la part de Dieu, n’essayons-nous pas – parfois – de monnayer une grâce contre trois molébènes ou une neuvaine à un saint ? Si nous nous regardons honnêtement, nous pourrions voir que la liste de nos « marchandages » avec Dieu pourrait être bien longue.

La foi du centurion est animée par la charité, l’humilité et la confiance. Charité : demandons-nous pour nous-mêmes ou pour les autres, et si nous demandons pour nous, quelle attention portons-nous aux autres ? Humilité : faut-il en parler longuement pour montrer à quel point nous sommes poussés par l’orgueil ? Confiance …

Jésus nous dit : soyez comme des enfants. A Dieu, nous disons : notre Père. Mais nous sommes souvent comme des adolescents qui revendiquent des droits ou des adultes qui pensent qu’ils n’ont plus rien à apprendre. Un enfant attend tout de son père, il lui fait une confiance absolue. A moins que nous soyons déjà comme ceux qui disent : « papa, je peux regarder la télé, j’ai bien travaillé » ? Seigneur, tu as vu, j’ai bien prié, tu feras ceci ou ça pour moi ?

Oui, nous croyons que Dieu peut le faire pour nous, mais il ne faut pas croire qu’il est obligé de le faire ! La foi n’est pas exigence de la part de l’homme à l’égard de Dieu. Elle est confiance en sa toute-puissance qui est capable de réaliser les choses au-delà de nos désirs.



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