13e dimanche après Pentecôte – 2012 - Mt 21, 32-43

L’extrait de l’Évangile que nous venons d’entendre – et que l’on désigne généralement comme la parabole des vignerons homicides – est bien connu. On peut y voir l’histoire du peuple d’Israël, peuple élu, et l’histoire même de la Bible (y compris, donc, le Nouveau Testament), une histoire résumée en quelques lignes.

C’est une histoire terrible dans laquelle Dieu – le maître de la vigne – semble se venger de ceux qui l’ont trahi, c’est une histoire de mort … mais c’est avant tout une parabole, un récit qui devait impressionner ceux qui l’écoutaient, qui devait les mettre en garde. Ce devait être une leçon. Une leçon pour les Juifs du temps de Jésus ? Oui, certes. Mais aussi une leçon pour nous. Parce que cette histoire est à la fois celle du refus du don de Dieu et du désir de s’en accaparer à notre propre profit.

Dieu, dans son amour, a créé le monde, le monde comme une vigne. Le but d’une vigne, c’est de porter du fruit. Il faut donc la faire grandir, l’entretenir, la tailler, la cultiver. Et aujourd’hui, c’est nous qui en sommes les vignerons. Ce monde qui nous est confié, nous devons le faire fructifier par nos prières, par nos actes de fraternité, de charité, notre écoute, notre disponibilité envers les autres … Pour la gloire de Dieu.

Et c’est parfois là que ça devient un peu plus difficile. Allons-nous œuvrer en pensant que c’est Dieu qui, finalement, viendra récolter les fruits de notre travail ou bien, pour reprendre l’image de la vigne, allons-nous considérer qu’elle nous appartient, allons-nous égoïstement considérer que tout cela est à nous et pas à Dieu ? C’est ce que nous faisons quand nous voulons nous débrouiller tout seul – pour notre profit, évidemment – en nous détournant de Dieu. Et même si Dieu nous envoie, non plus des prophètes, mais tout simplement des moines, des prêtres, des laïcs inspirés pour nous rappeler que la vigne est à Dieu, notre cœur est tellement endurci que nous ne voulons pas les écouter ou que nous disons : tout ça, c’est bon pour eux, moi, je ne me sens pas – on devrait dire : je ne veux pas me sentir – concerné.

Tous ceux qui écoutaient Jésus lorsqu’il racontait cette parabole n’ont sans doute pas compris que, lorsqu’il parlait du maître de la vigne qui envoyait son fils, il parlait de Dieu et il parlait de Lui. En quelque sorte, mais cette fois sans le dire clairement, il annonçait sa mort, sa mort violente.

Mais il ne faudrait pas penser que tout ça, c’est de l’histoire ancienne. La vigne qui nous est confiée aujourd’hui c’est la Parole même de Dieu. Comme Jésus disait à ses disciples : le Royaume de Dieu est au-dedans de vous, d’une certaine façon, on pourrait dire que la vigne, elle est en nous, c’est notre vie, c’est cœur. Alors, la question à se poser est bien celle-ci : notre cœur, notre vie, sont-ils pour Dieu ?

Nous avons été créés pour vivre de l’amour de Dieu, dans l’amour de Dieu, sa paix, sa joie. Mais nous ne cessons de vouloir vivre pour nous. Même ce que Dieu nous a donné de plus précieux, nous voulons nous en accaparer. Ce que nous appelons « la religion » devient alors un ensemble de rites destiné à satisfaire nos besoins spirituels, à nous rassurer ou à nous assurer des grâces et des facilités.

Et si Dieu met sur notre chemin des gens qui nous disent : vous faites fausse route, nous ne voulons pas les entendre. Nous n’avons aucune envie de les écouter, nous continuons de faire nos petites affaires en nous disant que c’est notre vie et que nous pouvons nous débrouiller tout seuls. Mais si Jésus est entré dans cette vie, dans notre vie, s’il s’est donné à nous, c’est pour que nous puissions nous donner à Lui. Nous en avons reçu la grâce lors de notre baptême mais c’est une tâche de chaque jour que de la retrouver, de la faire vivre, de la faire fructifier, cette grâce.

C’est cela le vrai sens de notre vie. Bien sûr, nous continuons de vivre comme tout le monde, à l’usine, au bureau, en famille, avec les amis, mais, dans le secret de notre cœur, quelque chose nous guide, nous éclaire.

Nous vivons déjà de ce vin nouveau que le Seigneur nous a donné comme Jésus le fit aux noces de Cana. Nous vivons de son Royaume. Mais tout cela n’est pas pour nous. Nous sommes appelés à vivre vraiment dans la vigne de Dieu, de tout notre cœur, de toute notre joie et de tout notre amour, par la grâce de Dieu. Mais nous devons jour après jour, faire nôtre ces paroles du prêtre lorsque, après la consécration du pain et du vin, il élève les saints dons en disant : « Ce qui est à Toi, le tenant de Toi, nous te l’offrons, en tout et pour tout ».

Oui, ce que nous avons de plus beau, de plus précieux, c’est de Dieu que nous l’avons reçu et c’est à Lui que tout doit revenir. Pour sa gloire et le salut du monde.



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