18e dimanche après Pentecôte – 2012 - Lc 5, 1-11

Où sommes-nous ? Que sommes-nous ? Ce sont les questions que j’ai envie de poser après avoir entendu cette histoire que nous raconte l’Evangile d’aujourd’hui. Pour les dire autrement : qui sommes-nous ? Lesquels de ces personnages ? En effet, il y a Simon-Pierre, Jacques et Jean, ses compagnons et puis la foule.

L’histoire, elle, commence tout simplement. Jésus est sur le rivage. Il aperçoit deux barques. Les pêcheurs sont à terre et ils réparent leurs filets. C’est tout ce qu’il y a de plus banal, de plus ordinaire, c’est une scène de la vie quotidienne dans un petit port de pêche.

Jésus monte dans une barque et il demande à son propriétaire de s’éloigner un peu. Pierre, à qui appartient l’embarcation, largue les amarres et navigue quelques mètres. Ça ne l’engage pas beaucoup, c’est comme un service qu’il rend. Jésus se met à enseigner. La foule l’écoute. Elle reste sur le rivage. Puis Jésus dit à Pierre de voguer plus loin et de jeter les filets. Là, ça devient autre chose. D’autant qu’ils reviennent du large et qu’ils n’ont rien pris.

Que fait Jésus ? En montant dans sa barque, il entre dans la vie de Pierre. Il lui demande d’abord très peu de chose. Puis … Parce que, ce n’est pas – pas encore – le fait d’aller à nouveau jeter les filets qui importe, ce qui importe, c’est la phrase de Pierre : « sur ta parole » je vais le faire. Voilà le moment important : Pierre fait confiance à Jésus, il croit en Lui. Et c’est là que tout bascule. C’est la pêche miraculeuse. Pierre se rend compte de ce qui se passe. Il a peur. Peur de Jésus ? Non ! Peur de lui-même de ses faiblesses, de ses péchés, de son indignité.

Et là, nouvelle parole importante. Jésus lui dit « Ne crains pas » n’aie pas peur. C’est ce qu’il dira aux disciples rassemblés dans la chambre haute, c’est ce qu’il dira à d’autres qui viendront vers lui. N’aie pas peur. Je ne suis pas venu pour punir, pour condamner, mais pour aider, pour aimer, pour sauver ! Le geste de Jésus n’est pas de rendre la justice mais de pratiquer la miséricorde.

Mais revenons-en à notre histoire. Pierre a rendu service. Il a fait confiance. Il a vu la grandeur, la puissance de Dieu. Il a mesuré sa faiblesse. Enfin, Jésus lui donne une mission. Il lui confie une tâche, un rôle : « tu seras pêcheur d’hommes ». Alors ? Pierre abandonne tout et il le suit.

Il n’est pas tout seul d’ailleurs. Ses compagnons, Jacques et Jean, les fils de Zébédée : ils ont été témoins de ce qui se passait. Témoins, puis acteurs, car ils ont dû tirer sur les filets qui débordaient de poissons. Eux aussi laissent tout et suivent Jésus. Quant à la foule, tous ceux qui étaient venus pour écouter Jésus, sans doute sont-ils retournés chez eux, peut-être en se disant que – s’ils en ont encore l’occasion – ils essaieront d’aller encore à la rencontre de ce Jésus qui parle si bien, et qui guérit les malades et dont on dira aussi qu’il nourrit les gens quand ils sont perdus dans des coins isolés.

Alors, où serons-nous ? Dans la barque ou sur le rivage ? Où serons-nous ? Parmi les pêcheurs ou parmi la foule ? Parce que, c’est vrai, aujourd’hui, dans l’église du Christ, aujourd’hui comme d’ailleurs au travers des siècles, on retrouve sans cesse les mêmes situations.

Il y a la foule. Tous ceux qui viennent écouter la liturgie, les chants, les prières. Ils viennent prendre un moment de calme, de méditation, de recueillement. Et c’est très bien d’ailleurs, on ne va pas les blâmer. Mais ils restent sur le rivage. Ils viennent à l’église comme la foule venait vers Jésus : pour entendre sa parole ou pour faire guérir les malades, comme aujourd’hui on vient pour baptiser son enfant, enterrer un parent ou demander une pannychide. Sommes-nous de ceux-la ?

Bien sûr, Jésus s’est adressé à Pierre autrement qu’à tous les autres. Mais nous, est-ce que Jésus ne nous a jamais rien demandé ? Ne s’est-il pas trouvé des situations où – comme Pierre – nous aurions pu Lui rendre (sans doute au travers des autres) un petit service ? L’avons-nous fait ? Et le jour où nous avons dû lui faire confiance ?

Sommes-nous Pierre ? Ou alors Jacques et Jean ? A eux, Jésus n’avait rien demandé, mais ils ont vu et ils ont cru. Eux aussi sans rien dire, ils ont fait confiance et puis, ils sont partis. Ils ont laissé là leur vie de tous les jours, leur barque, leurs filets, et ils ont suivi Jésus.

Sommes-nous dans la barque ? Restons-nous sur le rivage. Nous savons que, dans la barque, nous risquons les tempêtes. Mais nous devons savoir que Jésus, même s’il semble endormi à nos côtés, est toujours là. N’aie pas peur. Sa parole s’adresse aussi à nous, aujourd’hui.

Alors, osons dire : « Seigneur, j’ai vécu jusqu’à présent comme j’ai pu. Je n’ai pas toujours réussi. Mais sur ta parole, je veux te suivre. Sur ta parole … »



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