28e dimanche après Pentecôte – 2012 - Lc 18, 18-27

Voilà une histoire que l’on connaît bien. Peut-être parce que l’image est forte : il est plus facile pour un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume des cieux. Cette histoire, elle se retrouve dans les trois évangiles qu’on appelle synoptiques. Chez Luc, on vient de l’entendre, c’est un notable, chez Matthieu un jeune homme, et tout simplement, un homme, quelqu’un, chez Marc. Mais tous s’accordent sur un point : il était riche, il avait de grands biens.

Tous aussi racontent la même réaction de Jésus : à une question, il répond par une autre : « pourquoi dis-tu que je suis bon ? » Et il ajoute : « seul Dieu est bon ». À quoi, bien sûr, nous, nous répondrions tout de suite : mais, tu es Dieu. Et c’est déjà là un point qui fait que ce texte s’adresse aussi à nous, à notre temps. Dieu seul est bon. Autrement dit, Dieu = bonté, Dieu = amour. Ce n’est plus le dieu vengeur et exigeant de l’Ancien Testament mais ce n’est pas non plus ce dieu de nos imaginations et de nos envies, qui règlerait tout pour nous, qui comblerait nos désirs. C’est un Dieu d’amour qui se donne à l’homme, qui le comble de sa grâce, pour qui tout est possible pour autant que l’homme veuille bien lui répondre, veuille bien l’accueillir. Mais là, nous sommes déjà à la fin de l’histoire. Et tout cela, l’interlocuteur de Jésus n’aurait sans doute pas pu le comprendre.

Jésus va donc se mettre à son niveau : il lui rappelle la Loi, celle de Moïse, celle qui règle la vie du peuple d’Israël. Et l’homme de dire : mais ça, je le fais déjà. On peut s’interroger sur le fond même de la recherche de cet homme. Ne croirait-il plus en la Loi ? Trouverait-il qu’elle est incomplète ? Là aussi nous pourrions donner la réponse, elle se trouve dans les lettres de saint Paul et elle peut se résumer par cette phrase : c’est par la grâce que nous sommes sauvés. Pas par la Loi. « C’est par la grâce, en effet, que vous êtes sauvés, écrit-il aux  Ephésiens , par le moyen de la foi ; vous n’y êtes pour rien, c’est le don de Dieu. » Encore faut-il que l’homme accepte ce don de Dieu … Et là, c’est la suite de l’histoire.

« Une seule chose te manque encore », dit Jésus. Enfin, il va répondre à l’homme, à sa question essentielle : que dois-je faire pour avoir la vie éternelle. Mais la réponse de Jésus va engendrer un grand désarroi chez son interlocuteur. C’est qu’il ne suffit pas de respecter des règles, il faut aussi y aller de sa personne, s’engager, et commencer par se dépouiller. À l’image de Dieu. Dieu qui a tout – puisqu’il est Dieu – et qui s’est fait pauvre parmi les pauvres : il est né dans une étable, il est mort sur une croix.

« Qui ne se charge pas de sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi  » dira Jésus. C’est la même chose qu’il vient de dire, en d’autres mots, bien sûr, à l’homme venu l’interroger. Débarrasse-toi de tout ce qui t’encombre, les richesses, l’argent. Voilà encore un message bien actuel : le détachement nécessaire de tout ce qui est matériel. Mais il ne faut pas s’y tromper, il ne suffit pas d’être pauvre (surtout contre son gré) pour entrer dans le Royaume des cieux. C’est bien connu : celui qui est riche cherche à le rester et celui qui est pauvre cherche à le devenir (riche). Pour les deux, le résultat est le même : ce qui compte, c’est le matériel.  Mais si on a des richesses, que cela profite à ceux qui n’en ont pas. Cela s’appelle la charité. Pas comme on l’entend aujourd’hui où il s’agit de donner une pièce à un mendiant ou faire un versement au Téléthon. La charité comme valeur morale, le don. Pas seulement le don de ce que l’on a, mais le don de soi.

Impossible. Si nous ne le disons pas clairement, notre attitude le démontre et se résume en deux mots : oui, mais … Combien de fois – alors qu’il s’agissait peut-être simplement de venir à l’église, d’apporter une aide ponctuelle, de rendre un service – combien de fois ne dit-on pas : c’est vrai, je devrais faire ça … oui, mais … « L’homme devint tout triste, car il était très riche ».

En tournant le dos à Jésus, il restait dans sa situation. Il avait eu la réponse à sa question, mais – de toute évidence – ça ne l’arrangeait pas. Il aurait pu suivre Jésus, mais c’était trop lui demander. Et parfois, c’est vrai, Dieu peut nous demander beaucoup. Trop, sans doute, à notre goût. Mais si cela nous est impossible, à Dieu tout est possible, et Dieu peut nous donner par sa grâce, la force, le courage, de faire l’impossible. Jésus ne cesse de nous dire « Viens et suis-moi ». Qu’allons-nous lui répondre ?



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