29e dimanche après Pentecôte 2012 - Lc 17, 12-19

La première leçon que l’on tire généralement de ce passage de l’évangile, c’est l’attitude de ce Samaritain qui revient vers Jésus pour le remercier et qui contraste évidemment avec l’ingratitude des neuf autres. La leçon est directe pour nous aussi. Ne nous arrive-t-il pas une fois sur dix seulement de remercier le Seigneur pour ce qu’Il nous a donné ? Nous pouvons mettre beaucoup de ferveur lorsque nous demandons, mais nous sommes beaucoup moins enclins à rendre grâce à Dieu pour ce que nous avons reçu.

Mais il y a plus. En continuant leur chemin pour aller se montrer aux prêtres, les neuf ne font jamais que ce que Jésus leur avait dit de faire. C’était la loi. Dans le livre du Lévitique, il y a tout un chapitre qui explique comment les prêtres examinent la peau des malades. Jésus leur avait dit : « Allez vous montrer aux prêtres » et ils y vont. Ils suivent la Loi. L’autre revient vers Jésus, il le reconnaît comme celui qui l’a guéri. Certes, tous les dix ont été guéris. Jésus a été leur guérisseur, on pourrait dire – en jouant un peu des mots – leur sauveteur. Pour celui qui est revenu, le Christ est le sauveur. Et c’est là toute la différence. C’est ce qu’écrira plus tard saint Paul : c’est par la foi que vous êtes sauvés, pas par la Loi.

Car il y a plus encore. Quand Jésus dit aux dix lépreux : « Allez vous montrer aux prêtres », ils se mettent en route. Dans quel état d’esprit ? Celui, sans doute, de la confiance parce que, à ce moment-là, ils ne sont pas guéris ! Jésus ne les a pas touchés, il n’a dit sur eux aucune parole … Ils font confiance à celui dans lequel ils croient. Ils donnent ainsi l’exemple de la foi qui sauve. Mais il ne suffit de la foi, il faut encore se tourner vers Jésus, le rejoindre pour le suivre. En effet, seul le Samaritain s’entendra dire « ta foi t’a sauvé ».

Les autres n’ont pas dépassé la simple application d’une règle. Ils n’ont pas compris que leur guérison les appelait à autre chose, que cette guérison du corps était un appel à une guérison de l’âme, du cœur. Et cette guérison-là ne peut-être que le résultat d’une grâce divine. C’est par la grâce que nous sommes sauvés. Et c’est un don gratuit, un don d’amour de la part de Dieu. Nous tourner vers Lui pour Lui montrer notre reconnaissance, nous attacher à Lui en le reconnaissant comme notre Seigneur et Sauveur, c’est cela qui fera de nous des disciples.

Etre disciples de Jésus-Christ, ce n’est pas seulement porter une petite croix au cou, ce n’est pas seulement l’affaire de quelques moments par jour ou par semaine, c’est d’abord se rendre compte qu’on ne peut pas vivre sans lui. Quand à homme amoureux dit cela à une femme : « je ne pourrais vivre sans vous », il peut la tenir entre ses bras. Le Christ, lui, n’est pas là. On nous dit bien qu’il faut voir son image dans les autres, mais pour cela, il faut déjà vivre d’une foi bien ancrée, bien profonde. Il nous fallait donc – il nous faut donc – un moyen de le retrouver, de Le rencontrer. De faire comme ce lépreux guéri : revenir vers Lui pour Lui rendre grâce et vivre de lui.

C’est pour cela que nous sommes rassemblés ce matin. C’est pour cela que nous nous rassemblons pour célébrer la Divine Liturgie. Ce qui nous guérit alors, c’est l’écoute de sa Parole, ce qui nous nourrit vraiment, c’est son Corps et son Sang reçus dans l’eucharistie. Communier n’est pas un acte de piété personnelle, ce n’est pas une obligation rituelle, c’est une nécessité intérieure, c’est ce qui nous fait vivre.

Les lépreux viennent vers Jésus. Ils vont se montrer aux prêtres. L’un d’entre eux revient vers Jésus. À ces déplacements, ces mouvements, on pourrait en ajouter un : celui de Jésus. On le rapporte dans le verset qui précède cette histoire et que nous n’avons pas lu aujourd’hui : « Jésus faisait route vers Jérusalem ». C’est alors qu’il était en route vers Jérusalem qu’il entre dans le village où il rencontre les dix lépreux. Il fait route vers Jérusalem. Vers la ville de la dernière Cène, de la mort sur la Croix, de la Résurrection. La ville où se joueront les principaux événements de notre salut.

Jésus est en chemin pour nous sauver. Notre salut est aussi dans un chemin, un cheminement, celui que nous aurons commencé en rencontrant le Christ, en lui rendant grâce pour la guérison qu’il aura opérée en nous : celle de notre âme, celle de notre cœur. Et ce chemin que nous faisons pour le retrouver et communier intimement à Lui.

C’est peut-être maintenant qu’il convient de méditer ces paroles prononcées par le prêtre après la communion : « Ceci a touché tes lèvres, tes iniquités sont effacées, tes péchés sont pardonnés ». Les méditer, mais surtout, en tirer les conclusions pour notre propre vie.



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