Dimanche avant Noël 2012 (janvier 2013) - Hé 11, 9-10, 32-40 – Mt 1, 1-25

En ce dimanche avant Noël, nous venons de lire la généalogie de Jésus qui constitue le premier chapitre de l’évangile de saint Matthieu. S’il commence ainsi son récit, c’est qu’il considère que c’est important. C’est que l’évangile de Matthieu est destiné à des communautés juives, donc il faut démontrer que Jésus est fils de David et fils d’Abraham, donc qu’il est bien le Christ, qu’il est bien le Messie, celui que les prophètes ont annoncé et qui va venir accomplir la promesse faite à Abraham. L’accomplir et pas seulement l’achever : l’œuvre de Dieu prend cette fois, non seulement une tournure nouvelle, mais une nature nouvelle qui la réalise et la manifeste dans toute sa plénitude.

Il faut dire qu’il y a, dans les évangiles canoniques, deux versions de cette généalogie : celle de Matthieu – que nous venons d’entendre – et celle de Luc. Elles sont bien différentes ! Luc veut montrer l’ascendance universelle de Jésus remontant jusqu’à Adam, tandis que Matthieu, comme on vient de le voir, veut montrer la filiation de Jésus comme fils de David. Mais en retraçant cette généalogie, tous les deux inscrivent aussi Jésus-Christ dans l’histoire des hommes. Lui, l’éternel, va s’inscrire dans la durée. Et c’est un moment unique dans l’histoire de l’humanité que nous célébrerons lorsque nous fêtons Noël. Ce moment unique où le temps de Dieu pénètre dans le temps des hommes. Et ce temps des hommes, il va lui donner une nouvelle espérance : celui de la vie éternelle.

Evidemment, tout ça est bien compliqué, tout ça relève de la réflexion spirituelle. Et Noël est sans doute la fête chrétienne qui a précisément le plus perdu de son sens spirituel.

Nous venons de vivre ces moments où les coutumes mélangent le sacré et le profane : la crèche et le sapin, l’offrande et les cadeaux, le foie gras et le champagne. Ici, c’est l’émotion qui prend le pas : l’enfant, la famille … Car, tout le monde vous le dira : Noël, c’est une fête de famille.
La famille et puis cette impression que, le temps d’une nuit, le temps d’une fête, tout est possible : les mauvais deviennent bons, les malheureux reçoivent le réconfort, le miracle devient presque banal, en tout cas, il fait partie intégrante des histoires que l’on raconte et toutes baignent dans le merveilleux. Et il ne faut pas être hypocrite, nous avons tous passé ces moments dans la fête et certainement pas dans un esprit de carême.

Mais pour nous, Noël arrive, comme un autre Noël, que nous célébrerons dès ce soir puisque notre 25 décembre tombe le 7 janvier ! Mais qu’importe le calendrier. Ce Noël là, ce n’est pas celui des réveillons, des festins, des contes et des merveilles. C’est celui que nous sortons du temps quand nous chantons : « La Vierge, en ce jour, vient enfanter dans une grotte … » celui que nous vivrons au présent : « En ce jour la Vierge enfante l’Etre transcendant … ». Dnies. En ce jour. Aujourd’hui. Et la merveille que nous chantons dépasse toutes celles que l’on a pu imaginer dans nos plus belles histoires.
Ce que nous nous préparons à célébrer, ce n’est pas un anniversaire, c’est une réalité qui dépasse le temps. Car, en entrant dans le temps des hommes par son incarnation, Jésus-Christ est entré dans notre temps. En s’inscrivant dans l’histoire de l’humanité, il s’est aussi inscrit dans notre histoire, dans l’histoire de chacun de nous.

Si j’osais une image, je dirais que le Fils de Dieu n’arrête pas de s’incarner. Non plus en tant que personne, non plus corporellement d’une Vierge, mais spirituellement, en chacun de nous. Ce que saint Paul dira « Ce n’est plus moi qui vit, mais le Christ qui vit en moi ».
Comme Joseph et Marie sont en route vers Bethléem, Jésus est sans cesse en chemin vers nous. Comme l’enfant Jésus ne trouvera qu’une mangeoire pour l’accueillir, c’est une âme pauvre et pécheresse qu’il trouvera en nous. Mais de là se feront tous les prodiges.

C’est vers ce mystère que nous avançons maintenant. En principe, nous avons vécu ce temps vers Noël dans une période de carême. En principe, parce que tout – les illuminations, les villages de Noël, la famille, les amis – tout nous attirait loin de cette démarche. Parce le carême, ce n’est pas seulement une série d’interdictions ou de recommandations, c’est avant tout un état d’esprit.

 Celui qui aurait respecté scrupuleusement les règles sans en tirer un approfondissement de sa propre foi, sans y avoir trouvé une nourriture spirituelle, celui-là serait quand même passé à côté de tout. Il n’aurait fait qu’appliquer la loi. Comme tous ceux dont parle l’apôtre Paul dans le texte que nous avons entendu aujourd’hui. Ils vivaient sous l’emprise de la Loi et seulement de la Loi, mais ils ne seront pleinement sauvés que par le Christ. Le Christ qui va refaire, à l’envers, le chemin de la chute pour ramener les hommes à son Père. Et les hommes, c’est nous aussi.

Aussi, peu importe la date. Même si nous l’avions célébré, comme certaines paroisses orthodoxes de notre doyenné le 25 décembre, le tout est de savoir quel Noël nous voulons célébrer. Celui qui s’inscrit dans le calendrier de nos festivités, de nos rencontres conviviales ou celui qui s’écrit dans le temps liturgie, un temps qui rejoint le temps de Dieu.

Alors, c’est peut-être un bénéfice de notre calendrier décalé (mais ce n’est pas un argument suffisant pour s’y accrocher) c’est que, en vivant Noël alors que les lampions des fêtes sont éteints, nous pouvons – ce n’est pas aussi simple, ni évident – nous pouvons retrouver le sens profond et spirituel de Noël, de la nativité selon la chair de notre Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus-Christ qui aujourd’hui encore nous appelle à être ses disciples.

Que la lumière de Noël éclaire notre nouvelle année.



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