Oecuménisme - Néh 8,1-4a,5-6.8-10 – 1 Co 12,12-30 – Lc 1,1-4 ;4,14-21

Sermon prononcé à la Paroisse (catholique) St Joseph – Rocour/Liège
Dans le cadre de la semaine de Prière pour l'Unité.


Le père Serge Boulgakov commence son livre sur l’orthodoxie par ces lignes : « L’orthodoxie est l’Eglise du Christ sur la terre. L’Église du Christ n’est pas une institution; c’est une vie nouvelle avec le Christ et en Christ, dirigée par l’Esprit Saint. L’Église, c’est le Corps du Christ, en tant qu’unité de vie avec Lui. »

L’apôtre Paul, lui, écrit aux Corinthiens : « vous êtes le corps de Christ ». Nous sommes le corps du Christ. Nous sommes les pierres vivantes de l’Église. Mais l’Église, ce sont aussi des pierres inanimées, celles de nos bâtiments et nous pourrions même dire d’une certaine façon, celles de nos institutions.

L’Église est le corps du Christ. Lorsque le Fils de Dieu s’est fait homme, il a pris sur lui les faiblesses, les manques de notre nature humaine. Ce que nous appelons nos péchés. L’Église, aujourd’hui, porte aussi en elles toutes les faiblesses, toutes les fautes, tous les péchés des hommes qui la composent. On dit que l’Église est « divino-humaine » mais l’humain y occulte quelque fois le divin quand on se perd dans le ritualisme, les luttes d’influences, la quête de pouvoir, la défense de privilèges.

Le père Alexandre Schmemann écrivait dans son Journal cette réflexion : c’est la religion qui a tué Jésus-Christ. La religion, avec ce qu’elle a précisément de rituels, de croyances, de règles, toutes ces choses que l’on fait passer avant l’essentiel. L’essentiel ?

Lorsque le prêtre Esdras apporte la Loi devant l’assemblée, il remet au centre de la vie du peuple ce qui, à l’époque, lui était essentiel : la Loi, la Loi de Moïse qui était considérée comme parole de Dieu. Lorsqu’il  se rend à la synagogue, Jésus est aussi au centre de l’attention de ceux qui l’entourent et la parole qu’il leur adresse annonce une ère nouvelle. Il leur lit un passage du prophète Isaïe : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a conféré l’onction pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres ». Ce texte, ses auditeurs le connaissent bien, mais Lui leur dit : « Aujourd’hui, cette écriture est accomplie pour vous qui l’entendez. » Jésus s’annonce ainsi comme étant le Christ, celui qui est venu accomplir la promesse, celui qui donnera le salut. Car ce n’est pas par la Loi que vous êtes sauvés, écrira encore saint Paul, mais par la grâce.

Comme le prêtre Esdras a remis au centre de la vie du peuple cette Loi qui était à l’époque l’essentiel, il nous faut donc, à notre tour remettre au centre de notre vie ce qui est essentiel : le Christ. Nous souvenir qu’être chrétien c’est vivre en Christ et que Christ vive en nous, et non pas respecter des règles, nous laisser porter par des croyances, nous enfermer dans nos rituels. Pour reprendre la réflexion du père Schmemann : que notre religion n’étouffe pas notre foi, que nos pratiques, nos habitudes ne nous détournent pas du nécessaire témoignage.

Nous sommes le corps du Christ. Un corps parfois souffrant, un corps parfois crucifié, mais un corps ressuscité, un corps vivant. « Car nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit en un seul corps » écrit saint Paul aux Corinthiens. Aux Galates, il disait : « Vous tous qui avez été  baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ. Il n'y a plus ni Juif, ni Grec ; ni esclave, ni homme libre ; il n'y a plus ni homme ni femme ; car tous, vous ne faites qu'un dans le Christ Jésus. » C’est à ce niveau-là, et à ce niveau seulement, que peut se faire l’unité. Elle est en Christ et sans le Christ le corps n’est rien, sans le Christ, l’Église n’est rien.

Mais, dit encore l’apôtre, « le corps ne se compose pas d’un seul membre, mais de plusieurs ». Cette comparaison qu’il prend est pour nous une grande espérance, une voie aussi. Certes, les membres ne peuvent se dissocier du corps, mais chaque membre a son rôle, sa fonction, on pourrait dire son charisme, peut-être son appel. Mais chaque membre est aussi important parce que sans main, sans pied, le corps est bien en peine.

Lorsque nous prions pour l’unité des chrétiens – singulièrement durant cette semaine – nous disons souvent quelque chose du style : « Seigneur, donne-nous … malgré nos différences, malgré nos divisions ». Mais pourquoi nos différences sont-elles source de division ? Peut-être parce que nous pensons que l’autre est moins ceci, moins cela, que notre Église est évidemment la seule valable, parce que – peut-être – ce que l’autre pense ou dit nous dérange, parce que ça nous interpelle.

Et si, d’abord, il nous fallait penser que l’autre n’est pas autre, mais qu’il est le prochain, un chrétien comme moi ? Et si nos différences étaient précisément un gage de richesse dans la diversité des expressions d’une même foi ? « Tous enseignent-ils ? Tous font-ils des miracles ?  Tous ont-ils le don de guérison ? Tous parlent-ils en langues ? Tous interprètent-ils ? » Certes non. Mais tous sont le corps de Christ ; tous nous sommes le corps du Christ et nous sommes ses membres, chacun pour sa part.

Mais quelle part prenons-nous ? Chacun d’entre nous comme chacune de nos Églises. Quel témoignage portons-nous ? Celui du Christ ou celui de nos rituels, de nos habitudes, de nos croyances ? Si nous remettons vraiment le Christ au centre de notre vie, au cœur de notre Église, alors, tout deviendra possible. Alors, nous pourrons dire que ce corps du Christ que nous sommes, cette Église que nous formons « n’est pas une institution; [mais que] c’est une vie nouvelle avec le Christ et en Christ, dirigée par l’Esprit Saint. »

Puisse l’Esprit nous guider, au-delà de ce temps de prière pour l’unité, nous guider tous les jours de cette année dans nos démarches vers l’autre – non, pas l’autre, vers le prochain – et nous faire avancer sur une même voie, dans la lumière, la bénédiction et la paix du Christ qui est le chemin, la vérité et la vie.



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