Pharisien et Publicain – 2013 - Lc 18, 10-14

Ce dimanche nous fait entrer dans ce temps de préparation qui va nous mener au Grand Carême, notre chemin vers Pâques. Comme un athlète qui se prépare à une compétition difficile, comme un voyageur qui veut entamer un périple exigeant, nous devons, en effet, nous préparer. Ce serait impossible pour nous de laisser de côté, du jour au lendemain, tout ce qui fait notre vie de tous les jours que ce soit dans nos occupations, nos préoccupations ou notre manière de nous nourrir.
Hier, au cours de la vigile, on chantait cette hymne : « ouvre-moi les portes de la pénitence ». c’est un peu comme si nous étions dans notre maison, notre demeure de tous les jours, avec nos habitudes, notre rythme et cette vie qui, il faut bien le dire, ne laisse pas beaucoup de place à Dieu. Et nous ouvrons la porte. Dehors, il y a ce chemin que nous connaissons, mais nous hésitons encore à nous y engager ; peut-être pensons-nous que nous ne sommes pas encore prêts … mais, ne refermons pas la porte, ne nous laissons pas reprendre par notre petit train-train.

Par les lectures de l’Évangile des ces dimanches, nous allons rencontrer des personnages. Leur histoire sera autant de leçons, de conseils, de recommandations pour réussir notre Carême.
Aujourd’hui, c’est le Pharisien, arrogant, sûr de lui, et le Publicain, discret, humble. Puis ce sera le Fils Prodigue qui nous fera sentir combien nous sommes éloignés de Dieu mais combien Dieu est bon, toujours prêt à nous accueillir si nous revenons vers lui. Dimanche dernier, c’était Zachée. Grand homme dans sa société, mais petit bonhomme par nature. Mais il voulait voir Jésus. Il était prêt à tout, même à grimper sur un arbre au risque d’être un peu ridicule. Il y aurait beaucoup à dire sur ce Zachée qui doit prendre de la hauteur pour rencontrer Jésus, qui est sauvé par sa charité. Mais ce que je voudrais retenir aujourd’hui, c’est ce désir, cette envie qu’il a de voir ce prophète dont il entend tant parler.

Désir, envie, ce sont des mots qu’on aurait plutôt tendance à ranger dans la catégorie des péchés. Mais ici, il y a cette volonté, cette aspiration (pour ne pas dire envie) de voir Jésus. Et celui d’entre nous qui ne ressent pas cette envie, qui n’est pas poussé par ce désir d’aller vers Dieu en vivant cette période toute particulière qu’est le Grand Carême, celui-là n’arrivera jamais au bout.

Oui, le Grand Carême est un temps exceptionnel. Certes, il est marqué par des règles, des interdictions, mais il est rempli aussi – et surtout – de ces offices d’une beauté et d’une profondeur qui nous nourrissent et qui nous portent. Paradoxalement, c’est un temps de joie, parce qu’on ressent cette émotion d’être tendus vers Dieu, ce sentiment de vivre des moments spirituels intenses. Même que, lorsque Pâques est passé et que nous retombons peu à peu dans notre banal quotidien, il y a comme une mélancolie, et cette question : pourquoi ne peut-on pas vivre tout le temps ainsi ? Oh ! Je ne veux pas dire un carême permanent, mais ce fait être d’être porté par cette envie, ce désir d’être avec le Christ et de vivre avec Lui, en Lui et Lui en nous.

Pour nous préparer au Carême, il faut aussi déjouer les pièges. Et nos deux protagonistes d’aujourd’hui sont là pour nous montrer ce qui est sans doute le premier : l’orgueil de l’un auquel on oppose l’humilité de l’autre.

Pourtant, tout n’est pas à rejeter chez le Pharisien : il respecte le jeûne, il pratique la charité et il rend grâce à Dieu de ce qu’il peut vivre ainsi ! Sa seule erreur est de tirer une gloire personnelle de tout cela. Et nous, si nous nous prenons pour le Publicain de cette histoire, nous risquons bien de tomber dans le piège du péché d’orgueil !
Le Publicain, c’est aussi l’exemple du repentir. Le repentir, ce n’est pas un regret, encore moins une culpabilisation, c’est cette humble demande : « Seigneur, prends pitié. » C’est aussi la certitude que le Seigneur entendra notre prière. Le repentir, c’est en quelque sorte le retour à l’ordre véritable des choses, le rétablissement d’une vision juste de la vie. C’est un changement d’esprit qui doit être radical.
Eviter le piège de l’orgueil mais aussi celui de l’hypocrisie : « regardez comme je jeûne bien, comme je respecte les règles » … Combien de fois Jésus n’a-t-il pas réprimandé ces « Pharisiens hypocrites ». Et, non seulement l’Église nous met en garde, mais elle nous donne un signe : la semaine qui commence est une semaine sans jeûne le mercredi et le vendredi. Ainsi, on est sûr de ne pas être hypocrite !

Que le Seigneur bénisse ce temps de préparation,  qu’il nous donne de le vivre dans la vérité, l’humilité, la charité. Et d’abord dans la fraternité. Car, comment peut-on prétendre vivre pleinement le carême si on a quelque rancœur vis-à-vis de l’un ou l’autre de ceux ou de celles qu’on appelle ses frères ou ses sœurs ?

Alors, entamons ensemble notre voyage vers Pâques. Un voyage qui ne sera pas, nous le savons, sans moments difficiles, sans chute ni sans découragement.

Les mots de l’apôtre Paul que nous avons lus, extraits de sa 2e lettre à Timothée, sont là pour nous encourager.

Paul y rappelle à son disciple tout ce que lui, l’apôtre, a eu à souffrir ; ce n’est pas pour l’effrayer, mais pour l’inviter à tenir bon, à ne pas se décourager et ces paroles s’adressent aussi à nous, à nous qui avons reçu l’enseignement du Christ Jésus : « continue néanmoins dans les choses que tu as apprises et dont tu as reçu l’assurance, sachant de qui tu les as apprises. »




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