Fils prodigue – 2013 - Lc 15, 11-32

Un homme avait deux fils. Et l’évangile s’attarde surtout sur le plus jeune. Celui qui a demandé à son père : donne-moi ma part d’héritage. Et le voilà parti. « Vers un pays lointain » dit l’évangile. Un pays où il va mener une vie de débauche.

« Un pays lointain » c’est un peu la définition de notre condition humaine : nous sommes comme expatriés du Paradis, séparés de la vraie vie et la nostalgie que nous ressentons est celle d’une autre réalité. Un sentiment de rupture, de séparation : nous sommes séparés de Dieu, exilés bien loin de Lui.

Le fils cadet revient. Et son Père l’accueille. Comme notre Père qui est dans les cieux accueille tous les hommes qui se tournent vers Lui. C’est cela aussi notre carême : un chemin de retour.

Un homme avait deux fils. Et je vous propose de parler aujourd’hui de l’autre, l’aîné. Tout ce qu’on dit de lui, c’est qu’il revient de son travail dans les champs, qu’il entend les bruits de la fête. Il demande ce qui se passe. On lui dit que c’est parce que son frère est revenu. Et il se met en colère.

Réfléchissons un peu. Imaginons. Nous, qu’aurions-nous fait à sa place. Imaginez ! Vous êtes resté près de vos parents, vous avez toujours travaillé avec eux, pour eux. Même que, quand vous leur demandiez de l’argent pour aller faire la fête, ils se montraient peu généreux. Mais vous, vous étiez-là, vous avez « fait votre devoir ». Et le frère, lui, qui est allé dépenser tout son argent, se ruiner dans les cafés, passer ses nuits avec des femmes … il revient parce qu’il n’a plus un franc et on fait la fête ! Vraiment, ce n’est pas juste !

Ce n’est pas juste. Voilà ce qu’on dirait. Parce que nous, nous avions fait … Tiens, ça ne vous rappelle rien ? Quelqu’un qui dit : moi, j’ai respecté le jeûne deux fois par semaine, moi, j’ai payé la dîme … Le Pharisien, oui, celui qui, dimanche dernier, se retrouvait avec le Publicain à prier au temple. Et rappelez-vous, celui qui en est sorti justifié.

Justifié, justice, juste … Oui, on peut être sauvé parce qu’on est juste, pour autant qu’on n’en tire aucune gloire personnelle. Mais, si nous pouvons être sauvé, ce n’est pas, nous dit saint Paul, en observant la Loi. La Loi est là pour nous aider à vivre selon les enseignements de Dieu. La Loi ne donne pas le salut, elle nous aide sur le chemin.
 
Celui qui nous donne le salut, celui qui est le chemin, c’est le Christ et c’est par sa grâce et seulement par sa grâce que nous pouvons être sauvés.

Et sa grâce, le Seigneur l’accorde dans sa grande miséricorde. Et si le père est allé à la rencontre du fils cadet qui revenait vers lui, il est aussi sorti pour aller vers le fils aîné qui ne voulait pas rentrer dans la maison parce qu’il était en colère.

Celui-là, le fils aîné, n’a pas fait l’expérience de la miséricorde ; il ne peut pas imaginer que son père puisse pardonner, aimer l’autre, son frère … Pourtant, lui, il avait tout, il profitait de tout : « tu es toujours avec moi, lui dit son père, et tout ce qui est à moi est à toi ».

En fait, il avait bien de la chance, mais il ne le savait pas. Il a été jaloux et sa colère l’a rendu aveugle. Parce qu’il trouvait que ce n’était pas juste. Le Pharisien aussi parlait de justice mais lui, c’est son orgueil qui l’a rendu aveugle.

Vous me direz, oui, mais regardez la croix, notre croix orthodoxe russe. Cette barre oblique, c’est bien la « balance de justice ». Oui. A droite le bon larron, à gauche celui qui insultait Jésus sur la croix. Le premier est sauvé, le deuxième est perdu.
 
Selon la justice, oui. Mais personne ne sait, personne. Personne ne sait si, au dernier moment, le dernier soupir du mauvais larron n’a pas été comme un cri de repentir. Si le bon est sauvé parce qu’il a été juste et – surtout – qu’il a demandé au Christ de lui ouvrir les portes du royaume, le mauvais a pu l’être par la miséricorde de Dieu.

Et c’est pour cela que nous faisons e signe de la croix en allant de l’épaule droite (le côté du bon larron) vers l’épaule gauche (le côté du mauvais). Parce que nous allons de la justice à la miséricorde : c’est la miséricorde de Dieu qui a le dernier mot, et c’est là notre seul espoir de salut.



Site web réalisé par Arnaud Simonis