Dimanche du Pardon – 2013

Nous sommes au début du carême comme des hommes qui se préparent à escalader une haute montagne. Ils se sont préparés, ils ont rassemblé le matériel nécessaire et ils tiennent leur dernière réunion avant d’entamer leur expédition.

Nous aussi, nous avons eu notre préparation tout au long de ces derniers dimanches. La lecture de l’évangile nous a indiqué les choses importantes si nous voulons réussir : le désir de rencontrer Jésus, le partage, l’humilité, le repentir, la charité, l’amour, le retour vers le Père. C’est cela notre « matériel » à nous. C’est de cela que nous avons besoin.

Mais les alpinistes ne partent jamais seuls. Ils forment une équipe, ils sont liés l’un à l’autre, c’est une cordée. Nous aussi, nous devons former une équipe, être soudés les uns aux autres, et tout au long de notre chemin de carême, l’Eglise ne nous abonnera pas, nous aurons les prières, les offices. Et même les liturgies du dimanche seront différentes.

La dernière réunion avant d’entamer le voyage, c’est aujourd’hui. Et l’évangile que nous venons d’entendre est clair. Attention à l’orgueil, à l’hypocrisie. Ce qui est important, ce n’est pas ce que l’on voit.
Montrer qu’on fait le carême est une erreur. L’important, c’est ce qui se passe dans le cœur. C’est là que se trouve notre trésor dit Jésus, ce trésor que nous mettons dans les choses spirituelles, ces choses qui ne se détruisent pas, qu’on ne peut pas nous voler, et non dans les choses matérielles.

Et puis, il y a le pardon. Ce pardon qui donne son nom à ce dimanche. Ce pardon si difficile. Et attention là aussi à l’orgueil et à l’hypocrisie. Demander pardon des lèvres alors que le cœur est toujours rempli de haine ou de rancœur est peut-être une faute plus grave que d’oser avouer qu’on ne peut pas pardonner.

Or Jésus le dit : si vous pardonnez, Dieu vous pardonne ; si vous ne pardonnez pas, vous ne serez pas pardonnés. C’est ce que nous répétons dans chaque « Notre Père ». Et Jésus dit encore que le pardon est nécessaire si nous voulons aller vers Dieu. Rappelez-vous son enseignement : celui qui va offrir son offrande à l’autel et qui se souvient qu’il est en brouille avec son frère doit laisser là son offrande pour aller se réconcilier d’abord.

Pardonner. Mais aussi savoir demander pardon. Les deux sont inséparables. Parfois les deux paraissent impossibles.
Mais, comme l’écrit père Boris Bobrinskoy : « c’est Dieu qui nous donne la force à la fois de pardonner et de demander pardon, c’est Lui qui nous pardonne, et c’est en Lui seulement que nous pouvons regarder les autres en face et les découvrir comme frère, comme amis, comme proches. »

Après cette liturgie, nous célèbrerons les vêpres. Les vêpres du pardon. Parce que c’est à ce moment-là que nous nous donnerons le pardon mutuel. Juste avant cela, le chœur aura chanté une série de prières, de demandes : à la Vierge, au Précurseur, aux apôtres, à tous les saints. Parce qu’il faut, comme l’écrit encore père Boris, « toute la perfection, toute la présence, toute la communion des saints pour que notre cœur puisse s’attendrir et que ce pardon puisse être, au-delà des mots, un véritable renouveau, un don de Dieu ».

Avant cela, pendant le chant du prokimenon, quelque chose aura changé : le décor de l’église où le noir aura pris la place du doré, le chant qui sera en mode mineur. Nous serons entrés dans le carême. Dans notre escalade à nous. Une escalade qui nous mènera vers la croix, mais aussi vers Pâques. Parce qu’il ne faut jamais oublier que c’est là, vraiment, le but de notre carême.

Le but de notre carême, ce n’est pas d’avoir accompli l’exploit de respecter toutes les règles de nourriture ou de jeûne. C’est vrai que les semaines qui viennent nous semblent dures parce qu’on va devoir se priver de plein de choses. Si on pensait vraiment aux valeurs spirituelles qu’il nous est demandé de retrouver, on se dirait que ces semaines sont plus dures encore.

Mais pour cela, je l’ai dit, nous serons aidés, soutenus. Au milieu de nos semaines, comme une lumière sur la route, l’office des saints dons présanctifiés sera comme une oasis dans le désert, un moment fort sur notre chemin. Notre paroisse vous permet de vivre ces moments, à commencer par la lecture, les quatre premiers jours de la semaine prochain, du Grand Canon de Saint André. Profitez de ces occasions qui vous sont offertes de vivre pleinement le Grand Carême.

Que le Seigneur en fasse pour tous un temps de renouveau, un temps de réconfort, un temps lumineux dans notre vie chrétienne.



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